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PSYCHOLOGIE

Je n'aime pas me maquiller...

Le maquillage est un plaisir, un moyen ludique d'investir son corps. Se maquiller, c'est s'émanciper. Photo Hubert Van Maele Le maquillage est un plaisir, un moyen ludique d'investir son corps. Se maquiller, c'est s'émanciper. Photo Hubert Van Maele

Utiliser mascara, blush et rouge à lèvres n'est pas du goût de certaines femmes... Pourtant, mettre son visage en valeur s'apprend et ne signifie pas forcément se trahir.



AURORE AIMELET
« Passer vingt minutes devant ma glace, ce n'est pas un plaisir pour moi, affirme Tatiana, 41 ans, éditrice. Je ne me maquille que si j'y suis vraiment obligée. » Comme elle, « certaines femmes au narcissisme solide habitent leur visage, ce lieu privilégié de l'identité, sans avoir besoin d'adjuvants pour le sublimer », analyse David Le Breton, sociologue spécialiste du corps. En revanche, pour d'autres, refuser le maquillage ne relève pas d'un choix conscient et assumé, plutôt d'une fragilité intérieure.
J'ai renoncé à (me) plaire. « Se maquiller est le signe d'un investissement de soi », poursuit le sociologue. Et refuser de le faire peut marquer une démission. « Parfois, les femmes estiment ne plus avoir à plaire ou ne plus pouvoir plaire, parce qu'elles sont devenues mères, parce qu'elles vieillissent ou parce que l'apparence n'a pas de valeur dans leur milieu socio-culturel. » Si le corps est désinvesti au profit d'autres domaines, pourquoi pas ? Mais attention à ce que ce refus ne cache pas un début de dépression : « Ne plus se maquiller, c'est peut-être ne plus se croire digne d'être aimée et vouloir, inconsciemment, se couper des autres, ne rien faire qui pourrait favoriser le lien... » Je suis complexée. Pour la psychologue comportementaliste Emmanuelle Hayward, celles qui abandonnent tout maquillage souffrent « d'insatisfaction corporelle » et adoptent « un comportement d'évitement. » « Elles s'abstiennent de regarder leur visage pour échapper aux émotions négatives - tristesse, culpabilité, dégoût. Pour échapper aussi à de douloureuses pensées : " Je suis trop ceci, pas assez cela... ". » À l'origine de ce malaise, des éléments, parfois physiques, souvent psychiques (perfectionnisme, manque de confiance en soi) sont toujours accentués par des facteurs sociaux. Car l'exemple des messages véhiculés par les médias et la famille sur les normes culturelles de beauté renforcent les complexes.


« En premier lieu, les messages de nos mères », précise la psychologue. Maman, éternel modèle ou contre-modèle sur lequel chacune calque son comportement, restant toujours, ce faisant, dans une forme de dépendance.
Je refuse d'être vulnérable. Les femmes prônant le naturel seraient donc moins libres qu'il n'y paraît. « Elles sous-estiment le féminin et désirent s'identifier au masculin, explique la psychanalyste Virginie Megglé. En restant nues, elles prouvent qu'elles n'ont besoin de rien ! Il s'agit là d'un mécanisme de défense. » D'où vient cette crainte d'être vue fragile ? Elle peut être liée à des croyances : la femme demeure, dans l'inconscient collectif, le sexe faible. Elle peut être induite par des messages éducatifs contre lesquels on se rebelle : « Sois belle et tais-toi. » Ou, à l'inverse, auxquels on se soumet : « Mieux vaut être intelligent que beau. » Le féminin peut aussi avoir été objet de douleur dans le passé. Ici, c'est une mère qui aurait préféré avoir un garçon. Là, une tante coquette traitée de mauvaise femme. Un frère jalousé qui avait tous les droits...
Que faire ?
Prendre soi de soi. Si elles obtiennent reconnaissance et valorisation sans avoir à porter d'attentions à leur apparence, les femmes n'ont pas à se sentir obligées de correspondre aux canons de beauté actuels, conseille le sociologue David Le Breton. En revanche, se mettre en valeur est un besoin presque existentiel, qui favorise une bonne image de soi. D'où l'importance des soins esthétiques en prison ou à l'hôpital. Le maquillage est un plaisir, un moyen ludique d'investir son corps.
Apprendre des techniques. « Je propose cette expérience : regarder son visage dans le miroir », suggère la psychologue Emmanuelle Hayward. « Que se passe-t-il ? Que ressent-on ? Puis accueillir émotions et pensées, apprendre à les reconnaître jusqu'à être consciente de son insatisfaction corporelle. Et, un jour, oser un voile de poudre. On peut alors demander des conseils, apprendre les techniques de maquillage. » Interroger son histoire. Il faudrait s'émanciper des injonctions tacites, estime la psychanalyste Virginie Megglé. La femme peut s'interroger : quels étaient les messages sur la féminité dans sa famille ? À qui veut-elle ressembler ? Se maquiller, c'est s'émanciper. Et d'abord de sa mère : on s'autorise ainsi à ne plus être tout à fait la petite fille qu'elle a mise au monde. Et puis, ce n'est pas parce que l'on demande à une femme d'être jolie qu'elle ne doit être que jolie ! w


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