Télévision

Sur Arte, Charles de Gaulle ou la tentation du départ

Publié le 10/06/2012 à 00h00

Et si le Général n'avait pas été que cet homme fort que rien ne semble pouvoir atteindre et qui, quoi qu'il arrive, va vers son destin ? Patrick Jeudy s'éloigne de la légende pour livrer un documentaire intimiste.

Sur Arte, Charles de Gaulle  ou la tentation du départ
Et si le Général n'avait pas été que cet homme fort que rien ne semble pouvoir atteindre et qui, quoi qu'il arrive, va vers son destin ? Patrick Jeudy s'éloigne de la légende pour livrer un documentaire intimiste.



ISABELLE RAEPSAET > isabelle.raepsaet@nordeclair.fr
Juin 68. La France vient juste de sortir d'un mois de mai dont elle faillit ne pas se remettre. Charles de Gaulle est interviewé à la télé par Michel Droit. Il revient sur cette journée du 29 mai où il a disparu, à Baden-Baden, pour réapparaître le lendemain. Et, confie-t-il, « Oui, le 29 mai, j'ai eu la tentation de me retirer. » Le 29 mai, mais pas seulement... Au cours de sa vie militaire et de sa vie politique, plus d'une fois il a failli préférer la fuite. Cinq fois, en fait. À Dakar en 1940, à Londres en 1942, à Paris en 1946, et en 1965, lorsqu'il a été mis en ballottage. Voilà le point de départ du documentaire De Gaulle, le géant aux pieds d'argile : retrouver ces cinq dates qui faillirent être clés, ces cinq fois où il eut « la tentation de quitter l'Histoire. » On retiendra peut-être la première fois : Dakar, et la tentative ratée de rallier les colonies d'Afrique de l'Ouest - occupées par l'administration de Vichy - à la France libre, en septembre 1940. Un choc pour le Général : « Pour la première fois, des Français ont tiré sur des Français. » Il maintient le cap néanmoins, et va chercher d'autres victoires. Mais certains disent qu'il aurait, à ce moment-là, pensé à en finir. Un fidèle estime même, lui, « qu'à partir de là, il n'a plus jamais été heureux. » Et puis Londres en mars 42. Il y a des dissidences au sein de la France Libre, et si l'Amérique est entrée en guerre, Roosevelt, comme Churchill, n'aiment pas ce Français qu'ils comparent à Napoléon ou Jeanne d'Arc. Ce qu'ils préféreraient, eux, c'est traiter avec Vichy. Le Général se retire du jeu dans la campagne anglaise, sans contact avec Londres. Qui finit par céder. Force est alors pour eux de constater qu'ils n'ont personne pour le remplacer...



Un personnage
finalement très secret

En 1946, il quitte le gouvernement. Il faut dire qu'on - les socialistes en tête qui veulent lui « faire bouffer son képi » - ne lui a pas facilité la tâche. Autres tentations : en 1954, à la mort de son Rassemblement pour la France. En 65 aussi, quand il est mis en ballottage par François Mitterrand.
Alors oui, on apprend énormément de ce documentaire qui met en lumière, ou plutôt en clair obscur, un personnage finalement secret. Aucun doute, les archives audiovisuelles en sont le grand atout. Mais comment ne pas en regretter le commentaire, un peu trop monocorde pour vraiment parvenir à captiver le téléspectateur ?w

Nord Éclair