Le FN et la prophétie des inquiets
Publié le dimanche 15 janvier 2012 à 06h00
Pas un jour sans que les experts, les élus de terrain ou les journalistes politiques ne nous alertent sur une poussée de l'extrême-droite.
Madame Le Pen serait beaucoup plus haute en réalité qu'elle n'apparaît dans les sondages. C'est un peu comme si tout le monde faisait l'impasse sur les chiffres qu'elle atteint dans les études d'opinion et qui la rapprochent dangereusement du score du potentiel candidat Sarkozy. Or, comme si ces chiffres étaient insuffisants, s'est installée une sorte de névrose d'un danger qu'il faudrait à tout prix conjurer de crainte de voir se réitérer la mésaventure de la présidentielle de 2002.
Le danger est sérieux, d'autant que la dégradation de la note de la France d'avant-hier alimente le moulin de tous ceux qui font de la mondialisation, de l'Union et de l'euro, le diable absolu, de celles et ceux qui font du repli hexagonal la panacée à tous nos maux.
2012 n'est pas 2002. Cette fois, l'éclatement du vote de la gauche n'est pas avéré comme il l'était il y a dix ans. L'extrême-gauche qui avait, tous candidats cumulés, réussi un score extravagant en 2002 est fragilisée par une relève générationnelle qu'elle n'a pas réussi. Les autres familles de l'opposition, on le voit dans les sondages, ne réussissent pas pour l'instant à modifier la configuration classique d'un affrontement gauche/droite.
Enfin, la situation économique est fondamentalement différente. En 2002, nous sortions d'une période de croissance où la question de l'emploi et celle de la paupérisation des classes populaires ne se posaient pas avec la même acuité qu'aujourd'hui. La situation actuelle par sa gravité ne pousse pas à la légèreté et à la fantaisie électorale. La logique de la période est celle du vote utile.
Et puis, il y a quelque chose qui a profondément changé dans le paysage politique. Madame Le Pen est certes la fille de son père. Elle est, à n'en pas douter, dans les pas idéologiques de ce dernier. Mais la cosmétique électorale qu'elle s'est administrée font d'elle une « candidate normale ». Et tant dans les sondages que dans les conversations de bistrot, ses partisans ne cachent plus la sympathie qu'ils ont pour elle. Pas forcément pour ses idées, mais pour la femme politique. Ce qui fait, que le risque de distorsion entre le déclaratif et la réalité du vote s'est estompé. Et les résultats des sondages sont une photographie cohérente de la réalité.
Cependant, une présidentielle se joue toujours dans la dernière ligne droite. Il manque encore une petite centaine de jours pour que les Français se retrouvent face à eux-mêmes dans l'isoloir. Et la situation tant de notre pays qu'au plan mondial est d'une grande volatilité. De nouvelles informations peuvent émerger qui pourraient modifier la dynamique du vote. Mais ce n'est pas une raison, parce qu'on s'est trompé massivement il y a dix ans, pour fabriquer de toutes pièces une sorte de prophétie qui aurait vocation à ne pas se réaliser puisqu'elle aurait été annoncée et donc conjurée.
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