Le pari sécuritaire : la faute politique
Publié le mardi 24 août 2010 à 06h00
Monsieur Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, et donc, dans notre République laïque, en charge des cultes, tempête jour et nuit pour légitimer la politique sécuritaire voulue par Nicolas Sarkozy.
Avec le président de la République, il serait de ceux qui sentent le « pays réel », alors même que la « gauche milliardaire » qui remet en cause l'expulsion des Roms serait aveugle aux souhaits profonds du peuple français. Voilà qui sent mauvais les années trente !
De fait, le Président et son ministre font fausse route. Non que les Français ne soient pas en attente de sécurité dans l'espace public.
Non qu'il soit illégitime que la République ait le droit d'expulser, si elle l'estime nécessaire. Mais plus simplement parce que notre pays a un fond chrétien qui transcende, dans certaines circonstances, le clivage classique majorité-opposition. En ayant sous-évalué cette réalité nationale, le chef de l'État et son ministre de l'ordre public sont en train de commettre une erreur politique majeure.
L'Église catholique, à son plus haut niveau - le souverain pontife - ou à celui des prêtres de terrain - tel le père Arthur à Lille - en passant par une grande partie de la communauté des fidèles, s'indigne de l'expulsion d'un groupe humain au prétexte qu'il serait à l'origine de tous nos maux. Les chrétiens dans leur ensemble sont intimement convaincus que l'accueil de l'autre est l'un des fondamentaux de leur foi et de leurs valeurs communes, et ne peuvent ni comprendre, ni admettre cette condamnation d'une communauté au nom de sa singularité.
Une grande partie de l'électorat de Monsieur Sarkozy en 2007 se déclarait catholique (pratiquant ou pas). Cet électorat classique de la droite et du centre avait choisi son champion et lui avait fait confiance. À courir après les électeurs de la droite extrême qui l'avaient rejoint - puis quitté récemment -, Nicolas Sarkozy risque fort de perdre le fond électoral traditionnel de la droite. Car avec cette affaire des Roms et plus généralement avec sa politique ultra-sécuritaire, le « candidat Sarkozy » porte atteinte à quelque chose d'essentiel : les convictions d'une partie des Français qui jusque-là lui avait manifesté sa confiance.
Ce virage politique brutal ressemble à s'y méprendre - en termes de faute politique - à celui de l'affaire de l'EPAD de l'année dernière à la même époque. Erreur d'appréciation, méconnaissance profonde du pays et obstination dans la communication fondent un « péché capital » dont la rémission est improbable.
Reste que le chef de l'État a du sens politique et sait évaluer les rapports de forces. À moins de persévérer dans l'erreur pour des raisons d'ego, il peut faire machine arrière et revenir à un fonctionnement plus classique. Pour autant les dégâts sont là. Difficile de retrouver la main quand on l'a perdue. w



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