Voyage au centre de l'imaginaire
Publié le samedi 23 mai 2009 à 06h00
On pensait intellect, mise en scène, jeu d'acteur. Et voilà Terry Gilliam qui, du haut de son Imaginarium du Dr Parnassus, nous dit haut et fort qu'il n'y a que la magie et les histoires qui « content ».
FADETTE DROUARD > fadette.drouard@nordeclair.fr
C'est une histoire triste, d'abord. L'imaginarium du Dr Parnassus, c'est le dernier film d'Heath Ledger, le comédien a eu son « accident » en milieu de tournage. Laissant une équipe dans le désarroi total. Mais Terry Gilliam a décidé de continuer, il a réécrit, et trois autres acteurs sont venus jouer des doubles du Tony-Heath : Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrel.
C'est donc un film, comme s'affiche sur l'écran « des amis de Heath Ledger », une touche d'humanité en plus, comme l'a souligné Terry Gilliam en interview : « J'étais vraiment ému de voir Johnny Depp, Colin Farrell et Jude Law s'impliquer dans cette aventure simplement parce qu'ils aimaient Heath. Leur empressement à sauver le film et sa dernière prestation a été un incroyable geste d'amour et de générosité. Un moment de cinéma et d'humanité superbe et rare. » Mais la force de Gilliam, c'est que, finalement, on oublie vite tout cela, entièrement absorbé par le film d'un cinéaste unique. Le Dr Parnassus, c'est le père fondateur d'une troupe de théâtre errante. Une équipe composée de sa fille et d'un nain, qui va récupérer Tony sous un pont. Le principe de leur spectacle ? Une transe, une traversée du miroir, et on plonge dans un monde imaginaire, merveilleux ou non, selon ce que l'on a dans la tête.
Un drame ? Une comédie ?
Mais le miroir cache un choix, qui peut vous sauver ou vous damner. C'est que le Dr Parnassus n'est pas un homme ordinaire. D'abord, il a mille ans ; et puis, il est joueur. Mais comme son compagnon de jeu n'est autre que le Malin lui-même, ça devient compliqué. D'ailleurs, le dernier enjeu d'un pari, sa fille, lui cause bien du souci.
Mais qu'est-ce donc ? Une fable ? Un drame ? Une comédie ? Une histoire rocambolesque et baroque dans un univers sans limite ? Un peu de tout cela. Et c'est bien là la magie de Terry Gilliam, qui parvient à nous faire croire à ces personnages, du théâtreux (forcément sans le sou), à sa fille rebelle, en passant par le diable, parfait Tom Waits.
Gaspard Noé
copieusement sifflé
Il s'appuie donc sur un univers visuel impeccable, sans faute : où qu'on pose le regard, tout est beau, pensé, il faudra résister, quand le DVD sera sorti, à la tentation de le mettre sur pause pour mieux voir... Il s'appuie aussi sur un montage sans défaut, rythmé, enlevé. Il règne dans cette histoire une fantaisie salutaire, surtout dans un festival où le cinéma a parfois tendance à se prendre au sérieux.
Et la seule question qui reste, finalement, c'est « Pourquoi n'est-il pas en compétition ? ». Surtout que face à lui, on trouve deux films nettement moins intéréssants. Le premier, c'est Le temps qui reste, d'Elia Suleiman. Une chronique en quatre époques de la vie d'une famille palestinienne, sa famille. Un film étrange, entre le burlesque et le drame, qui a dérouté les festivaliers.
Le second, c'est Soudain le Vide, de Gaspard Noé. En 2002, il avait créé le scandale avec Irreversible. Le revoilà avec un long film, à peine terminé à temps, qui est en fait une histoire de mort, de drogue, et d'amour. Une histoire bien vide de 2 h 40, certes belle visuellement, malgré un certain systématisme des images mais qui reste indéniablement creuse. Et, tout de même, copieusement sifflée à la suite de la projection, malgré la présence de l'équipe...





