Psycho

Lui donner le droit de comprendre

Publié le 10/06/2012 à 00h00

Les enfants posent des questions tout le temps. Parfois embarrassantes. Comment leur répondre ? Suite de la rencontre entre la journaliste Laure Lemoine et Claude Halmos qui sort un recueil de sa correspondance avec des enfants dans « Psychologies magazine ».

Lui donner le droit de comprendre
Les enfants posent des questions tout le temps. Parfois embarrassantes. Comment leur répondre ? Suite de la rencontre entre la journaliste Laure Lemoine et Claude Halmos qui sort un recueil de sa correspondance avec des enfants dans « Psychologies magazine ».


À propos d'en dire trop ou pas assez, j'étais l'autre jour dans la rue avec mon fils de 6 ans. Nous passons devant une pharmacie et il me demande : « Maman, qu'est-ce que c'est que ce distributeur ? » C'était un distributeur de préservatifs. J'ai été prise de court. Je lui avais expliqué la conception sans en être embarrassée, mais ça faisait longtemps que nous n'en avions pas reparlé. Alors, la contraception, de but en blanc, ça m'a paru trop compliqué. Donc je lui ai dit : « Euh, je ne sais pas, c'est probablement un distributeur de mouchoirs. » La honte... Je n'étais pas fière de moi. « Mais qu'est-ce qui vous obligeait à lui donner une réponse tout de suite ?, m'interpelle Claude Halmos. Vous pouviez lui dire que c'était un distributeur de préservatifs et attendre de voir ce qu'il vous répondait. Peut-être qu'il le savait déjà et qu'il voulait simplement vérifier son hypothèse.
Peut-être qu'il aurait demandé ce qu'est un préservatif et vous auriez pu lui dire que vous aviez besoin de réfléchir à la manière de répondre à sa question.
Que redoutiez-vous ? » « De me planter... Je crois surtout que je n'étais pas préparée à lui répondre. », dois-je bien avouer.


« On n'est jamais préparé à leur répondre, me rassure Claude Halmos. Vous vous plantez, et alors ? Votre gamin ne risque pas la septicémie ! Ce qui compte, c'est qu'en acceptant de répondre à sa question comme vous pouvez, comme ça vient, vous lui donnez le droit de savoir et de comprendre. Vous l'assurez qu'il est un interlocuteur valable. Au contraire, leur mentir, leur servir des réponses de bébé, c'est humiliant pour eux. De manière générale, quand un enfant pose une question, on peut commencer par l'interroger : "Tu en penses quoi, toi ?
Qui t'en a parlé et comment ? Qu'est-ce que tu as compris ? » Pourquoi ? Parce que cela permet de le faire progresser à partir de ce qu'il sait déjà. S'il pose une question sur le viol, par exemple, on peut s'apercevoir qu'il a juste entendu parler d'un fait divers à la télé. Alors, on remet le sujet à sa portée, en lui parlant de l'amour, en lui disant que l'autre n'est pas une proie et que le viol, c'est quand l'autre n'est pas d'accord...
« Les réponses naissent
dans un dialogue »

« Bon, montrez-moi quand même les questions de l'équipe. Tiens, celle-ci : "Comment lui parler de nos disputes ?" Voilà, ça, c'est v raiment une question à tiroirs. Si on ne demande pas à l'enfant ce qu'il veut savoir, on ne saura pas sur quoi il s'interroge : "Est-ce que vous allez vous séparer ? Est-ce que vous vous disputez par ma faute ? " Encore une fois, les réponses naissent dans un dialogue. Une fois que l'on a bien compris sa question, il y a des choses que l'enfant a le droit de savoir, d'autres non. Dolto invitait à prendre les questions des enfants au sérieux. Mais elle recommandait aussi de les "remettre à leur place" (d'enfants) si le sujet ne les concernait pas. Par exemple, lorsqu'ils interrogent la relation parentale, ils ont le droit de connaître tout ce qui touche à leur conception, à leur filiation, à l'histoire des deux lignées dont ils sont issus. Ils ont aussi le droit de savoir si leurs parents vont se séparer et ce qu'il adviendra d'eux dans la nouvelle configuration. Mais ils n'ont pas à connaître la sexualité des parents ni la nature de leurs dissensions. Parfois, les parents ont du mal à parler de leurs désaccords parce qu'ils craignent de montrer leurs émotions aux enfants. Les cacher ne sert à rien, car ils les sentent. Aborder des sujets difficiles dans le plus parfait détachement revient même à les plonger dans un monde absurde. Leur montrer nos émotions sans en avoir honte, c'est leur permettre de reconnaître les leurs.
D'apprendre que l'on peut faire avec et les traverser. » Au moment de nous quitter, je remets à Claude les lettres des enfants de nos lecteurs. Elle dit : « J'en reçois très peu, et pourtant, les enfants posent des questions tout le temps, toute la journée. Mais beaucoup ne sont pas entendues. Je remercie les parents qui font en sorte que celles-ci me parviennent. Mais vous savez, ce n'est pas parce qu'elles émanent de petits êtres que les questions des enfants sont de moindre importance ». »w

Nord Éclair