Petits dej de Nord Éclair

Bérengère Bonte, de Roubaix à Europe 1

Publié le 16/07/2011 à 00h00

Sur Europe 1 où elle officie depuis 1998, la Croisienne Bérengère Bonte est la voix des infos du matin, ce carrefour aussi important pour la radio que ne l'est le 20 heures pour les télévisions.

Bérengère Bonte,  de Roubaix à Europe 1
Sur Europe 1 où elle officie depuis 1998, la Croisienne Bérengère Bonte est la voix des infos du matin, ce carrefour aussi important pour la radio que ne l'est le 20 heures pour les télévisions.


Spécialisée en politique et en environnement - elle est l'auteur de la seule biographie existante de Nicolas Hulot -, elle porte également un regard attendri mais sans concession sur sa région d'origine, avec laquelle elle a gardé des attaches fortes.
SÉBASTIEN LEROY ET BRUNO RENOUL > region@nordeclair.fr - PHOTOS : HUBERT VAN MAELE


Quelles sont vos origines ?
>> Je suis née à Croix en 1969. Mon père était dans le textile, il avait repris la filature de son père et son oncle, les établissements Paul Bonte, avenue Motte, en face du Vélodrome. C'était une petite usine, d'une centaine d'ouvriers. Ma mère, elle, s'est occupée de nous, on était cinq enfants.

L'école, c'était à Roubaix ?
>> Oui. Je suis allée à Jeanne d'Arc jusqu'en fin de 3e. Et là j'ai dit ça suffit, et je suis partie à Van der Meersch. La plupart de mes amis, mes voisins, y étaient, donc j'ai voulu basculer là. J'y ai passé mon bac en 1987, sans savoir vraiment ce que je voulais faire après. Je suis d'abord allée à Lille III en Infocom, où je me suis ennuyée pendant trois mois, avant de me raccrocher à une prépa littéraire à Douai. Puis je suis partie en Angleterre, avec l'idée de faire du journalisme qui commençait à germer. En revenant, j'ai raté l'ESJ...

Une nouvelle parenthèse ?
>> Oui, j'ai connu une année transitoire pendant laquelle je suis revenue à Roubaix, où j'ai été attachée de presse du théâtre Pierre de Roubaix, avec Vincent Goethals. Mais j'ai repassé les concours et j'ai été admise au CELSA, une école de journalisme à Paris. Et juste avant d'y entrer, j'ai passé l'été 1992 à Nord éclair, à la locale de Roubaix. C'est là que j'ai signé le premier papier de ma vie.

La vocation du journalisme est venue comment ?
>> Très progressivement, ce n'était pas du tout sur le mode « toute petite déjà... ». J'avais le goût de l'actualité, c'est sûr. Mais parents n'étaient pas des dingues d'actu. Cela dit, mon père s'était retrouvé à la tête du groupement régional des industries textiles. Donc, il baignait dans l'actualité politique et économique et on vivait avec ça en toile de fond.
D'ailleurs, on écoutait déjà Europe 1 à l'époque, c'était Jean Boissonnat.

Le choix de la radio, c'était une évidence ?
>> Ça s'est imposé petit à petit à l'école. Pour moi, au départ, je faisais des petits articles de presse écrite, c'était déjà pas si mal. Et puis il y a eu les cours de radio, j'avais fait du théâtre, ça m'a parlé assez vite. Mais c'était inespéré. Et me retrouver à Europe 1... Pendant des années, je me suis pincée pour y croire.

Justement, comment se retrouve-t-on aux commandes de l'info du matin sur une radio comme Europe 1 ?
>>À la sortie de l'école, en 1994, j'ai fait l'été à Europe 2. À l'époque, les deux rédactions étaient rassemblées. Et puis j'ai fait des remplacements. Je suis restée quatre ans à Europe 2. Et en 1998, j'ai postulé à Europe 1, où j'ai fait surtout de la présentation de journaux. En 2003, j'ai été la première journaliste dans la station sur un poste de journaliste « Environnement ». C'était bien vu, on était avant la canicule et il est très vite apparu clair qu'il y avait un besoin dans ce domaine. Les journalistes « Environnement » étaient surtout des militants à l'époque. Ce n'était pas mon cas. D'ailleurs je n'étais pas très enthousiaste au départ, les sujets étaient très techniques, je me disais que je n'allais rien comprendre au nucléaire... Personne n'y comprenait rien dans les rédactions c'était terrible. C'est ça qui était stimulant, défricher les sujets avec des gens que j'appelais à des horaires impossibles pour donner à comprendre aux auditeurs. J'ai donc fait cela, tout en animant de temps en temps des débats politiques. Je suis même venue faire un débat pour les municipales à Lille. Et puis en 2008, une nouvelle direction arrive à la tête de la station, et ils m'ont dit « tu vas faire le 8 h ».

Parisienne depuis 1992, quel regard portez-vous sur l'évolution de votre région d'origine ?
>> J'ai encore des liens forts dans la région. Mes parents vivent à Sailly-Lez-Lannoy. Mes enfants sont nés à Paris, mais se sentent plus Lillois que moi, supporters du LOSC jusqu'au bout de l'écharpe. Visuellement, la région s'est modernisée. À Roubaix, la Bourse du travail, la Piscine, je trouve ça super beau. Mais je n'ai pas l'impression que sur le plan social ça ait suivi. C'est toujours un peu la crise. L'actualité traitée au national nous ramène toujours à une image négative de la région. Alors je lutte contre les clichés, mais ils sont bien installés. Les collègues considèrent toujours que le Nord et l'Est, sont des terres de faits divers, de chômage, de FN.

Dans votre rédaction devez-vous vous battre pour lutter contre les clichés ?
>> Je ne suis pas vraiment militante. Mais dès que je parle du Nord, de démonter les clichés, je suis un peu soupçonnée d'être de parti pris. Mais je fais les choses honnêtement. La région est ce qu'elle est, avec ses richesses, mais elle n'est pas devenue la Silicon Valley. Le côté « Ah mais qu'est ce qu'ils sont sympas les Ch'tis », depuis le film m'agace un peu aussi. Parce que si je connais la « vitrine », je connais aussi les arrière-cuisines. Mais il faut reconnaître que Dany Boon a installé une musique un peu différente. J'ai des collègues qui ont changé leur regard grâce à ça. Ça a fait tomber un tabou. w

Nord Éclair