PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Peut-on dire qu'il n'y a pas vraiment de rupture entre ce disque et le précédent « Appelle-moi Jen » ?
>> C'est vrai qu'on est dans la continuité. Mais il y a des humeurs qui sont différentes, des sonorités moins synthétiques. On retrouve de l'electro parce que c'est le son que j'avais envie d'avoir pour partager avec les gens en concert. À chacun de mes albums, je projette toujours pour la scène. J'ai également fait de belles rencontres comme, par exemple, Silvio Lisbonne (le réalisateur du disque, ndlr) et Yohann Malory (parolier, ndlr). Comme je suis une fille qui marche au feeling, j'ai besoin que le courant passe et être en immersion avec les personnes qui bossent avec moi.
Avez-vous trouvé définitivement votre son ?
>> C'est un son relativement actuel. Cela ne me plairait pas de proposer tout le temps les mêmes choses. Je n'ennuierai et je me trahirai. Depuis le début, je vais au bout de mes envies qui sont finalement assez changeantes au niveau des sonorités et de l'approche de la pop. J'ai davantage de recul sur l'écoute de mes disques. Chose qui me manquait par le passé.
Souvent à la fin, je ne me retrouvais pas dans le mix des chansons.
Il est presque essentiellement question d'amour sur cet opus. Une vision pessimiste ?
>> Il y a beaucoup de passion surtout. C'est un amour très intense, même s'il est un peu plus grave dans certaines chansons. De toute façon, je ne vois pas l'amour tout beau tout rose. Sa complication m'intéresse. Et c'est ce qui me plaît personnellement.
Donc des chansons qui vous correspondent ?
>> C'est le cas dans chacun de mes albums. Ce sont des textes dans lesquels je me retrouve et qui correspondent à des périodes de ma vie. Peut-être que dans deux ans, je changerai d'avis (rires).
Vous avez collaboré avec Da Silva sur deux titres (« Les jours électriques » et « Tu ne dis rien »). Étiez-vous en demande ?
>> C'est un artiste que j'aime énormément, que je vais voir sur scène et qui a une âme extrêmement poétique. Plus j'admire, plus je n'ose pas appeler les gens pour leur demander. Un jour, je suis allée le voir en concert. Dans sa loge, je le salue mais je ne dis rien d'autre par timidité. Puis je parle à Thibault Barbillon, un de mes guitaristes qui bosse aussi avec lui. Il a fait un peu l'entremetteur. Sur ces deux chansons, Da Silva a capté des choses insoupçonnées chez moi.
« L'amour et moi », une ballade dans l'esprit de « Donne-moi le temps » ?
>> Ce n'est pas faux. On n'arrête pas là de me dire que ça fait du bien une ballade. Je n'avais pas l'impression de ne pas en avoir fait (rires). On a testé cette chanson d'une façon très épurée et ça fonctionnait de la sorte. Je ne pensais pas que c'est un titre qui reviendrait aussi régulièrement quand on me parle de l'album.
Pour moi, c'était le titre le moins évident.
« Mademoiselle Fume », un hommage aux icônes féminines des années 50 et 60 ?
>> J'aimais bien l'idée de ces femmes pleines de liberté qui n'hésitent pas à aller au bout de leurs passions, quitte à se brûler les ailes à un moment donné. Elles s'assument et je trouve que cela reflète bien la femme d'aujourd'hui.
Vous retrouvez-vous dans la façon d'être à l'époque de Brigitte Bardot ?
>> Elle a vécu des années beaucoup plus dingues que les miennes. J'ai été surmédiatisée mais pas autant qu'elle. On sent chez cette femme une certaine part de solitude et de mélancolie. Peut-être que je m'y retrouve par rapport à ça. Malgré soi, on s'isole involontairement quand on devient un personnage public.
Avez-vous déjà songé à tout plaquer ?
>> J'y ai pensé, bien sûr. Mais je me suis dit que j'allais trahir certaines personnes qui me suivent. Puis je me suis surtout recentrée sur l'essentiel, sur ce que j'aime, c'est-à-dire la musique. Cela m'a beaucoup aidée à relativiser. J'ai pris conscience que je suis une chanceuse. Et cela aurait été trop prétentieux de tout plaquer pour un aléa du métier.
Durant ces dix dernières années, avez-vous connu un pétage du plomb ?
>> Non. C'est grâce à l'éducation que j'ai reçue et à ma famille qui, si elle est peu présente dans ma vie physique, est là néanmoins. Je n'ai jamais oublié les valeurs que j'ai reçues. Et puis, je suis maman d'un petit garçon de 8 ans. Donc ça calme tout de suite.
Le disque connaît un bon démarrage. Rassurée ?
>> Il y a un bel accueil et j'espère que cela va continuer dans ce sens. Mais rien n'est jamais acquis dans ce métier. Je le sais depuis toujours et encore plus aujourd'hui.
Comment expliquez-vous le relatif échec d'« Appelle-moi Jen » ?
>> Je ne regrette rien sur ce disque. Il m'a permis de faire une tournée fabuleuse. Ce n'est pas un échec. Les chiffres annoncés sont faux. On a vendu plus de 100 000 albums. Quand j'ai eu cet article assassin (Le Parisien, ndlr), ils se sont arrêtés à deux mois de vente. On m'a mis dans les flops alors que beaucoup avaient vendu moins que moi. C'était gratuit, méchant et insultant pour les autres artistes et moi-même.
Estimez-vous que la presse ne vous fait pas de cadeau ?
>> Je prends des risques. Je ne suis pas une fille qui fonctionne mécaniquement. Si je m'en prends plein la gueule, ce n'est pas grave. Je peux me regarder dans le miroir parce que j'assume tout ce que je fais.
Êtes-vous hypersensible ?
>> Ce serait mentir si je vous prétends le contraire. Je suis forte et fragile à la fois.
Est-ce compliqué pour vous le regard d'autrui ?
>> Quand je ne connais pas, je ne suis pas quelqu'un d'extrêmement expansif. J'ai un réflexe naturel de protection.
Le doute chez vous, c'est un moteur ou un handicap ?
>> Je m'en sers désormais. J'ai longtemps cherché à m'en débarrasser, de tenter à plus m'assumer, d'être moins dans le sentiment de la culpabilité. Cela fait partie de moi. Et j'ai décidé de m'arranger avec ça.
Qu'avez-vous retiré de votre expérience en tant que coach dans « The Voice » ?
>> Cela m'a permis de faire des rencontres. Donc forcément, on apprend et on se nourrit de celles-ci. J'ai été ravie d'accompagner mon équipe dans cette aventure, de faire des choix musicaux avec chacun d'entre eux. J'étais à fond dedans. Après je n'ai pas aimé devoir faire un choix entre l'un et l'autre. C'était déchirant à chaque fois.
w « L'amour et moi ». Disque Mercury. 14,99 E.
En concert le 15 mars 2013 à l'Aéronef à Lille. www.vente-privee.com