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MUSIQUE

Eddy Mitchell tire sa révérence

Eddy Mitchell veut aussi davantage s'impliquer avec Gérard Jourd'hui dans sa société de production de films. Eddy Mitchell veut aussi davantage s'impliquer avec Gérard Jourd'hui dans sa société de production de films.

Alors qu'il vient de sortir « Grand écran », un disque de reprises extraites de bandes originales de films, Monsieur Schmoll annonce que sa prochaine tournée sera bel et bien la dernière. Il nous a reçus dans son bureau parisien.



PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr

Quand avez-vous pris votre décision ?


>> Cela mûrit depuis trois ans. À la fin du Jambalaya Tour , j'étais fatigué, l'envie était moindre. Je me suis dit que je passais à côté de plein choses, notamment concernant le cinéma. Quand la prochaine tournée sera terminée, j'aurai 70 ans et je ne veux pas devenir un vieux rocker ou un vieux crooner.

N'avez-vous pas peur que cela vous manque ?
>> C'est même certain que ça va me manquer. Mais je préfère ça plutôt que de me louper.

Est-ce aussi pour éviter de finir par donner des concerts pathétiques comme Franck Sinatra ?
>> Il y a eu des concerts de trop. J'étais fan de lui, j'ai été déçu par ses derniers concerts. J'ai préféré garder le souvenir du Sinatra que j'aimais. Il a fait comme il a voulu, mais je pense qu'il aurait dû s'arrêter avant.

Faites-vous attention à votre image ?
>> C'est surtout une question envers soi-même. Si je me regarde dans la glace, il est possible que je me dise : « Le genou par terre, c'est peut-être un peu tard ». J'ai juste peur de ne pas être à la hauteur de ce que j'attends de moi-même.

Avez-vous toujours eu ce degré d'exigence ?
>> C'est important et essentiel de l'avoir. Les gens sont assis, ils sont normalement contents d'être là. L'artiste doit être dans le même esprit pour pouvoir donner. Je ne sais pas faire autre chose que donner. Et si je ne peux plus, mieux vaut arrêter.

Vous êtes-vous donné le mot avec votre pote Johnny ?
>> Je ne suis pas imitateur. Laurent Gerra fait ça beaucoup mieux que moi. Avec Johnny, on s'appelle régulièrement, mais on n'a pas voulu être spécialement synchro.

La santé est-elle meilleure ?
>> J'ai connu des soucis il y a quelques années. Lui en a et ça tombe mal parce qu'il est en tournée. Croyez-moi : chanter avec une hernie discale n'est pas évident.

Vos adieux scéniques sont donc irrévocables ?
>> Je ne change pas d'humeur comme de chemise. Mais je continuerai à faire des disques.

Pourquoi n'aimez-vous pas votre physique ?
>> Je l'ai toujours détesté, et ça ne date pas d'aujourd'hui. Je n'aime pas me voir. Plus jeune, je rêvais de ressembler à Stewart Granger (il montre sa photo). Comme vous pouvez vous en rendre compte, je suis passé à côté.

N'est-ce pas curieux de se lancer dans une ultime tournée avec un album de reprises ?
>> C'est un hasard, une parenthèse. Ce disque de reprises a pris tellement de temps qu'entre-deux j'ai eu l'occasion d'écrire des chansons. Un album de morceaux originaux est en préparation en vue de la tournée.

Ce disque est-il votre bande originale personnelle ?
>> L'envie de faire un album de standards me titille depuis des années. Mon PDG, qui se trouve d'ailleurs être mon gendre, m'a dit : « Pourquoi tu ne fais pas un disque de musiques de films ? »
Le lien entre vos passions suprêmes finalement : la chanson et le cinéma.
>> Il y a des choses évidentes qui crèvent les yeux et qu'on ne voit pas. Honnêtement, je n'y ai jamais pensé, comme quoi il faut écouter l'avis des autres.

Comment vous est venue l'idée du duo « Over the Rainbow » avec Melody Gardot ?
>> C'est une demande de ses producteurs et d'elle-même. Je l'aime beaucoup mais c'est à cent mille lieues de ce que je fais.

Rien ne semble vous atteindre. Une impression ?

>> Je ne suis pas détaché, je suis quelqu'un qui accepte les choses quand elles arrivent, bonnes ou mauvaises. Je les provoque rarement.

Qui vous a transmis le virus du cinéma ?
>> Mon père. Comme il travaillait la nuit, il venait me chercher à l'école et on allait directement au cinéma. Je voyais deux films par jour parce que le soir, mon frère rentrait du travail et m'emmenait aussi au cinéma. À la manière d'Obélix, je suis tombé dedans tout petit (rires).

Vous vous faites rare ces derniers temps sur grand écran...
>> C'est aussi pour ça que j'arrête les tournées. J'étais au théâtre dans Le temps des cerises et cela m'a empêché de jouer un méchant dans Lucky Luke.
Là, avec le dernier tour de chant, tout est reporté jusqu'à août 2011.

Avez-vous conscience que l'émission « La dernière séance » est inscrite dans la mémoire collective ?
>> C'est vrai qu'on m'en parle beaucoup. Quand on la faisait, on s'amusait bien. C'était une autre époque. Je ne sais pas si, aujourd'hui, ce serait une émission qui marcherait. Gérard Jourd'hui et moi étions co-producteurs. La chaîne nous foutait une paix royale. Je ne suis pas sûr que ça fonctionnerait désormais de la sorte.

Avez-vous mené la vie que vous désiriez ?
>> Je me suis bien éclaté et j'ai la prétention de pouvoir continuer. J'espère qu'elle n'est pas derrière moi parce que j'ai l'intention de continuer à rire.

Des excès ?
>> Pas plus que les autres. Il y a eu des hauts et des bas, mais comme dans n'importe quelle vie. Je suis à un paquet par jour, mais je laisse des mégots de riches. C'est pour le geste, je ne tire que quelques lattes.

Vous avez un petit-fils de 17 ans. Quel genre de grand-père êtes-vous ?
>> Complètement gâteux et gâteau. Il commence seulement à s'intéresser aux études. C'est un peu de ma faute parce que quand il m'a dit qu'il voulait gratter la guitare, je lui ai acheté immédiatement celle qui tue, une Gibson.w


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