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Voile sur la République, vu depuis ici

Le documentaire diffusé par France 2 a été entièrement tourné  dans la métropole lilloise et à Roubaix. Photo France 2 Le documentaire diffusé par France 2 a été entièrement tourné dans la métropole lilloise et à Roubaix. Photo France 2

France 2 diffuse ce soir un documentaire sur la place de l'islam dans l'espace public. Soulevant de vraies questions, tombant dans quelques caricatures, mais pouvant ouvrir la place à un débat qui reste hautement sensible...



FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
C'est vrai que l'affaire avait de quoi laisser pantois et c'est sur elle que s'ouvre le documentaire Voile sur la République diffusé ce soir sur France 2. En 2006 éclate à Lille l'affaire Bergham, du nom de ce Lillois, né dans une famille musulmane mais qui avait choisi de ne plus croire. Il avait confié à ses enfants vouloir être incinéré, pratique que rejette l'islam. D'où le conflit avec son ancienne épouse dont il était séparé et qui a demandé à la justice d'interdire l'incinération. Dans son documentaire, le journaliste Bernard Debord revient sur cette incroyable "fatwa" de la Ligue islamique du Nord, produite en justice, et dans laquelle il est dit que « seule une autorité musulmane dans un pays musulman peut reconnaître l'apostasie (ndlr : l'abandon de la foi) d'un musulman ». Comme le résume Me Frank Berton, l'avocat des enfants Bergham qui ont perdu en justice « vous êtes né musulman, vous mourez musulman, quel que soit ce que vous en pensez ! ». Manière aussi de nier le choix de chacun à ses propres convictions, et surtout une décision judiciaire dont on dit qu'elle fait jurisprudence. La France, Etat laïc où les libertés sont préservées ?
Au fond, le documentaire de Bernard Debord, c'est le choc sur notre territoire -et plus particulièrement vu de la métropole lilloise et à Roubaix- entre plusieurs libertés revendiquées. Et qui, fatalement, s'opposent. Celle de cette jeune femme voilée qui travaille à l'accueil de la maison des associations de Roubaix, structure financée par la municipalité et qui martèle : « la femme musulmane est soumise à Dieu, c'est mon droit et c'est mon choix » et celles de ces femmes, nées dans des familles musulmanes qui répliquent, comme Leila Babès, sociologue des religions, « le voile est le symbole de la ségrégation. Il place la femme en position subalterne. Ce n'est pas un instrument d'émancipation mais d'oppression ».


C'est aussi la voix d'Amaria Sedrini, styliste, pour qui « la montée des tchadors, c'est de la provocation ! », elle qui dénonce une société dans laquelle il est devenu difficile, pour une femme musulmane de dire « je suis différente. Je fais ce que je veux ».
Elle ajoute avoir déjà « lu le Coran. Je n'y ai jamais lu l'obligation de porter le tchador ! Aujourd'hui, c'est ça et, après, ça va être quoi ? » .
Le documentaire s'intéresse aussi à la manière dont les politiques « se prennent les pieds dans le tapis prière », comme le présente, sens de la formule oblige, le dossier de presse de France 2. Cap sur Roubaix où les subventions municipales à certaines associations en crispent plus d'un. Où les accusations de « comportements clientélistes » volent. Où qui porte un discours laïc sur la question se fait taxer d'islamophobie. Mais où, aussi, à la mosquée des Trois Ponts, quartier pas franchement des plus florissants, la mosquée aménagée dans une usine désaffectée revendique de « n'être affiliée à aucune obédience du CFCM (ndlr : le conseil français du culte musulman) ».
Le responsable de l'association qui la gère parle d'un islam « tolérant », du « respect de l'autre ». Il ajoute que « l'islam, ce n'est pas la barbe, ce n'est pas le vêtement ». Rappelant qu'il y a aussi des « intégristes laïcs », il précise que « dans notre mosquée, on est tolérants mais on ne tolère pas l'intolérable ».
On aurait aimé un décryptage plus fin des prises de position d'Amar Lasfar, le leader de la Ligue islamique du Nord, de la manière dont certains politiques, à l'occasion des dernières municipales évoquées dans le documentaire, ont tenté de séduire un « électorat musulman » comme si la croyance pouvait conditionner un vote dans l'espace public.
Et quand le documentaire se termine, on repense à cette phrase entendue au début et qui, si justement, dit que « la religion est un vêtement d'intérieur »...


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