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ROUBAIX

Michel Delpech, retour dans la lumière

Michel Delpech, 63 ans, c'est aussi une ribambelle de tubes qui n'ont pas pris une ride. Photo Hubert Van Maele Michel Delpech, 63 ans, c'est aussi une ribambelle de tubes qui n'ont pas pris une ride. Photo Hubert Van Maele

Il s'était laissé embarquer dans des escales imprévues à cause d'un tenace mal de vivre. Depuis le milieu des années 2000, Michel Delpech est sorti de son trou noir. Résurrection confirmée par « Sexa », son excellent dernier opus.




PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr


Vous aviez dû l'an dernier annuler votre concert à la salle Vauban pour des raisons de santé. Une grosse frayeur ?
>> J'ai eu une péritonite aiguë. C'était à la fois très grave et rien du tout puisque soit on meurt, soit on se remet très vite. J'avais fait traîner les choses sans m'en apercevoir. Comme je suis assez résistant à la douleur, je pensais que c'était seulement un problème passager.

Sur « J'ai revu la cigarette », vous ironisez sur les interdictions à la pelle liées à la nicotine. Êtes-vous fumeur ?
>> Malheureusement, oui. Je n'ai jamais pu me guérir de ce vice-là comme de tant d'autres. Je suis un fumeur qui est assez content de la loi qui est passée. Dans certaines circonstances, il faut savoir se tenir. Quand les tables d'un restaurant sont relativement peu espacées, il vaut mieux éviter d'envoyer la fumée dans le joli visage de la voisine. Je ne suis donc pas mécontent qu'il y ait des restrictions, mais je trouve que ça enlève un charme à plein de choses. Et puis, on est tombé dans l'intégrisme avec, par exemple, la suppression de la pipe de Tati. C'est ridicule, on n'est pas des enfants, on sait faire la part des choses.

« Comme on s'traite » est-il un petit clin d'oeil à la phrase désormais célèbre de Nicolas Sarkozy ?
>> C'est une chanson qui m'a pris beaucoup de temps. Quand je l'ai commencée, Sarkozy n'avait pas encore fait sa bourde. Cela m'a bien arrangé et je l'ai glissée à la dernière minute. C'est aussi un signe des temps de voir notre Président dire des choses comme ça. Il y a quinze ans, ça se serait très mal passé. Aujourd'hui, c'est d'une banalité navrante. Mais dans la chanson, je n'émets pas de jugement.

Une constante chez vous ?
>> Quand on juge, on se trompe. Je préfère le constat, je regarde, je prends des photos instantanées.

Estimez-vous faire partie de la famille ?
>> On peut être l'enfant sage, l'enfant prodigue, il y a plusieurs personnages dans la famille. Je ne sais pas où je me situe et je ne veux pas le savoir.

Pourquoi ?
>> On vous assaille d'étiquettes, d'une image. Le mieux, c'est de se débarrasser de tout ça.
Suis-je un crooner, suis-je un chanteur de variété ? Après, on risque de s'identifier au personnage qu'on nous colle.

Un chroniqueur ?
>> Ça, je l'accepte. Je ne peux pas le renier. Vous savez, je ne suis contre rien dans la chanson ; on peut être un chanteur à texte, engagé, mais ce qui compte c'est d'être soi-même
Peut-on considérer « Les belles et l'automne » comme un retour sur votre passé de Don Juan ?
>> Paradoxalement, je n'étais pas un dragueur du tout, j'étais trop timide. Il est vrai que j'ai beaucoup aimé les femmes et évidemment quelques-unes ont traversé mon existence. Étant chroniqueur, je ne me suis pas penché sur mes amours, je parlais plutôt de celles des autres et de la vie quotidienne. Dans cette chanson, je rends un hommage à toutes les femmes parce qu'à un moment on ne peut plus faire cette course-là. Mais vous remarquerez que je dis à la fois « au revoir et adieu ». Il ne faut jamais faire des adieux définitifs aux femmes parce que ce serait beaucoup s'avancer (rires).

On peut lire ici et là : le retour en grâce de Michel Delpech. Qu'est-ce que cela vous renvoie ?
>> Il faut bien employer des mots (rires). Mais c'est un peu ça quand même.

Êtes-vous un rescapé ?
>> J'ai conscience de l'être puisqu'il y a eu des tempêtes dans ma vie.
Je ne me suis jamais donné de date butoir. Quand je sens qu'une chanson ne fonctionne pas, je ne force pas trop les portes. Cela permet peut-être de traverser les époques un peu mieux.

Le succès n'est-il pas arrivé trop vite pour vous ?
>> Bien sûr. J'ai remarqué cependant qu'il faut toujours une dizaine d'années avant de s'installer véritablement dans le paysage musical et dans le coeur des gens. Je n'étais pas prêt pour recevoir toutes les gâteries que le succès apporte.

Vous avez été père à 24 ans également...
>> Tout a été trop tôt pour moi. Je me suis aussi marié pour la première fois à 20 ans. Je faisais partie d'une génération qui désirait partir le plus rapidement possible du cocon familial, chose qui n'est plus le cas aujourd'hui. À 16 ans et demi, j'ai laissé tomber le lycée et je voulais me prendre une petite chambre de bonne sur Paris. J'ai beaucoup aimé mes parents, mais il fut un temps où j'avais surtout envie de les lâcher.

Que s'est-il passé pour que vous touchiez le fond ?
>> J'ai traversé une crise existentielle qui s'est révélée très longue. Ce qui est extraordinaire dans l'existence, c'est qu'on oublie les mauvais moments, on ne garde que les bonnes choses. On se souvient d'une douleur, mais elle n'est pas tangible.

Quel a été le déclic pour remonter ?
>> J'ai eu de bons amis, j'ai rencontré une femme merveilleuse qui m'a redonné le goût des choses. Ce qui est une douleur à un moment donné est inexistant une fois que vous avez laissé le temps faire son affaire.

Avez-vous été touché, au moment de votre album de duos (2006, ndlr), par le soutien des journalistes, des artistes et du public ?
>> J'ai ressenti ce sentiment amical qui venait de partout. Cela a été extrêmement réconfortant. Mais je n'ai jamais vécu la longue période de parenthèse comme quelque chose de définitif. J'avais cette foi que ça allait revenir.w


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