Juliette Gréco, l'impériale
Publié le dimanche 26 avril 2009 à 06h00
À 82 ans, la prodigieuse Juliette Gréco n'a pas dit son dernier mot. Là revoilà avec « Je me souviens de tout », un album où la puissance des textes embrasse la fulgurance des mélodies.
Et toujours cette interprétation fascinante.
PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Olivia Ruiz, Abd Al Malik, Adrienne Pauly, Orly Chap... Encore de nouveaux auteurs sur cet album...
>> Ils sont tous adorables. Ce sont des êtres humains plaisants, y compris Brigitte Fontaine dans son étrangeté.
Comment choisissez-vous les textes ? Au coup de coeur ?
>> Absolument. Je sais immédiatement si je peux le chanter ou non. C'est comme ça dans tout depuis le premier jour, depuis la première minute. Il y a un réalisateur qui veut que je fasse quelques scènes dans un film avec Lambert Wilson. J'ai dit oui. Pourtant, j'ai toujours refusé de tourner pour le cinéma depuis des années.
Qu'est-ce qui vous a poussée à accepter ?
>> Le personnage me plaît. C'est une vieille dame fantasque qui meurt. Maintenant on doit passer aux choses qui fâchent comme le planning, les contraintes temps.
Peut-on dire que vous avez souvent interprété de jeunes auteurs ?
>> Gainsbourg était pratiquement inconnu quand il m'a écrit La Javanaise. Lorsque j'ai connu Brel, il chantait devant le rideau d'un grand cinéma place Clichy. Brassens, Ferré débutaient aussi. On voit toujours dans l'imaginaire des vieux messieurs, mais ce n'est pas vrai du tout. Quand je les ai connus, nous étions tous très jeunes (Rires).
Vous l'aimez, la jeunesse ?
>> J'aime la vie, la folie, le courage, l'inconscience. Tout ce qui fait que les gens sont jeunes. Ce qui n'exclut pas qu'il y a des jeunes qui sont des vieux cons.
On retrouve sur ce disque la formule du concert du Châtelet, c'est-à-dire votre mari Gérard Jouannest au piano et Jean-Louis Matinier à l'accordéon. Une équipe de rêve ?
>> Musicalement, Gérard et Jean-Louis ont fait des prouesses. Ils s'adorent ces deux-là, ils s'amusent comme des fous. Gérard est un travailleur acharné. C'est un soliste, donc il recherche la perfection.
Avez-vous toujours cette même gourmandise pour les mots ?
>> C'est ma nourriture favorite. Sur ce disque, les jeunes femmes ont fait des efforts d'écriture remarquables. Pour Abd Al Malik, ce n'est pas pareil, c'est son sang. Il a une écriture particulière, très belle et très efficace.
Auriez-vous pu être la « Madame Rosa » qu'il vous a écrite ?
>> Si la vie ne m'avait pas fait naître dans une famille de grands bourgeois, certainement. Je me sens comme cette Madame Rosa de banlieue, je suis aussi cette femme noire (Rosa Parks, ndlr) qui a refusé dans un bus de céder sa place réservée aux Blancs. À l'intérieur d'une femme, il y a toutes les femmes.
Juliette Gréco est-elle au service des poètes ?
>> J'essaie, encore aujourd'hui. Et quand ça ne me plaît pas, j'ai la possibilité de dire non. Je suis libre.
Vous l'avez toujours été...
>> Petite, je me promenais pieds nus dans la maison de ma grand-mère. Elle me disait : « Tu es une romanichelle, va mettre tes pantoufles ».
Vous vous dites orgueilleuse. Ce trait de caractère vous a-t-il joué des tours ?
>> Je ne correspondais à rien de ce qu'on attendait de moi. Dans ma famille, j'étais quand même un peu trop différente. Tant mieux (Rires). Cela donne une force, l'envie, du désir, des ailes. J'ai pris le parti de dire ce que j'avais envie de dire ou de me taire. J'ai aussi toujours fait très peur.
Comment l'expliquez-vous ?
>> La vérité fait peur. Je suis secrète, mais je ne suis pas dissimulatrice.
Avez-vous conscience de votre pouvoir de fascination ?
>> Pas du tout. Je suis seulement consciente de l'invraisemblance de la chose, du miracle que je représente. On entre tout seul devant 500, 2 000, 5 000, 40 000 personnes comme dans dix jours à Vienne, et on se dit « pourquoi ils se taisent ? ». Il y a énormément de gens qui ont beaucoup de talent et qui n'ont pas fait de carrière parce qu'il n'y pas ce « truc » bizarre.
Miossec vous qualifie de « chanteuse punk », Abd Al Malik de « rappeuse ». Eux aussi sont en admiration devant vous
. >> Miossec m'a dit un jour : « J'ai l'air malin avec ma photo de Gréco sur ma cheminée ». Je ne savais pas ça, comme je ne savais pas qu'il avait écrit Madame en pensant à moi. Avoir un fils comme lui et un fils comme Abd Al Malik m'aurait rendue extrêmement heureuse.
Juliette Gréco, c'est aussi la révolte. Que pensez-vous de Benoît XVI ?
>> Il est ridicule. On est retourné des siècles en arrière. Il est habillé comme les Folies Bergères, c'est une grande coquette. Et mentalement, c'est dramatique et excessivement dangereux. Quelle drôle d'idée de s'occuper du sexe des autres. Cela ne regarde que soi.
« Je suis pour que tout change/Et pour tout renverser ». Du sur-mesure, cette chanson (« Je n'ai jamais été ») de Marie Nimier ?
>> Marie, c'est de la haute couture. Je vis pour la minute suivante, demain c'est déjà trop loin. Comment suis-je arrivée à cet âge invraisemblable ? Je ne sais pas. Je suis pourtant très fragile, je suis d'une santé précaire. Là-haut, ils ne veulent pas de moi, ils ont certainement peur que je mette du désordre.
Cet été, votre état de santé était très critique...
>> Effectivement. Je devais aller à Vérone, l'organisatrice de mes concerts en Italie m'appelle parce qu'elle s'inquiétait de ma santé et je lui réponds « je suis très contente de ne pas être morte ».
Dans ma tête, ça allait très bien. Les malheurs de la vie ne sont pas toujours négatifs. Du moins en ce qui me concerne. J'en tire toujours une bonne raison d'être de bonne humeur.
Avez-vous néanmoins été effrayée par l'idée de quitter ce monde ?
>> Je suis née en sachant que j'allais mourir. J'en ai fait mon affaire toute ma vie.
Leur parlez-vous souvent à vos disparus ?
>> Quand je suis heureuse, oui. Dans ces moments-là, j'aimerais qu'ils soient là pour partager, pour vivre ça avec eux.
Êtes-vous du genre à regarder dans le rétroviseur ?
>> Jamais. Tout ce que j'ai vécu de bien est en moi. Comme mes rencontres. Il y a un monde fou là-dedans (Elle tape sur son coeur, ndlr). J'évite d'aller aux enterrements, comme ça je n'ai pas de certitudes. Et quand j'y vais par hasard et que je vois cette boîte, je ne comprends pas, je n'y crois pas une seule seconde. C'est enfantin, je le sais.
Comment avez-vous fait pour ne jamais vous fâcher en amour ?
>> Je suis toujours partie avant la catastrophe. Dès que je m'ennuie, je m'en vais. Les mecs n'ont jamais compris. Je suis pourtant extrêmement patiente. J'ai vu des gens qui se détruisent, je n'aime pas ça.
L'inactivité, c'est un mot que vous ne connaissez pas ?
>> Barbara est morte parce qu'elle ne pouvait plus chanter. Je pense que ce sera pareil pour moi. Sur scène, je marche sur l'eau, je fais l'amour d'une manière profonde. J'ai une vraie passion pour mon métier. Et celui-là, je ne l'ai jamais trompé (Rires).
Finalement,vous n'avez jamais été sage...
>> Ça veut dire quoi ce mot ? (Rires).


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sirius59 : C'est sûr que ce n'est pas très futé de la part...
sirius59 : Voilà en tous cas une démarche qui ne manque pas d'originalité...
QUID : Faudrait peut être remplacer G. PARGNEAUX ?? ses déclarations...
Max : Ce qui se passe est hallucinant! le 1er responsable...