Raconteur d'histoires.
Dans le civil, il enseigne l'histoire au lycée Montebello de Lille. Une autre manière de raconter. De faire comprendre. De donner envie. Dans sa classe ou avec ses copains du collectif Gery Freemann, cet homme-là a le goût d'autres horizons et, surtout, une certaine idée de l'Europe. Celle qu'il veut faire aimer.
PROPOS RECUEILLIS PAR VIOLAINE MAGNE ET FLORENCE TRAULLÉ, PHOTOS HUBERT VAN MAELE > region@nordeclair.fr
Vous êtes prof. Enfant de profs aussi ? >> Oui. Et même petit-fils de prof ! Ce n'était pas un déterminisme mais j'adore l'histoire depuis l'école primaire. Le système veut que si vous faites des études d'histoire, à part prof... Cela dit, après ma première heure devant une classe, j'en suis sorti en me disant que j'avais fait le bon choix.
Vous en doutiez ?
>> J'étais très timide. Pour enseigner, ce n'est pas évident mais c'est fou comme les choses changent.
Quel élève avez-vous été ?
>> Un bon élève. Enfant de profs, j'étais super suivi, voire poursuivi ! J'ai aimé l'école, avec le petit revers de la médaille. Bon élève, vous pouvez vous retrouver à part, celui qu'on vient voir parce qu'il a fait tous les exos. Je suis attentif aux élèves qui peuvent se retrouver mis de côté à cause de ça.
Des profs vous ont particulièrement marqué ?
>> Plusieurs de mes profs d'histoire, oui. Surtout celui de terminale. Mon prof de philo aussi. Après le bac, je suis entré en classes préparatoires au lycée Faidherbe de Lille. Je m'y suis régalé, même si, en prépa, on en prend plein la figure, même si on souffre. Les bons profs étaient excellents. On faisait vraiment de l'histoire, de la littérature et non plus du français.
Vous passez l'agrégation d'histoire et vous vous retrouvez devant une classe. Vous y étiez préparé ?
>> Non... Après le concours, on était stagiaire avec quelques heures de cours à assurer et un tuteur, lui-même prof dans l'établissement. On devait aussi suivre quelques cours théoriques. Mais au début, on gamberge... On se rattache au tuteur, un peu comme à une nounou. Comme mes parents étaient profs, j'avais la chance de savoir, un peu, ce qu'était ce métier. Au début, on est très idéaliste. Comme on est formé dans une discipline, on se dit « je vais leur apprendre de l'histoire ».
En fait, on n'est pas là que pour ça. On est là pour les éduquer, plus que pour les instruire. Au début, je ne tenais pas assez compte de la personnalité des élèves, du contexte dans lequel ils vivaient. On découvre aussi, petit à petit, que le plus difficile, c'est de gérer sa classe. De rester, sinon le maître, au moins celui qui dirige dans l'espace-classe.
Votre premier poste ?
>> Dans un collège, à Marly, près de Valenciennes. Si j'aime mon métier et si j'y suis à l'aise, c'est aussi parce que j'ai eu de la chance, je suis bien tombé. J'ai des copains qui ont commencé dans des bahuts hyper durs, très éloignés de chez eux, ou affectés sur deux ou trois établissements. Moi, j'ai commencé dans un collège où il y avait une mixité sociale. Un établissement qui tourne bien, où on est bien, c'est grâce à l'équipe administrative, aux collègues. J'ai eu des chefs d'établissement accueillants, compétents, qui m'ont beaucoup apporté, qui connaissaient les élèves, qui étaient dans les couloirs. Ils ont aussi fait le prof que je suis.
On dit parfois qu'enseigner est un sacerdoce ?
>> Oui, c'est un peu comme un sacerdoce. Si on veut faire son métier comme il faut, on travaille bien au-delà des 35 heures. C'est un choix et c'est ma liberté. Préparer ses cours, c'est beaucoup de boulot, c'est ne pas être content et tout refaire. Il y a beaucoup de réunions, les programmes qui changent, les échanges scolaires à organiser, les sorties, les supports pédagogiques à travailler, les documents, les événements... On va commémorer la chute du mur de Berlin en novembre. Il est évident que je ne vais pas faire mon cours comme l'an dernier ! Beaucoup de profs font plein de choses en dehors de leurs seuls cours. Et ça marche.
Vous avez le sentiment qu'on ne reconnaît pas ce travail des enseignants ?
>> J'entends beaucoup de discours négatifs sur les profs : on a beaucoup de vacances, peu d'heures de cours ... Du coup, oui, les profs se sentent mal aimés. À tort ou à raison. Mais souvent, le sentiment fait office de réalité.
Prof au lycée Montebello de Lille, il y a pire non ?
>> C'est vrai. Quand j'étais au collège à Marly, je me suis beaucoup impliqué dans les échanges avec l'Allemagne. J'ai adoré ça. Enseigner en lycée, c'était déjà devenu quasi inaccessible. Il faut un nombre de points énorme ! J'ai passé une certification en allemand pour pouvoir enseigner ma matière en allemand. Et un poste s'est débloqué en classe européenne à Montebello.
Ce que vous aimez le plus dans votre métier ? Et le moins ?
>> Ce que je préfère, c'est être dans la classe. Le moins, c'est quand je ne suis pas content de ce que j'ai fait. Ce qui est génial, c'est quand les anciens élèves reviennent et qu'on peut mesurer ce qu'on leur a apporté, en dépit du fait que ce n'est pas l'histoire-géo qui les branche. Enseigner, c'est ouvrir des horizons, accompagner les élèves dans des moments de leur vie. Les aider à vivre. À être ce qu'ils sont. À prendre confiance en eux. Ça, c'est énorme.
Les élèves ont beaucoup changé ?
>> Il y a toujours les rebelles, les éteints, les têtes de classe, les enfants de prof, les deux ou trois gothiques, l'anar, la féministe... De ce point de vue, ça n'a pas changé.
Plus durs les élèves ?
>> C'est la société qui est plus dure, qui va plus vite. Les inégalités sont renforcées.
L'individualisme aussi. Globalement, il y a moins de familles qui encadrent leurs enfants. Moins de reconnaissance.