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Frédéric Sawicki, un oeil sur le « système PS 62 »

«Dans les années 1970, Kucheida, Percheron, Mellick sont les tenants d'un modernisme politique.» Photo H.VM. «Dans les années 1970, Kucheida, Percheron, Mellick sont les tenants d'un modernisme politique.» Photo H.VM.

Longtemps professeur de sciences politiques à Lille 2, Frédéric Sawicki a aujourd'hui rejoint la Sorbonne à Paris, d'où il observe toujours d'un oeil attentif le fonctionnement du parti socialiste.



Spécialiste du Pas-de-Calais, il livre pour Nord éclair les clés de compréhension
d'un système politique qui s'est mis en place au mitan des années 1970, autour de plusieurs personnalités aujourd'hui aux plus hautes responsabilités dans la région.
PROPOS RECUEILLIS PAR SÉBASTIEN LEROY > sebastien.leroy@nordeclair.fr



Qu'est ce qui explique le statut particulier de la fédération du Pas-de-Calais au sein du PS ?
>> Plus une fédération compte d'adhérents, plus elle est susceptible de faire et défaire les majorités lors des congrès. Et bon an mal an, le Pas-de-Calais représente 7-8 % de l'ensemble des militants du PS. L'autre élément qui fait sa force, c'est que cette fédération a toujours été très peu structurée par les courants du parti, et même si elle a connu des divisions, elle est toujours parvenue à parler d'une voix forte. Les grands élus se sont longtemps retrouvés derrière la même motion. Son image « ouvrière » confère en outre au leader national qu'elle soutient un surcroît de légitimité non négligeable. C'est enfin une fédération qui compte de nombreux élus locaux. Ce n'est pas neutre, puisque ses élus reversent une part de leurs indemnités au PS.

Quelles sont les caractéristiques des grands élus PS du Pas-de-Calais aujourd'hui aux affaires ?
>> Ils sont arrivés à la tête de la fédération dans la deuxième moitié des années 70. La majorité d'entre eux sont des enseignants originaires de la région, qui ont des liens familiaux avec la mine. Ils ont souvent une expérience syndicale et associative, notamment au sein des amicales laïques. Ce sont des gens du cru qui ne sont pas passés par l'université et pour beaucoup, ils ont accédé à un métier intellectuel par le biais des écoles normales d'instituteurs. Ils ont vécu, travaillé et milité au pays. Ils connaissent bien le territoire, son histoire, y sont très attachés et même dévoués, et sont assez appréciés par la population qui les juge légitimes pour la défendre.

Cette génération, incarnée par Daniel Percheron, Jean-Pierre Kucheida, Jacques Mellick, arrive à un moment charnière de l'histoire du socialisme dans la région...
>> Oui. Ils vont s'opposer à Guy Mollet, maire d'Arras et patron de la SFIO. Ils vont porter l'union de la gauche, soutenir Pierre Mauroy et François Mitterrand, et entendent renouveler les pratiques militantes après une période d'atonie.

À l'époque, ce sont eux qui incarnent le renouvellement du parti ?
>> Complètement. Ils poussent à retourner à la sortie des usines pour distribuer les tracts. Il faut bien voir que dans les années 70, le PCF est un parti attractif qui parvient à renouveler ses cadres, qui battent dans certains secteurs les vieux notables de la SFIO qui hésitent à s'allier avec eux. Le PCF est en phase ascendante dans le bassin minier, y compris dans le Pas-de-Calais, sur la base de la défense de l'activité et de l'emploi minier. Donc la génération qui arrive se dit : si on continue à faire des alliances centristes, si on n'est pas capable de militer auprès des mineurs alors que les mines commencent à fermer, le risque est de disparaître.

Quelle sera la ligne politique de cette génération ?
>> Ils sont conscients que l'avenir ce n'est pas que le charbon. Ils défendent activement une politique de réindustrialisation, sur la base de l'automobile, du textile, de l'aménagement routier. Ils ont un discours plus moderniste que celui du PC, tout en défendant les acquis des mineurs. Beaucoup ont conscience qu'il faut développer l'intercommunalité pour empêcher la toute puissance des Houillères. La Région est vue comme un échelon pertinent d'action. Kucheida à Liévin ou Mellick à Béthune vont mettre en place une politique respectueuse du passé mais doublée d'une politique d'aménagement qui vise à attirer les classes moyennes autour d'activités sportives, culturelles et tertiaires.

Avec en tête de pont, un certain Daniel Percheron ?
>> Il a mis en place une organisation capable de résister à la poussée communiste. Une organisation qui va finalement permettre que l'affaiblissement du PC qui découle de la fin du système minier profite au PS. Dans les années 80, le PS va engranger beaucoup de succès, conquérir des villes, circonscriptions, cantons communistes. Au point que dans les années 1980, le PS n'a plus besoin du PC. Dans le même temps, les bastions socialistes extérieurs, eux, basculent à droite. D'abord Boulogne en 1989, récupérée depuis, puis Arras en 1995. L'espoir de conquérir Calais échoue. Si bien que dans les années 90, le bassin minier est devenu la principale réserve d'élus, de ressources, de voix et de militants du PS. Avant, on avait un système multipolaire : l'Arrageois, le Boulonnais, le bassin minier... Aujourd'hui seul le bassin minier domine.

Un territoire où il n'y a pas du tout de concurrence politique...
>> Oui. Autant à Arras, à Boulogne, la droite ou le centre existe, autant elle est inexistante dans le bassin minier. Là, le combat c'était contre le PC, qui a largement perdu. On est désormais dans une situation où il y a très peu d'opposition. Sauf récemment avec le Front national, mais qui ne menace pas encore les mairies. Résultat : les socialistes du bassin minier se sont un peu retrouvés entre eux, avec des rivalités internes d'ailleurs aiguisées, mais peu d'opposition externe, et du coup, peu de contrôle démocratique.w


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