Martin Hirsch, l'engagement et la « génération Y »
Publié le lundi 06 février 2012 à 06h00
SÉBASTIEN LEROY > sebastien.leroy@nordeclair.fr L'ancien haut-commissaire aux Solidarités actives, aujourd'hui président de l'Agence du service civique, a donné mardi une conférence devant les élèves de prépa de Notre-Dame-de-la-Paix à Lille, sur « l'engagement ».
L'occasion de voir avec ces jeunes majeurs comment ils vivent cette question.
S'engager au service de l'autre, d'une cause. La semaine dernière, Martin Hirsch, père du service civique était venue planter des graines dans les esprits des élèves du lycée lillois, dont il est le parrain pour la promotion 2011-2012. Alors évidemment, ça commence par un conseil. « Ne dites jamais non à une proposition d'engagement ».
Pour lui, le normalien, énarque, haut-fonctionnaire, ce fut Emmaüs le déclic. « J'ai été séduit par la manière dont fonctionnait la communauté, que j'ignorais complètement. Il y avait des gens à qui la société déniait toute valeur, disait "on n'a pas besoin de toi". Emmaüs recycle des vêtements, des meubles. Mais des aussi gens que la société avait jeté, en construisant petit à petit les marches qui leur permettent de remonter la pente. » Ce qui le frappe également, c'est le travail des bénévoles qui participent à ce processus, qui s'y sont engagés, les jeunes notamment. « Mais ce qui m'a marqué surtout ce sont les jeunes qui venaient nous voir et à qui on ne pouvait pas forcément proposer de mission. C'est comme si on avait une source d'énergie, un arbre fruitier qu'on laissait pourrir sur pied. » L'idée du service civique était née...
Face à l'orateur, les élèves sont tout ouïs. De là à adhérer à cette notion d'engagement ? Pas si simple. « Il est trop tôt pour moi, explique Félicien, 20 ans. Avant de s'engager, il faut se connaître soi-même, être honnête vis-à-vis de soi pour l'être pour les autres, afin de ne pas faire uniquement pour dire qu'on fait ».
La « génération Y », qui a vu le jour dans les années 1980 à 2000 et connu toutes les révolutions technologiques sans avoir fait l'expérience des drames géopolitiques, a ses priorités, dans une forme d'individualisme assumé : construire ses repères individuels elle-même, faire son expérience en se défiant des cadres traditionnels, avant peut-être de se consacrer au collectif. « Et puis l'engagement pertinent c'est celui qui est efficace. Personnellement, je ne pourrai pas m'engager pour quelque chose qui ne me toucherait pas directement », argumente Florent, 19 ans, en prépa littéraire. Quitte à ce que jamais rien ne vienne toucher directement... « Non mais, l'engagement, c'est aussi ce qu'on fait chacun de son côté, les petites choses du quotidien ». Pour l'intérêt général, s'engager dans quelque chose qui dépasse sa propre personne, il faudra attendre le prochain train.
« Le problème, c'est que notre système fait qu'on dit aux jeunes qui ont des idées ou des idéaux mêmes : "Vous verrez quand vous serez plus grands, ça vous passera" », avait dit Martin Hirsch lors de son discours. « On essaie de séparer le bon grain, ce qui est productif, rentable, et l'ivraie, l'utopie, la générosité. Or c'est l'inverse. Grandir ce n'est pas se départir de ses idéaux. Grandir c'est s'armer pour les garder le plus longtemps possible ».
Pour la génération « Y », ce n'est pas forcément évident. Mais au moins la graine de l'engagement est semée. w
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On essaie de séparer le bon grain, ce qui est rentable, et l'ivraie, l'utopie, la générosité.
Or c'est l'inverse. Grandir ce n'est pas se départir de ses idéaux. C'est s'armer pour les garder.



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