L'Allemagne dans la présidentielle
Publié le dimanche 05 février 2012 à 06h00
Trop parler de l'Allemagne pourrait-il nuire à la qualité de l'axe franco-allemand ? Trop citer l'exemple allemand dans le domaine économique et financier pourrait-il irriter nos concitoyens à l'heure de déposer un bulletin dans les urnes de la présidentielle ? Trop s'inquiéter du nouveau rôle diplomatique que l'Allemagne est en droit de vouloir jouer sur le plan international pourrait-il faire resurgir un sentiment primaire anti-allemand chez les Français ? Ces questions se posent après que beaucoup de candidats déclarés ou supposés ont fait du pays voisin l'alpha et l'oméga d'une politique économique à redessiner en France.
La dose qui a été administrée ces derniers temps est en effet massive. Qu'il s'agisse de questions d'industrialisation, de coût du travail, de flexibilité, d'éducation en alternance, rien ne nous a été épargné. Il est vrai que les Allemands sortent de la crise renforcés, alors que la France et le Royaume-Uni en sortent amoindris. Il est vrai aussi que l'Allemagne, au coeur de la crise, a exercé un leadership discret mais bien réel pour sortir l'Europe de l'ornière tout en résistant chaque fois que ses intérêts vitaux étaient en jeu. Il est certain que ni l'activisme et le volontarisme de Nicolas Sarkozy, ni l'obstination britannique à ne rien lâcher, n'ont eu raison de cette nouvelle force qui s'est inscrite dans le paysage européen et mondial.
Et l'Union qui, jusqu'à il y a peu, disposait d'un leader bicéphale franco-allemand n'a plus aujourd'hui, malgré les apparences, d'autre chef de file incontesté que la seule Allemagne. Faut-il s'en émouvoir et s'en inquiéter ? Faut-il faire naître l'inquiétude que certains aimeraient bien voir se développer ? Certainement pas ! L'Allemagne est européenne au fond de ses tripes. Elle est un des piliers sur lesquels l'Europe s'est construite.
Elle a toujours été d'une loyauté complète à cette idée, si puissante, de la création d'une Europe sans guerre. Sa mémoire du passé l'y a contrainte.
Ce qui a changé, c'est le rapport de forces entre les composantes de l'Union. Dans ce continent si particulier, dans cette construction si originale et inédite, dans ce puzzle complexe de nations aux histoires antagoniques, les rapports de forces ont toujours existé. Et la santé économique et financière des acteurs a figé ce rapport de forces. Lorsque la France était encore, à l'égal de l'Allemagne, une puissance industrielle, les rapports de forces étaient équilibrés. Aujourd'hui ce n'est plus le cas, non pas que nous manquions de cartes dans notre jeu mais lorsque la finance domine le monde, c'est celui qui est « riche » qui fait fonction de leader. Ceci est une réalité. À la France de retrouver des marges de manoeuvre pour être le partenaire qu'elle a toujours été. L'Europe a trop besoin de ce couple singulier pour avancer. Et ce n'est pas avec une méfiance injustifiée, avec une utilisation politicienne de nos faiblesses que nous renverserons le rapport de forces. w



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