La violence banalisée
Publié le mardi 07 avril 2009 à 06h00
PATRICK PÉPIN La fin de la semaine dernière a été marquée par la violence des manifestations de Strasbourg et de Bastia.
Non seulement, elles ont fait des blessés mais elles ont aussi dévasté quartier et centre-ville. Depuis quelques mois, il est devenu banal de considérer que les manifestations se terminent forcément par des heurts entre forces de l'ordre et incontrôlés. Tout comme chacun finit par savoir intuitivement que l'issue d'un cortège se conclut par des dégradations.
Dans le même temps, force est de constater qu'il n'y a pas que dans le refus de l'OTAN ou dans celui du verdict du procès Colonna que la violence s'exprime aujourd'hui. Tout le mouvement social est marqué par des traces de violences, considérées hier comme exceptionnelles. C'est le cas, à n'en pas douter, des séquestrations de patrons rendues de plus en plus anodines dans le récit des grèves. Bref, on ne peut pas considérer que la violence sociale n'est qu'affaire de casseurs ou de nationalistes. Les intensités varient, mais le trait commun est bien celui de l'usage de la force.
Les autorités - qui ont par fonction et délégation le monopole de l'emploi de la force - comme toujours dans l'Histoire, minimisent cette violence, en l'attribuant à des minorités et ne parlent, tout au moins dans leur communication, que de répression ou de punition. Or, la société française et le mouvement social français, bien qu'historiquement frondeurs, ne sont pas, sauf dans des périodes bien particulières, violents. À la différence de l'Italie, de l'Allemagne, de l'Espagne, la France n'a pas produit de mouvements terroristes déstabilisateurs comme ont pu l'être, ou le sont encore, les Brigades Rouges, la Fraction Armée Rouge ou ETA. C'est pourquoi, la violence sociale qui semble banale aujourd'hui est loin d'être évidente et nous dit quelque chose de la dégradation du climat social français.
Sans prétendre à la sociologie, on peut considérer que le niveau d'exaspération et de désespérance en France est élevé, peut-être plus que dans le reste de l'Europe. Bien sûr, on peut nous rétorquer que ni l'OTAN, ni l'affaire corse n'ont à voir avec la crise, comme on nous a dit, il y a un mois, que la Guadeloupe n'avait rien à voir avec la Métropole. Bien sûr ! Mais on peut, cependant, craindre des effets de contamination. Notamment parce que le travail de répression pénalise avec une égale ardeur le manifestant lambda et le casseur professionnel. La violence qui se banalise est un symptôme. La répression qui lui répond en est un autre. Ceux d'une société qui ressent avec acuité les inégalités de traitement tant pour ce qui concerne les effets de la crise que pour ce qui s'attache aux libertés publiques.
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