Dany Boon : un retour en mode mineur
Publié le samedi 24 octobre 2009 à 06h00
À partir de ce soir et jusqu'au 1er novembre, Dany Boon investit le théâtre Sébastopol, à Lille, pour « Trop Stylé », son nouveau one man show. C'est, hélas, décevant, convenu, inabouti. Et pas à la hauteur de nos espérances.
PATRICE DEMAILLY, ENVOYÉ SPÉCIAL À BRUXELLES > patrice.demailly@nordeclair.fr
Rythmes techno. Un homme en ombre chinoise frappe sa cuisse en cadence. Remue le bassin. Et se déboîte à de multiples reprises le genou. L'écran tombe. Voilà Dany Boon qui apparaît sur la scène du Cirque Royal de Bruxelles avec un lapin dans ses bras. « Il croit que je suis père. » Premier sketch sur la grippe porcine. Vite expédié et riche en poncifs. Cela s'enchaîne sans plus de bonheur sur la crise et un fou en hôpital avant un hommage en musique (Souvenir de vacances d'été pourri, Conseil d'une Espagnole à son jardinier, Se coucher tard nuit) à son « père spirituel », le regretté Raymond Devos.
Triomphe oblige, place à l'après-Bienvenue chez les Ch'tis et le rapport à la notoriété. « On me demande souvent ce que le film a changé dans ma vie, si j'ai pris la grosse tête... Pas du tout : la grosse tête, je l'avais déjà avant. » On l'interrompt dans la rue ( « Un type a dit : "Regarde, c'est lui, le gars de Bienvenue chez les Chips" »), sa mère le met en garde dès le jour de sa sortie en salle (« T'achètes pas une nouvelle voiture ! ») Will Smith lui fait des courbettes pour le remake (« Il m'a accueilli par un "How are you, biloute ?" ») Dany Boon surfe même sur le registre de la gaudriole en évoquant l'adaptation pornographique.
Ne tournons pas autour du pot, ce one man show souffre d'un sérieux déficit d'écriture. N'a-t-il pas eu le temps de travailler ? Dany Boon donne l'impression de se reposer sur ses lauriers. Rien ne surprend vraiment, rien n'a la force de ses précédentes envolées burlesques. C'est laborieux, hésitant, sans surprise majeure. Et le rire n'éclate qu'à petite dose. On sait que les sollicitations fusent de partout, qu'il est devenu l'artiste le plus « bankable » de l'Hexagone. Pourquoi ne pas avoir alors différé ce retour sur les planches ? Cet excès de gourmandise joue ici en sa défaveur. Preuve peut-être d'un manque d'inspiration, il recycle quelques sketchs usés (La Poste, Le livre de la collection Harlequin) dont on connaît la moindre saillie sur le bout des doigts.
Une indifférence polie
Hormis le détonant Belge, accent compris, qui veut euthanasier sa moitié (« Ma femme a une surcharge pondérale qui la fait terriblement souffrir. Avec un cul comme le sien, il faut partir, et vite. Je dis non à l'acharnement thérapeutique »), ça peine sérieusement à enflammer les zygomatiques. Dany Boon a beau gesticuler, slalomer entre diverses intonations, jouer les cabots émérites, Trop Stylé suscite presque une indifférence polie, mais aussi vaguement gênée. Parce qu'il nous a habitués à des spectacles d'un tout autre acabit, à un grain de folie davantage explosif.
Cette fois-ci, notre coeur n'a fait pas « Boon ».w
Alors qu'il se produisait, mardi soir, devant 1 600 personnes au Forum de Liège, Dany Boon a évité de justesse le drame. Une barre métallique qui faisait du décor s'est décrochée et a atterri juste à côté de l'artiste. Plus de peur que de mal. L'incident s'est déroulé en toute fin de représentation. Campant un sumo au sol, incapable de se relever dans son « costume d'obésité » en papier mâché, Dany Boon a sans doute connu la frayeur de sa vie. Une barre métallique de 10 mètres et pesant 25 kg s'est détachée du plafond de la scène avant de s'écraser juste à côté de l'humoriste. « Cette barre est passée à 25 centimètres seulement de ma tête. J'ai bien failli être dans le journal de demain, mais dans la rubrique fais divers », s'est ému Dany Boon devant le public liégeois. Celui-ci ne semble y avoir vu que de feu, pensant sans doute que cela faisait partie intégrante du sketch. « Il n'y a pas eu de réactions apeurées ni de mouvement de foule dans la salle, nous indique Didier Schyns, journaliste à La Meuse. À l'endroit où j'étais placé, je pouvais voir les coulisses. Un technicien a mis sa main devant sa bouche, j'ai tout de suite compris. » Selon lui, Dany Boon a un brin exagéré : « Même s'il a tourné ça en dérision face aux spectateurs, il devait être décontenancé. Mais soyons clairs, la barre a atterri à 1,50 m de lui. » Accumulation de soucis À qui appartenait cette structure ? À l'équipe de Dany Boon et non pas à la salle du Forum de Liège. La chute ne serait pas liée à une erreur de manipulation humaine. Mais à une accumulation de soucis. Interrogé par nos confrères de La Meuse, Marc Bollette, le directeur du Forum, donne sa version des faits : « Pour les besoins du spectacle, un écran est descendu sur la scène. En manipulant les perches qui permettent de le remonter, l'une d'entre elles s'est mise de biais, entraînant le décrochage d'un côté de la structure tubulaire attachée sous l'écran. Le côté qui a lâché est donc venu percuter le plancher. » On sait aussi que Dany Boon a immédiatement reçu son équipe dans sa loge pour connaître la cause de cet incident. « Il voulait comprendre ce qui s'est passé afin que cela ne se reproduise plus lors des spectacles à venir », rapporte Marc Bollette. Du côté de Vérone Productions, promoteur local du spectacle au théâtre Sébastopol, on assure qu'aucune consigne particulière n'a été donnée par le management de l'artiste.P.DE.





