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Grandes écoles : relancer l'ascenseur social

Grandes écoles : relancer l'ascenseur social Grandes écoles : relancer l'ascenseur social

L'ascenseur social est en panne, entend-on à longueur de débats télévisés ou de polémiques publiques. Une solution est proposée : que 30 % des étudiants des grandes écoles soient des boursiers.



Les « Grandes Écoles » s'insurgent de cette injonction tandis que les « conseillers » du Prince s'émeuvent de leur réaction, la jugeant même réactionnaire... La polémique est née. Elle ressemble fort à celle qui avait émergé lors du débat sur la nécessité de faire une place à la diversité - élégant euphémisme - dans la société française. Qu'il soit clair d'entrée de jeu que l'ouverture sociale de l'enseignement supérieur français est une nécessité parce qu'une société harmonieuse ne peut faire l'économie d'une représentation fidèle d'elle-même dans les sphères des pouvoirs.
La machine française à produire des élites fonctionne, dans son acception républicaine, sur un modèle qui date du Premier Empire. La mécanique est toujours la même : un concours sélectif sur le plan des savoirs, l'entrée dans le corps et une sortie triomphale dans la société. Ce système n'a pas si mal fonctionné pendant des décennies, lorsque l'emploi dans les fonctions d'encadrement tournait à plein régime : la société avait besoin d'hommes et de femmes (soyons francs, d'hommes surtout) avec un bon niveau de qualifications. Dans une société - la nôtre - où l'emploi est devenu une denrée rare, le paradigme a complètement changé. Le monde des élites a cherché à préserver son pré carré et les mécanismes de sélection sociale se sont considérablement renforcés. Dès lors, le fameux ascenseur social s'est trouvé mis en rade.
La République voulait, après les privilèges de l'Ancien Régime, mettre en place un système égalitaire d'accès aux plus hautes fonctions.


Le système a été efficace. Il ne l'est plus. Les candidats aux postes éminents ne partent plus du tout à égalité dans la compétition. Il est donc du ressort de la puissance publique de corriger cet état de fait. Il n'est donc pas anormal que l'État demande aux « manufactures » de la production des élites de prendre en compte cette réalité. L'objectif à atteindre de 30 % de boursiers dans les grandes écoles n'est pas insurmontable. L'art et la manière consistent à trouver la méthode pour que la course d'obstacles soit égalitaire dans l'esprit.
Il faudrait aussi que les écoles réputées ne volent pas la vedette - comme c'est le cas actuellement - aux universités qui pratiquent elles aussi une sélection tout au long des études. Ce qui est valable pour les unes devrait l'être pour les autres. La question de la promotion sociale ne passe pas que par les grandes écoles, elle passe aussi par les facs et surtout par l'accès à l'emploi. Tant que les « bac + 5 » issus des quartiers resteront sans emploi parce qu'ils n'ont ni la bonne adresse, ni le bon prénom, ni le bon milieu social, l'objectif qui fait polémique restera vain.
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