Suicide : « Il faut libérer la parole, casser les tabous »
Publié le vendredi 05 février 2010 à 06h00
PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTELLE JEUDY > christelle.jeudy@nordeclair.fr C'est aujourd'hui que se déroule la 14e journée nationale de prévention du suicide.
Présidée par le professeur Debout, l'Union nationale de prévention du suicide (UNPS) en profite pour réclamer un observatoire. Une demande partagée par Benoît Tryoen, qui organise un colloque aujourd'hui à Ronchin.
Comment est né le collectif régional Nord - Pas-de-Calais de prévention du suicide dont vous êtes le coordinateur ?
>> Il faut remonter à 1994, avec la création à Faches-Thumesnil du Point accueil Oxygène, une structure de prévention contre les toxicomanies. Elle est née d'un coup de gueule devant la recrudescence de la consommation d'héroïne parmi les jeunes de 16/20 ans sur la métropole lilloise.
À cette époque, j'interrogeais les consommateurs d'héroïne en leur demandant : « Qu'est-ce qui fait que vous vous déglinguez comme ça ? ». Et eux me répondaient en avoir « marre et envie d'en finir. » Certains sont passés à l'acte mais en 1994, on ne parlait pas beaucoup du suicide. Je m'y suis tout de même intéressé, même si on sentait bien que cela faisait peur aux gens.
Et aujourd'hui ?
>> En 1995, je suis devenu le référent local d'une association qui recherchait des relais dans la région, et le collectif Nord - Pas-de-Calais de prévention du suicide a été créé il y a trois ans : des journées destinées au grand public ont été organisées, le but principal étant de casser les tabous, de libérer la parole sur le sujet. Si on agit en ce sens, on sait à quel endroit être accompagné et où trouver un lieu où on vous écoute. Mais il faut en parler avec la vie pour fil conducteur, car ceux qui se suicident ou qui tentent de le faire ont envie de vivre : le problème est qu'ils pensent n'avoir que cet acte comme réponse. L'autre objectif est d'obtenir des moyens, humains et matériels, pour faire de la prévention et ouvrir le débat, dans le milieu professionnel comme à l'école.
Pourquoi réclamez-vous, avec l'UNPS, la création d'un observatoire sur le suicide, comme il en existe sur la délinquance ?
>> Parce qu'en France, où on estime que près de 11 000 personnes se sont suicidées en 2007, les chiffres sont biaisés : il n'y a en effet aucun observatoire sur la question, on peut donc supposer qu'il y a peut-être des décès causés par des suicides qui n'ont pas été déclarés comme tels. Il faut un coup de gueule sur le sujet, réclamer aussi comme le fait l'UNPS que les médecins du travail puissent également s'occuper des personnes au chômage.
Et ce combat doit concerner tout le monde, sans qu'on rattache la prévention du suicide à la seule médecine car le médical ne peut pas tout.w Aujourd'hui, journée régionale à la salle des fêtes de Ronchin, de 9 h à 16 h 30, en présence de nombreux intervenants. Renseignements au 03.20.95.12.59.
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On estime qu'en France,
près de 11 000 personnes se sont suicidées en 2007 : mais
ces chiffres sont biaisés puisqu'il n'existe pas d'observatoire
du suicide.


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