Lejaby donne le tempo de la campagne
Publié le samedi 21 janvier 2012 à 06h00
Cela aurait pu être SeaFrance ou bien Petroplus, mais ce sera plus certainement l'entreprise Lejaby, d'Yssingeaux (Haute-Loire), qui va marquer la présidentielle de 2012.
D'abord parce que l'emploi industriel est au coeur du débat électoral ; et puis parce que la déshérence de toutes ces ouvrières qui perdent leur emploi est une image forte. À vrai dire poignante.
La France aurait perdu 600 000 emplois industriels en cinq ans. C'est énorme. Et la part de l'industrie dans notre pays s'est réduite à peau de chagrin, en dessous même des normes moyennes de l'Europe et à la moitié de l'Allemagne, considérée pourtant comme l'exemple à suivre.
Les candidats courent après cet électorat en colère ou désabusé. Les plus rapides ont relancé et modernisé le « produire français ». Mais au-delà d'une clientèle électorale qui s'étiole, c'est à tout le corps électoral qu'ils s'adressent. Une France sans industrie de transformation et de production, c'est tout à la fois un horizon qui se bouche et une fierté nationale qui s'effrite. C'est trop, beaucoup trop pour un pays qui a perdu confiance en lui. C'est une tâche sur le drapeau tricolore. Et cela, les compétiteurs le savent bien.
La question maintenant n'est plus seulement de penser à relocaliser de l'activité qui s'est évanouie dans des pays à bas coût de production. Le vrai problème est celui de la réindustrialisation de notre pays. Comment faire pour que les nouvelles activités qui feront le monde de demain s'installent et se développent chez nous ? Comment penser le problème globalement ? De la recherche à l'enseignement et à la formation des femmes et des hommes, en passant par les systèmes d'aides nécessaires à la création d'activités industrielles innovantes et en redonnant fierté au travail manufacturier ou artisanal.
Ce n'est pas en proposant un programme bouche-trous ou en postulant un enfermement hexagonal que les candidats sont attendus, mais bel et bien sur leurs capacités à innover politiquement et en offrant au débat public les hypothèses pour un projet de long terme qui soit cohérent et refasse de la France un pays exportateur, parce que fiable et singulier dans sa production. Pour l'heure, avouons-le, nous restons sur notre faim.
L'affaire Lejaby est un exemple qui a un caractère spécifique, mais une dimension universelle. C'est le cas dans lequel beaucoup se reconnaissent ou d'autres s'identifient. C'est le cas qui fait consensus entre les classes sociales, entre les familles politiques. Les candidats deviennent - à leur corps défendant peut-être - les héritiers du malheur de ces ouvrières, de leur histoire, de leur courage et de leur refus de plier. À eux de saisir ce legs et de savoir en faire autre chose qu'un banal argument de campagne, comme les prémisses d'un discours qui pourrait réenchanter le débat politique.w



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