Quand la com' gâche tout
Publié le samedi 04 février 2012 à 06h00
L'affaire est ridicule et ne devrait pas avoir d'autres conséquences que celle de voir le bon élève pris les doigts dans le pot de confiture.
Rappel des faits : lors du déplacement du président de la République sur un chantier dans l'Essonne, les services de communication de l'Élysée, pour faire mieux que bien, décident de doubler le nombre de travailleurs présents sur le chantier (de soixante à cent vingt) et leur demande de faire semblant d'oeuvrer alors que les très basses températures empêchent toute activité. Pour faire plus vrai. Ce n'est pas une première : il y a deux ans déjà à Faurecia dans l'Orne, les salariés de trop haute stature avaient été interdits de présence afin de ne pas faire « d'ombre » au chef de l'État.
Les précédents de ce type d'affaire sont nombreux et Nicolas Sarkozy n'est pas le premier à être victime d'une communication millimétrée qui se prend les pieds dans le tapis. Mais tout cela rappelle fâcheusement les pires pratiques de la propagande des dictatures staliniennes. On raconte qu'en Roumanie, lorsque Ceausescu visitait une ferme, c'était toujours la même vache qui sortait d'un déplacement à l'autre, tant et si bien qu'elle avait fini par le reconnaître, aller vers lui et se laisser caresser le plus gentiment du monde. Les communicants d'aujourd'hui semblent procéder avec la même minutie que les propagandistes d'hier.
Certes, on comprend et on le sait de longue date, les médias sont des dévoreurs maladifs de faits et d'anecdotes qui mettent de la couleur dans leurs récits et leur donnent une véracité nécessaire. On sait que sans images, la télévision ne se déplace pas. On sait encore qu'une campagne électorale fonctionne avec des symboles que fabriquent les images passées en boucle sur les lucarnes. On a toujours su que les hommes publics construisent leur légende avec des symboles. La communication politique maîtrise parfaitement ces règles et ces contraintes. Le drame, ce n'est pas qu'elle en fasse usage, c'est qu'elle en abuse. Et partant de là, qu'elle dépasse sa mission de base qui est celle d'une incarnation des personnages publics pour finir par procéder à une déformation du réel.
La présidentielle française repose sur un principe, celui du lien particulier qui se tisse entre un candidat et l'opinion publique.
Et une fois élu(e), entre un homme ou une femme et le peuple français. Cette règle est intangible et pour qu'elle fonctionne bien, encore faut-il qu'il n'y ait pas tricherie. Cette relation spécifique entre l'élu et le peuple doit reposer sur quelque chose de solide. Sur une terre ferme et non pas sur les sables mouvants de la com'.
Dans l'actuelle campagne électorale, nous en sommes à cette phase si particulière où commence à se nouer entre les candidats et leurs électeurs un lien, dont les qualités principales doivent être la sincérité et la confiance. Ce moment-là ne peut être abîmé par des petites « manips » qui peuvent casser une relation singulière, sous prétexte qu'une bonne image au 20 heures vaut tous les programmes politiques.
w



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