Dominique Baert : « Je me suis senti lâché »
Publié le samedi 10 décembre 2011 à 06h00
«Quelques personnes au PS pensent qu'on peut imposer les choses d'en haut. lls oublient la dimension de terrain.»
Un mois après, Dominique Baert n'a toujours pas digeré la réservation aux écologistes de la 8e circonscription du Nord dont il est le député PS sortant. Victime, selon, lui d'un jeu de billard à plusieurs bandes, le maire de Wattrelos, qui règle ici quelques comptes, entend pour l'heure se consacrer à la campagne de François Hollande. Il sera toujours temps, en cas de victoire, de rebattre les cartes et, pourquoi pas, de repartir au combat législatif.
PROPOS RECUEILLIS PAR MARJORIE DUPONCHEL ET SÉBASTIEN LEROY > region@nordeclair.fr PHOTOS HUBERT VAN MAELE
Un mois après la réservation aux écologistes de la 8e circonscription du Nord, avez-vous digéré cette décision du PS ?
>> Non. Parce que ce n'est pas digérable. Je savais depuis l'été que le PS cherchait un accord programmatique et électoral avec Europe Écologie-Les Verts (EE-LV). Dans la fédération, il était inenvisageable aux yeux de la première secrétaire qu'il n'y ait pas au moins une circonscription réservée aux Verts. Leur demande était simple : ils en voulaient une gagnante à coup sûr, ce qui est une conception assez particulière de la compétition électorale. Ils veulent ceinture et bretelles ! À ce moment-là, la fédération hésite entre la 8e, la 2e (celle de Bernard Derosier) et deux autres « gagnables » en cas d'alternance. Huit jours avant, le débat en était encore là. J'étais à mille lieues de penser que ça tomberait sur la 8e quand je l'ai appris de la bouche du patron de la fédération de Paris, le soir à l'Assemblée, sans que personne n'ait cherché à m'en parler avant.
Pourquoi ce choix, selon vous ?
>> Il y a trois raisons. D'abord, la demande forte des Verts d'avoir une circonscription gagnante, quel que soit le résultat du PS à la présidentielle. Ensuite, c'est clair, il y a le souhait de Martine Aubry ou de Gilles Pargneaux de faire investir Audrey Linkenheld, adjointe à Lille, sur la 2e circonscription dans l'idée de la mettre en avant avec un mandat national dans l'attente d'un rôle à jouer dans les prochaines années. Pour les Verts, ce ne pouvait donc pas être la 2e ni la 1ère, celle de Bernard Roman à Lille. C'est donc la 8e qui a servi d'ajustement. Roubaix et Wattrelos payent ce que Lille n'a pas voulu payer.
Et la troisième raison ?
>> Le troisième problème, c'est un mauvais calcul de quelques socialistes roubaisiens.
Parmi lesquels, il faut bien le dire, René Vandierendonck qui a bien dû donner son accord. Ce qui me blesse encore plus.
C'est-à-dire ?
>> Je n'aurais jamais accepté qu'on lui fasse le quart du huitième de ce qu'il accepte qu'on me fasse. J'ai toujours été un allié fidèle. J'ai été un député fidèle à côté du maire de Roubaix. Aux régionales, le candidat de Wattrelos a été le maire de Roubaix. Aux dernières cantonales, il y avait une différence d'approche sur le choix du candidat. Mais j'ai dit aux militants de Wattrelos que le candidat du maire de Roubaix était le candidat de Wattrelos et nous avons été aux côtés de Mehdi Massrour. Quant aux sénatoriales, en tant que président des élus socialistes du Nord, j'étais aux côtés de René, j'ai mobilisé mes réseaux pour qu'on ait cette cinquième place qui lui revenait... Je l'entends toujours dire avec des trémolos dans la voix : « Je me ferais couper un bras plutôt que tu n'aies pas ta circonscription. »
Vous vous sentez trahi par René Vandierendonck ?
>> Je n'emploierais pas ce mot. Je pense qu'il a validé cette manipulation grossière par défaut. Qu'il a laissé faire, bafouant l'amitié par un montage ni efficace ni pertinent pour les socialistes roubaisiens, qui consiste à passer par le sacrifice d'un ami à Wattrelos pour régler la question des municipales à Roubaix sur tapis vert. C'est le cas de le dire.
Que pensez-vous des propositions qui se multiplient autour de vous ? René Vandierendonck parle de vous laisser son siège au sénat dans six ans...
>> On m'a aussi dit que je serai, avec l'instauration d'une dose de proportionnelle, la tête de liste du Nord pour les législatives de 2017. Il paraît même qu'on pourrait me proposer un poste financier à haut niveau, voire qu'on aurait pensé à moi dans l'hypothèse d'un gouvernement de gauche où il faudrait quelqu'un du Nord. Arrêtons les plaisanteries ! Je fais de la politique parce que j'aime les gens. Et je ne sacrifierai pas cette relation humaine contre des bonbons, quelle que soit leur qualité. C'est insultant et blessant de penser que je puisse m'éloigner de ma population au nom d'un poste. Je ne cherche pas un poste ! Je cherche à servir. Je pense que là où j'ai été le plus utile à ce territoire, c'est dans mon mandat de député.
Ce sont deux légitimités qui s'affrontent, celle du terrain et celle de l'appareil ?
>> Oui. On transfère à des instances nationales le pouvoir d'investir des candidats locaux. En 2009, dans la consultation sur la rénovation du parti, la section de Wattrelos s'était prononcée contre ça car on avait déjà donné avec Guy Hascoët en 1997 et Najat Azmy en 2007. Quelques personnes dans le parti semblent considérer que le ou la député sont des personnes interchangeables, qu'on peut imposer les choses d'en haut. Ils oublient complètement la dimension de terrain et sa connaissance par les candidats issus du territoire. Guy Hascoët avait ce profil, il disait qu'il était élu de la Nation, qu'il faisait des lois, que les fêtes d'école et les banquets d'anciens ne l'intéressaient pas. Ce n'est pas ma conception. Le député doit respirer la population, sinon ça donne un parti déconnecté et on aboutit à ce qui s'est passé en 2002. C'est contre cela, les réservations venues d'en haut, que Wattrelos s'est prononcé. Force est de constater que nous avions raison trop tôt.w
Pour le député-maire de Wattrelos, l'accord électoral avec EE-LV n'était pas une priorité avant la présidentielle. Surtout au bénéfice de Slimane Tir, trop marqué à son goût pour obtenir des suffrages que lui-même n'exclut pas de briguer. Avez-vous le sentiment de payer une campagne timide pour Martine Aubry lors des primaires ? >> Mais j'étais légitimement à ses côtés pendant la campagne. Il était hors de question qu'elle puisse être affaiblie à cause de Wattrelos. Et au bout du bout, elle fait 73 % ici. Ça me paraît correspondre à l'état du territoire. Maintenant, il est incontestable aussi qu'elle n'a pas bénéficié du meilleur concours de circonstances pour structurer sa candidature. L'analyse que j'avais faite, c'est que François Hollande, avec lequel j'ai une vieille complicité, avait pris une longueur d'avance dans le pays par le quadrillage du terrain qu'il opérait. Pour gagner une présidentielle, il faut certes avoir une volonté, mais il faut être aussi aux couleurs de la France et de ses territoires. Pourquoi la candidature de Slimane Tir ne vous paraît-elle pas stratégique ? >> Pour deux raisons. Un : ai-je démérité ? Les hommages qui me sont rendus, y compris par Martine Aubry, semblent dire le contraire. Deux : les résultats électoraux des Verts. En 2007, sur la 8e circonscription, ils doivent être à 5 %. J'étais à 40 %. Au nom de quoi faudrait-il faire fi de 40 % d'électeurs pour en favoriser 5 %. On met la charrue avant les boeufs. L'élection phare dans la Ve République, c'est la présidentielle. C'est là que s'établit le rapport de forces et c'est sur cette base qu'on fait ou pas un accord. La candidature imposée de Slimane Tir gardera jusqu'en juin la marque indélébile des conditions de sa désignation. Je ne pense pas qu'il soit en situation de rassembleur sur ce territoire. En outre, depuis quand on va investir des hommes ou des femmes dont le parcours politique depuis dix ans a été de dénigrer l'action municipale de l'équipe en place ? Tout cela n'augure rien de bon dans la perspective d'un partenariat fidèle après la présidentielle. Qu'attendez-vous pour décider si vous irez en dissident ? >> Je me sens lâché, je l'ai dit. J'ai été fidèle au PS depuis 34 ans, contre vents et marées. Aujourd'hui, l'intérêt de la France et du parti, c'est que François Hollande soit élu pour sortir du système Sarkozy qui ne fait qu'augmenter la précarité. C'est ma priorité absolue. Mon cas personnel ne peut pas se résumer à un éventuel devenir politique à court ou à long terme, comme on me le propose en ce moment. Je viens de rejoindre le pôle économique de l'équipe de campagne de François Hollande. Mon boulot immédiat, je le ferai là. Je ne demanderai pas à François de remettre les choses à l'endroit dans la circonscription. Mais j'attends que mon parti, lui, revienne à la raison. Serez-vous candidat ? >> Je ne vois pas pourquoi je devrais m'interdire de me poser la question. J'y répondrai au moment que je jugerai opportun, dans l'intérêt de mon parti et de ma ville. Wattrelos n'a pas de conseiller régional. Son conseiller général actuel est assez absent des dossiers locaux. Et on voudrait priver Wattrelos de son député ? Mais il restera quoi aux Wattrelosiens pour défendre leurs intérêts ?w


![[AUDIO] Immigration : France Terre d'Asile dénonce «l'inefficacité de l'inflation législative»](/mediastore/img/contenu/no_interview.jpg)



Odeladeule : Le PS ressemble à un stade de foot ou l'important,...
martinwacheux : Grande déception après la victoire pour Gilles PARGNEAUX:...
sirius59 : C'est sûr que ce n'est pas très futé de la part...
sirius59 : Voilà en tous cas une démarche qui ne manque pas d'originalité...