Et la tortue se fit lièvre
Publié le mardi 24 janvier 2012 à 06h00
À en croire les gazetiers, unanimes, François Hollande a réussi dimanche son décollage au Bourget. Sur la forme d'abord, le discours avait de la tenue, l'allure d'un vrai grand discours politique. Sur le fond ensuite, le candidat socialiste a surpris par ses propositions, bien plus nombreuses que prévues à ce stade de la compétition électorale. Tant et si bien que les professionnels de la riposte du camp présidentiel ont mis du temps à réagir.
Depuis la fin de la primaire socialiste, le candidat PS s'était imposé une cure d'austérité médiatique qui fit que même ses supporters les plus acharnés s'étaient mis à douter. Doute renforcé par l'hyper activité d'un Président toujours aux manettes et très réactif en même temps que force de proposition. Doute amplifié par l'arrivée en campagne d'un François Bayrou toujours chouchou du parti des modérés de l'électorat. Doute aggravé par des couacs de ses plus proches. Bref, après le succès à la primaire socialiste, tout pouvait laisser supposer que Hollande commençait à perdre la main. Seule consolation pour le candidat, les sondages restaient étonnamment stables et favorables.
La campagne semblait en suspension. Les journaux et les dessinateurs illustraient un Hollande aimable mais déguisé en tortue pour l'occasion. Certains même, dont le chef de l'État, prédisaient une probable chute dans les sondages pour les jours à venir. Et puis, est survenu le premier grand meeting de campagne, avec ses flonflons et sa com'. Et la transmutation du vainqueur de la primaire en candidat crédible s'est accomplie.
Beaucoup de chemin reste à parcourir avant le 22 avril, mais le premier obstacle après la primaire a été franchi. Le calendrier respecté.
La première conséquence de cet événement politique est la transformation de la tortue en lièvre. Jusqu'à présent, Hollande faisait figure de favori des sondages, mais dans les sondages seulement. Il représentait un danger pour l'Élysée, mais un danger maîtrisable, connu. Le potentiel candidat Sarkozy avait pour lui de continuer à imposer le tempo par un catalogue toujours fourni de multiples propositions. La situation vient de changer : tel un leurre lancé dans une course de lévrier, Hollande est devenu celui après qui on doit courir si on veut figurer puis l'emporter. Le paradigme n'est plus le même.
La situation est probablement flatteuse pour celui qui fut brocardé par sa famille politique et encore plus par ses concurrents. Mais la situation est devenue extrêmement complexe et à terme douloureuse pour celui qui doit faire la course en tête, un oeil sur la ligne d'arrivée, l'autre dans le rétroviseur. Hollande est devenu, le temps d'une réunion publique, celui qui n'a plus le droit à l'erreur, qui sera scruté sans cesse, qui devra tenir un rythme soutenu sans jamais relâcher son souffle. En d'autres termes, il vient vraiment de rentrer dans la fraction de la compétition politique la plus dure.
Celle qui demande le plus grand engagement. Et sa peau de lièvre va bien moins le protéger que ne le fit il y a peu sa carapace de tortue.



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Odeladeule : Le PS ressemble à un stade de foot ou l'important,...
martinwacheux : Grande déception après la victoire pour Gilles PARGNEAUX:...
sirius59 : C'est sûr que ce n'est pas très futé de la part...
sirius59 : Voilà en tous cas une démarche qui ne manque pas d'originalité...