Metaleurop sous la plume noire de Pascal Dessaint
Publié le samedi 22 mai 2010 à 06h00
Installé à Toulouse depuis 26 ans, Pascal Dessaint n'a pourtant jamais rompu le lien qui le rattache à son Nord - Pas-de-Calais natal.
Il y retourne même à travers « Les derniers jours d'un homme », un roman noir qui se nourrit de l'affaire Metaleurop, la plus grosse fonderie d'Europe fermée avec perte et fracas en 2003. L'occasion pour ce défenseur de la cause environnementale de pointer de sa plume acérée ce drame sanitaire, écologique et humain.
CÉLINE DEBETTE, PHOTOS LUDOVIC MAILLARD > region@nordeclair.fr
Vous vivez à Toulouse, pourtant vous situez l'action de votre dernier roman, « Les derniers jours d'un homme », dans le Nord - Pas-de-Calais.
Quelles sont vos attaches avec la région ?
>> Ce sont des racines profondes puisque ma famille est du Dunkerquois et du pays minier.
C'est donc le berceau où j'ai encore beaucoup d'attaches. Mon père est descendu à la mine, dans le Cambrésis, à 14 ans, puis il est devenu ouvrier-monteur.
Ma mère a élevé six enfants. En résumé, la grande famille ouvrière du Nord comme on en faisait à l'après-guerre quand c'était le plein emploi. En 1984, après avoir grandi à Coudekerque-Branche et suivi une année d'études à Lille, je suis parti à Toulouse. J'avais 20 ans. Je suis ce qu'on appelle un Toulousain d'adoption et un garçon originaire du Nord.
Dans ce roman, vous abordez le scandale de l'usine Metaleurop de Noyelles-Godaut, liquidée sans préavis pour ses salariés, puis rasée. Quelles ont été vos motivations ?
>> On ne s'intéresse pas à un tel sujet par hasard. Il se trouve qu'en 2006, ma soeur a déclaré un cancer de la moelle osseuse alors qu'elle n'avait pas 50 ans. On s'est alors demandé d'où ça pouvait venir. On a d'abord pensé à Tchernobyl car on sait que le Nord a été bien touché par le nuage. Puis, on a commencé à faire le lien avec le fait qu'elle habitait Sin-le-Noble, à quelques kilomètres de Metaleurop, et qu'elle avait travaillé pendant 7 ans à Auby, au pied de l'usine. À partir de là, j'ai eu envie d'aller voir plus loin et j'ai cherché sur Internet la carte du cancer en France et la carte industrielle. Quand je les ai superposées, je me suis rendu compte qu'elles coïncidaient parfaitement. Là où il y a la plus forte industrie, il y a le plus fort taux de cancers. Et puis, j'ai appris il y a très peu de temps qu'après la guerre, mon père avait bossé à Metaleurop.
Usine qu'il a d'ailleurs fuie, considérant les conditions de travail intolérables. Tout ça légitimait parfaitement la démarche de mon livre.
Justement, quelle a été votre démarche d'écriture ?
>> En 2003, lorsque le scandale Metaleurop a éclaté, j'ai découpé des articles de presse et suivi les événements de très près. J'ai utilisé le site de Choeurs de fondeurs (association des ex-salariés de l'usine, ndlr), regardé les photographies de l'époque. Je me suis reposé sur des faits précis même si par le jeu de l'écriture, j'ai transformé les choses en essayant de m'imprégner de l'ambiance ouvrière que je connais bien, puisque je suis de ce terreau-là. Je ne voulais pas que ce soit l'histoire telle qu'elle a été vécue. Je voulais que la matière m'inspire sans en être totalement prisonnier. Il fallait trouver la bonne distance. Et puis, en cours de rédaction, j'ai reçu un coup de téléphone de Stéphane Czubek, fils de fondeur et auteur de deux documentaires sur Metaleurop qu'il m'a envoyés. Il est tombé au bon moment.
Ça m'a beaucoup aidé à donner du crédit à cette histoire.
Qu'est-ce qui vous a le plus touché dans cette affaire ?
>> C'est la manière dont on a traité les gens qui est symptomatique du système actuel où on fait peu de cas de l'humain. On ne peut pas les utiliser jusqu'à la trame et les jeter comme s'ils ne représentaient rien. C'est indigne d'une société comme la nôtre, c'est ce qui me met le plus en colère. Dans cette affaire, il y a le versant social, la première chose que l'on a perçue : c'était à nouveau une usine qui fermait avec des centaines d'ouvriers mis sur le carreau. Et puis, ça se situait dans une région qui avait déjà énormément souffert. C'était un peu trop c'est trop. Et puis, ce scandale social met au jour un scandale sanitaire et environnemental sans précédent. La zone de Metaleurop est polluée à un niveau rarement atteint en Europe. La terre est sale sur 40 à 50 km², c'est-à-dire des portes de Lille aux portes de Valenciennes.
Comprenez-vous l'attachement des ouvriers à cette usine qui, pourtant, leur a coûté la santé et pour certains la vie ?
>> Complètement. Quand on a une famille, un travail, c'est très complexe. Alors oui, c'est peut-être inconscient de rester dans cet environnement néfaste mais c'est, de toute façon, très difficile de partir. Il existe un lien souterrain qui nous relie aux choses, à la terre.
Quel message avez-vous voulu faire passer à travers ce roman ?
>> Il n'y en a pas. Aujourd'hui, une catastrophe en chasse une autre. Le roman permet peut-être de fixer plus longuement les choses. J'ai eu envie de témoigner pour ne pas oublier. Il faut de temps en temps se rappeler qu'il y a eu l'horreur pour avancer de manière plus intelligente. Et comme le système a intérêt à ce qu'on ne le soit pas trop, il faut essayer de provoquer et d'encourager le devoir de mémoire pour qu'il y ait une sorte de vigilance. w « Les derniers jours d'un hommes » de Pascal Dessaint, publié aux éditions Rivages, 240 pages, 18 euros.


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citospopulos : Pour ma part je pense qu'l y a toujours des personnes...
citospopulos : oui pour une nouvelle forme de police de proximité...
jeanjean59 : message pour Claire : Bravo pour votre "enfarinage"...