Vous êtes ici : Accueil > Rencontres > Petits dej de Nord Éclair

Dalila Dendouga, l'adjointe surprise

Dalida Dendouga vient s'installer son cabinet d'avocate dans le quartier de Lille-Sud. Dalida Dendouga vient s'installer son cabinet d'avocate dans le quartier de Lille-Sud.

Jeune avocate, jeune maman et surtout jeune adjointe de Martine Aubry en charge de l'égalité des droits, Dalila Dendouga s'était retrouvée sur le devant de la scène il y a deux ans lors de la campagne pour les élections municipales à Lille en étant numéro 3 sur la liste socialiste. Depuis, elle a appris les codes de la vie politique et ceux du barreau lillois. Elle revient sur son parcours et donne son avis sur deux sujets d'actualité : l'identité nationale et la garde à vue.



PROPOS RECUEILLIS PAR YOUENN MARTIN ET DIDIER SPECQ > region@nordeclair.fr PHOTOS LUDOVIC MAILLARD

Commençons par le début : quand êtes-vous née, quelles sont vos origines ?


>> Je suis née en 1978 à Linselles, d'une mère marocaine et d'un père algérien. J'ai passé mon enfance à la campagne, à Bousbecque où mes parents habitent toujours. J'ai grandi dans ce village, j'ai fait partie de la classe d'orchestre et de l'harmonie du village. L'école, c'était celle du village. Le collège, c'était Robert-Schuman à Halluin. Et le lycée, Gambetta à Tourcoing. Sinon, je suis la troisième de six enfants et mes parents ont adopté un petit garçon qui a maintenant 7 ans.

Comment est venue la vocation d'avocate ?
>> En seconde, je voulais être soit médecin soit avocate. Mais je n'avais pas de très bons résultats en sciences... L'idée est née aussi parce que Blandine Lejeune est venue à Gambetta pour donner une conférence. Ça a été important : j'ai réalisé que quelqu'un qui était passé par Gambetta avait réussi une carrière.

Vous venez vous-même d'une famille modeste...
>> Mon père était ouvrier et ma mère au foyer. À Gambetta, en terminale, il y avait un nombre effrayant de redoublants. Mais les profs nous boostaient à fond, ils nous encourageaient, on les sentait très fiers de nos résultats au bac.

Vous l'avez eu avec mention ?
>> Je l'ai manquée de peu ! Après le bac, il y a eu la fac de droit à Lille. Ce n'est vraiment pas facile. Vous arrivez là, devant un amphi de 500 étudiants et vous ne connaissez personne. J'ai effectué mes stages au sein du cabinet de Blandine Lejeune, de celui de Jean-François Mortelette, puis entre la première et la deuxième année, à Amnesty International. J'étais affectée au service Maghreb, plus particulièrement pour l'Algérie. Ça m'a permis de rencontrer de nombreux disparus politiques.

Cela fait écho à un épisode marquant de la vie de votre famille. Vous pouvez en parler ?
>> En 1981, mon oncle, le frère de ma mère, était étudiant en droit au Maroc. À l'époque avaient lieu de grosses manifestations contre Hassan II. Le pouvoir a envoyé les cavaliers, ils ont embarqué tout le monde. Un témoin a vu mon oncle monter dans un des camions, on a une dernière trace au commissariat. Ensuite, plus rien. Jusqu'en 1999 où un fax l'annonçait « présumé décédé ». Il y a toujours eu un portrait de lui à la maison, j'ai grandi avec lui. Ma mère a toujours espéré qu'il soit libéré, ce fax est tombé comme un couperet.

Revenons à votre parcours d'avocate. Vous avez commencé directement chez Tillie et Joseph ?
>> Oui. J'avais dans l'idée que je voulais faire du pénal, j'ai découvert que j'aime beaucoup le droit des personnes, le droit du travail, le droit familial. De la même manière, je pensais faire ma vie dans ce cabinet et là, je vais m'installer à mon compte. C'est un challenge, c'est un sacré bouleversement alors que j'ai accepté aussi d'être adjointe au maire de Lille.

Pour quelle raison avez-vous quitté ce cabinet ?
>> C'est une question douloureuse, je préfère ne pas en parler.

Comment s'est passée votre rencontre avec Martine Aubry ?
>> C'était lors du concours d'éloquence (Dalila Dendouga a terminé deuxième, ndlr). D'habitude, elle n'y vient pas, mais cette fois, elle était là. Elle est venue me parler, la première rencontre a été très brève. Il s'est passé plusieurs mois et vers octobre ou novembre 2007, elle m'a téléphoné pour me proposer d'être sur la liste. Je n'étais pas du tout là-dedans, je ne savais pas comment ça fonctionnait. On a tout de suite parlé délégation. Elle m'a proposé les Droits de l'homme et la lutte contre les discriminations, j'ai accepté.

Et vous vous êtes retrouvée troisième sur la liste !
>> Je l'ai su trois ou quatre jours avant la présentation officielle et je ne maîtrisais pas les conséquences que ça pouvait avoir. Lors de la présentation, je ne connaissais personne, j'avais l'impression d'être regardée comme une extra-terrestre. J'ai mesuré l'impact de cette place lorsque tous les journalistes se sont rués vers moi !

Finalement, vous n'avez été d'abord « que » conseillère déléguée.
>> Je ne connaissais pas les pratiques, les codes, les habitudes. Je trouvais que tellement d'élus avaient plus de légitimité que moi que c'était très bien comme ça.

Vous êtes finalement, après une démission, devenue adjointe. Comment les choses ont-elles évolué ?
>> Ce que je ne voulais surtout pas, c'est qu'on considère ma délégation comme n'étant pas de la politique locale. Avant, c'était un peu les fêtes de la diversité et c'est tout.
Là, la lutte contre les discriminations va prendre de l'ampleur. L'adoption du plan l'a crédibilisée, les autres élus l'ont acceptée. Je ne suis pas très diplomate, mais Pierre de Saintignon, Walid Hanna et Martine Aubry m'ont bien aidée, ils m'ont fait accepter au sein du groupe.

Allez-vous prendre votre carte au PS ?
>> Non, je suis bien comme ça ! Ça n'est pas nécessaire, je participe déjà aux réunions avec le groupe socialiste. Nous ne sommes plus que deux non-cartées avec Isabelle Tillie et nous nous sommes fait une promesse.w

« La garde à vue pour enquêter, d'accord, mais souvent, ça devient un prétexte à pressions »

Me Dalila Dendouga, c'est aussi une avocate de tous les jours. Et, au quotidien, elle juge la façon dont se déroulent les gardes à vue qui sont souvent concrètement contestables. Restent les nécessités de l'enquête... La Cour européenne des droits de l'Homme semble être favorable à la présence d'un avocat lors de la garde à vue. Qu'en pensez-vous ? >>  C'est un problème complexe qu'il faut aborder sans fausse naïveté. C'est vrai que les gardes à vue sont nécessaires et que la police doit avoir les moyens d'enquêter. Il n'en reste pas moins que 800 000 gardes à vue en France chaque année, c'est un chiffre énorme. Cela montre bien qu'on s'en sert pour autre chose : pour intimider par exemple alors que, derrière, on sait très bien qu'il n'y aurait pas de poursuites. Ou, en tout cas, pas une infraction qui mériterait une garde à vue. Concrètement, vous voyez souvent des situations choquantes dans l'exercice de votre métier ? >> Bien sûr. Il est tout à fait courant de voir par exemple des gamins de 13 ou 14 ans menottés. C'est un spectacle d'autant plus bizarre que souvent les bracelets, trop grands, glissent sur leurs poignets. Au moindre conflit, familial par exemple, on voit des femmes, sans aucun antécédent judiciaire, menottées et gardées à vue. Que proposer alors ? >> Peut-être faut-il aller vers des retenues de quatre heures maximum pour les petites infractions. En tout cas, c'est vrai, on ne peut plus se contenter, en garde à vue, de la visite d'un avocat qui n'a pas accès au dossier et qui ne peut donc pas assister réellement son client. Concrètement, actuellement, notre visite ne sert pas à grand-chose. Le juge d'instruction disparaît et le procureur a de plus en plus d'importance dans l'enquête. En face, les droits de la défense vont donc nécessairement être renforcés ? >> J'espère. Mais, dans l'hypothèse où la présence d'un avocat serait effective durant la garde à vue et les interrogatoires, ça ne résout pas tous les problèmes. il risque d'y avoir une énorme différence entre la personne qui a les moyens de se payer un avocat qu'elle peut réveiller au milieu de la nuit et celle qui n'en a pas les moyens. À présent, c'est l'aide légale qui prend en charge ces avocats. Mais, justement, l'aide légale devrait peut-être être décuplée pour assurer la présence réelle des avocats lors d'une garde à vue de nuit dans un commissariat éloigné pour une personne désargentée. Je vois mal comment les ressources de l'aide légale pourraient suivre. Cela risque de créer une justice à deux vitesses : seuls ceux qui en auraient les moyens pourraient réellement avoir un avocat face aux enquêteurs et au procureur. Certains proposent que les gardes à vue ne soient possibles que pour les infractions passibles de peines de prison ? >>  Comme la plupart des infractions sont passibles de peines de prison souvent importantes, ça ne résoudrait rien. Ce sont des problèmes complexes qui demandent une mise à plat sereine. Autant dire que c'est difficile d'en parler actuellement de façon constructive.w

« Le contexte est de plus en plus difficile pour les gens d'origine étrangère »

Dalila Dendouga juge complètement contre-productif le débat sur l'identité nationale initié par le ministre Éric Besson. Selon elle, ces discussions ont accru la stigmatisation de tous ceux qui sont perçus comme des « étrangers ». Le débat sur l'identité nationale ne vous a guère convaincue. >> Pas du tout, effectivement. J'ai l'impression que le contexte est de plus en plus difficile pour les gens d'origine étrangère. On est obligé sans arrêt de se justifier, la stigmatisation est de plus en plus systématique. Je suis née en France, tous mes amis sont ici, mes études se sont déroulées ici et, évidemment, comme élue municipale, je me retrouve comme tout le monde dans les cérémonies. Pour moi, la question ne se pose pas, je suis française, un point c'est tout. Et, comme tout le monde, je peux avoir des origines familiales ailleurs. Ceci dit, c'était un débat avant tout politique ? >> Bien sûr, tout le monde est lucide sur les arrière-pensées politiques du gouvernement. Il n'empêche qu'on a ouvert une nouvelle fois la boîte de Pandore. Une fois de plus, il faut se justifier, parler de la religion, évoquer des origines, soupçonner un certain nombre de Français d'aimer moins la France que les autres. Tout ça parce qu'il y a des échéances électorales. Vous trouvez que la situation empire ? >> Oui, le contexte est de plus en plus difficile. On entretient une ambiance, il faut sans arrêt de justifier. Et quand ça va péter, par exemple dans les banlieues, on va encore jouer la surprise. On ne peut pas sans arrêt jouer sur la peur de l'autre. Un jour, on a les réactions. Personnellement, vous sentez cette pression ? >> Oui, d'ailleurs, quelquefois, c'est dit avec les meilleures intentions du monde. Récemment, par exemple, j'intervenais au tribunal en défense pour une prévenue qui avait participé à une rixe clairement raciste. Une gendarmette ? >> Oui, j'étais une des avocates puisqu'il y avait plusieurs prévenus. Un des avocats n'a pas pu s'empêcher de dire « Vous entendrez tout à l'heure une consoeur maghrébine » en parlant de moi. Je sais que, de sa part, ce n'était pas méchant. Mais ça montre qu'on vous renvoie toujours à ça alors que dans la salle d'audience, il n'y a qu'une couleur, le noir de la robe d'avocat.w


Réagir à l'article

Tous les champs sont obligatoires.

Pas encore inscrit ?

Infos locales

Dessin du jour

Cannes 2012 "Cannes 2012"

Cinéma

Grand soir, grands rires et standing ovation Grand soir, grands rires et standing ovation

Sur la Croisette, ils détonnent beaucoup. Pourtant ils ont tous déjà été invités par Frémaux et Jacob, individuellement. Mais cette fois l'équipe du « Grand Soir » est au complet : Gustave Kervern et Benoît Delépine, réalisateurs, et Albert Dupontel et Benoît Poelvoorde, acteurs.

les lecteurs
  • Note actuelle 3.25/4

Les autres sorties

Une journée de compétition entre le whisky et les flingues

Toujours à l'affiche

Restos

 Les meilleures recettes de nos chefs Les meilleures recettes de nos chefs

Les jeunes chefs de l'Athénée (B.) nous ont livré quelques-uns de leurs secrets : voici pour vous les recettes des meilleurs plats de fête qui ont bousculé nos papilles. A vos fourneaux!

Les autres restos...