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Mika : « Je suis un vrai paradoxe »

Publié le 22/09/2012 à 00h00

Il ne faudrait surtout pas que le récent coming out du chanteur prenne plus d'ampleur que sa musique. Parce que son troisième album « The origin of love » » prouve bel et bien que Mika n'a pas fini de nous offrir des tubes imparables.

Mika : « Je suis un vrai paradoxe »
Il ne faudrait surtout pas que le récent coming out du chanteur prenne plus d'ampleur que sa musique. Parce que son troisième album « The origin of love » » prouve bel et bien que Mika n'a pas fini de nous offrir des tubes imparables.


PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr

Trois ans entre cet opus et le précédent, « The boy who knew too much ». Que s'est-il passé pendant cette période ?


>> Mes albums et mes chansons sont complètement le produit de la vie que je suis en train de mener. Donc je ne peux pas demander à des gens de m'écrire une chanson. Ce disque, je l'ai écrit en sept mois mais j'ai pris presque dix mois de plus pour finir la production.

Avez-vous connu un blocage, une panne d'inspiration ?
>> Pendant un an et demi, je n'avais pas écrit une seule chanson. Chaque fois que je me mettais devant le piano, je pensais au verdict des gens sur la chanson avant que celle-ci n'existe. C'était destructeur et cela agissait comme un poison. Je devais me libérer de ça.

Êtes-vous du genre à vous remettre souvent en question ?
>> Quand je n'adhère pas à ce que je fais, je passe tout le temps par cette phase-là. Mais dès que je suis boosté par une mélodie ou un concept, cela me donne de la confiance. Si le feeling est là et siles choses ont un effet sur moi, je me dis que cela pourra avoir peut-être un effet sur quelqu'un d'autre. C'est le seul compas que je peux avoir dans ma tête quand je suis en train de prendre mes décisions.

Estimez-vous qu'il y a une cohérence entre vos trois disques ?
>> Il y a un développement. Je suis la même personne, je ne me réinvente pas mais j'essaye de me lancer des challenges. J'ai ma manière à moi de mettre des mélodies au-dessus des autres. C'est plein de contrastes. J'ai mon propre langage. Je savais ici que je voulais faire quelque chose de frais, comme si j'étais un nouvel artiste.

Le premier opus était instantané alors que celui-ci nécessite plusieurs écoutes avant qu'on y entre totalement...
>> Peut-être parce que j'étais passé par ce côté immédiat. Je réagis à ce qu'il y a autour de moi. Je fais des disques que je veux écouter moi-même. Souvent en Angleterre, la musique pop est faite pour plaire à une certaine catégorie de personnes bien précises. C'est super déprimant.

Vous semblez vous être davantage affirmé. Vous confirmez ?
>> Bien sûr, pas avec de l'ego mais dans un désir de découverte. Je suis en balance entre le commercial et l'envie d'aller ailleurs. C'est les montagnes russes chez moi. Elles me permettent d'être un vrai musicien, de prendre conscience que la musique n'est pas toujours aisée. On ne sait jamais si cela va marcher, mais il faut aller vers les choses dans lesquelles on croit sincèrement.

L'accident de votre soeur a-t-il eu des conséquences sur votre perception de la vie (fin 2010, sa soeur s'est très gravement blessée en faisant une chute du troisième étage de son appartement, ndlr) ?
>> C'est certain. Cela a déclenché cet album et, paradoxalement, une nouvelle période de créativité. J'ai réalisé qu'on pouvait tout perdre. Vous ne pensez plus à vous quand vous être aux côtés de quelqu'un qui est en train de mourir bêtement. C'est curieux que cet album extrêmement joyeux soit né d'un événement tragique. Quand on prend un stylo et un papier, il faut dire la vérité, ne pas mettre de masque.

Les textes de l'album sont-ils conçus comme une sorte de journal intime ?
>> Un peu. Il y a aussi beaucoup d'humour dans les textes. Il y a un fil conducteur dans le disque : c'est quoi l'origine de l'amour ? Dans les chansons, on va tenter de découvrir ça. Et à la fin, on va réaliser que je n'en ai aucune idée, que je ne sais pas de quoi je parle et que je suis toujours en train de chercher (rires).

« Love you when i'm drunk » (Je t'aime seulement quand je suis bourré), chantez-vous. Curieuse conception de l'amour, non ?

>> On va dire que c'est une possibilité de l'amour. Désinhibé, on n'a plus toutes ses facultés. Cela ne vous est jamais arrivé, après le retour à la sobriété, de détester quelqu'un ? J'ai connu cette situation. Et mieux vaut vite s'en aller (rires)
La chanson « Elle me dit », c'était pour séduire la France ?
>> Même pas. Ce n'est pas un calcul. J'ai d'ailleurs eu une belle surprise avec cette chanson. Il y a deux mois, j'entre dans un bar à Los Angeles et j'entends Elle me dit. Je m'interroge alors : « Qu'est qu'ils sont en train de foutre ? » Je vais voir le barman qui ne me connaissait pas pour lui demander des précisions sur cette chanson. Il me répond : « On la joue tous les soirs même si on ne comprend rien aux paroles. » Les trois autres chansons en français qui sont sur le disque bonus n'ont rien d'un plan marketing. Avec Doriand, on s'est mis dans un studio en se posant cette question : « Si Michel Berger était en train de faire aujourd'hui des chansons, qu'écrirait-il ? »
Vous avez fait cet été votre coming out à un magazine américain. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?
>> Tout le monde me le demandait. Mais je n'étais pas prêt à parler. C'est moi qui ai décidé du moment. La peur n'avait pourtant rien à voir avec ce choix. Je ne vous cache pas que j'étais nerveux le moment venu. Dans un sens, ce n'est pas très important musicalement. Mais c'est différent si on se place en tant que personne.

Cela vous a-t-il libéré d'un poids ?
>> Je n'ai jamais senti cette pression gay en France. Mais aux États-Unis et en Angleterre, une partie de la presse était obsédée par ça. Il y a plus de tolérance ici avec mon attitude et la liberté que je me donnais.

Cette révélation prend beaucoup de place dans la promotion de ce disque...
>> On sait très bien que la vie personnelle fascine les gens. C'est dangereux parfois de trop se livrer et plus intéressant de mettre ça dans ses textes ou ses shows.

Avez-vous besoin de tout contrôler ?
>> Disons que je suis très exigeant avec moi-même. J'aime bien le travail bien fait. Mais il faut s'amuser. Si on contrôle trop, on perd en spontanéité.

Vous considérez-vous comme quelqu'un de complexe ?
>> Oui et non. Je suis un vrai paradoxe. Parfois, je suis assez compliqué à vivre. Ce n'est pas toujours facile de me suivre (rires).w « The origin of love ». Disque Barclay. 15,99 E.
En concert le 31 octobre à 20 h au Colisée à Roubaix. 44 à 55 E. Rés. : 03.20.24.07.07.

Nord Éclair