PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Vous revenez ici avec des reprises. Est-ce parce que l'époque est à la nostalgie ?
>> Je ne sais pas ce que ça veut dire, la nostalgie. C'est comme la dépression ou la mélancolie : je ne connais pas bien. Pour se faire un bon présent, il faut mélanger le passé et l'avenir c'est-à-dire être tout ce qu'on veut sauf une fashion victim. Je me suis aperçu que même les jeunes ont besoin d'archaïsme. Pourquoi n'aimeraient-ils pas Lester Young, Nat King Cole, Louis Armstrong ? Pourquoi ces gens ne vivraient pas encore ?
Comment s'est fait le choix des chansons ?
>> Dans la concertation. Si la maison de disques m'avait laissé faire, je n'aurais fait que des trucs de crooner et j'aurais peut-être endormi le disque. Donc il y a les chansons que j'ai voulues et les leurs.
De quelle manière vous ont-elles accompagné ?
>> Mes parents chantaient Que reste-il de nos amours ? dans la voiture quand on partait en vacances. Dans ce disque, il y a des chansons de mon enfance, de mon adolescence et de ma jeunesse. Mon père était une espèce de ferrailleur du XXe arrondissement de Paris et il aimait beaucoup chanter. À cause de lui, je ne m'appelle pas comme mon grand-père. Comme j'avais une chanson un peu espagnole (La Passionata, ndlr), je voulais prendre son nom, Emilio Robas.
Votre jeunesse a-t-elle été heureuse ?
>> Quand on est jeune, on est heureux... sinon on est con. On était pauvres mais pas modestes. Ce mot-là n'est jamais rentré dans la famille. Je suis un enfant de la guerre. Je me rappelle de la boîte de pêche que m'avait donnée un Américain. Pour moi, c'était le bonheur. Avec mon copain d'école Claude Moine (Eddy Mitchell, ndlr), on ramassait des chewing-gums déjà mâchés. C'est pour ça qu'on a tous eu une primo-infection.
Vous avez attrapé la tuberculose à 10 ans
... » On m'a envoyé alors dans une ferme. Et c'est là que j'ai rencontré les chevaux.
Puis, plus tard, une passion pour le polo...
>> Aujourd'hui, je me demande ce que j'ai foutu là-dedans pendant trente ans. J'ai été parachuté dans le polo à cause d'une jolie dame qui était bordelaise, qui avait un château. C'était ma première femme, la mère de mes enfants. J'aimais bien le côté décadent de ce sport. On était avec des aristocrates ou des milliardaires qui risquaient leur vie. C'est très dangereux, il y a plein de morts.
Crooner, c'est aussi une manière de séduire les femmes ?
>> Bien sûr. Quand j'avais 12 ans, je faisais du vélo en lâchant les mains pour plaire à une gamine. Maintenant, je fais les maisons de retraite pour plaire à des vieilles dames solitaires (rires). J'ai toujours voulu plaire.
Est-ce votre moteur ?
>> Les femmes, c'est la vie. Les hommes, ils font la guerre, ils se prennent au sérieux, ils cherchent Dieu, ils nous gonflent au lieu de vivre. Sur ma tombe, vous pouvez marquer : « Merci madame. » Par rapport à une carrière de séducteur, j'ai eu très peu de femmes. Sauf lorsque j'ai été un petit trou du cul prétentieux.
Que reste-t-il de vos amours ?
>> Une immense reconnaissance.
Amoureux actuellement ?
>> Ah oui ! Je suis toujours amoureux à un moment ou un autre (rires). Mais là, je suis en danger permanent. Elle a quarante ans de moins que moi. Elle est trop belle. Donc à chaque coin de rue, il y a un mec qui veut me la piquer.
Ce n'est pas très confortable...
>> Cela flatte ma vanité mais j'aurais préféré quelque chose de plus à ma portée. Il y a un moment où il faudra ouvrir la cage. Elle ne va pas faire la garde-malade.
Vous interprétez sur le disque « Cigarettes, Whisky & P'tites pépées ». On a compris pour le troisième élément. Et les deux premiers ?
>> Je n'ai jamais fumé de ma vie. Après, j'ai pris de bonnes bitures à la Légion mais j'étais tout de suite malade. Comme je suis fragile du foie, cela m'a protégé de l'alcoolisme.
Un homme sain, finalement ?
» Il se peut que je fasse certains rôles pour que je trouve en moi des zones d'ombre à explorer.
Il y a toujours eu beaucoup d'autodérision chez vous. Le refus de se prendre au sérieux ?
>> Les gens qui ont le moins d'humour dans la vie, ce sont les humoristes. Je vais citer Jeanne d'Arc : « De la grâce ! » Parce que pour moi, l'humour c'est la grâce. En gros, c'est un homme qui passe dans la rue, qui glisse sur une peau de banane et qui se relève en saluant tout le monde.
La guerre d'Algérie a-t-elle laissé des traces chez vous ?
>> J'étais à la Légion donc assez protégé de la sauvagerie. Je ne me suis pas sali les mains. Mais le peu que j'ai vu m'a convaincu qu'il fallait que je retrouve mon équilibre dans mon enfance et qu'être une grande personne n'apporterait rien. Faire un métier d'enfant comme acteur ou chanteur a complètement confirmé ma vocation.
La chanson « Destinée » vous offre-t-elle d'avantageux droits d'auteur ?
>> Même pas ! J'ai abandonné mes droits d'auteur parce qu'il y avait une espèce de parolier pour le film de Zidi (Les sous-doués en vacances, ndlr) et celui-ci m'a dit qu'il lui avait promis qu'il serait crédité. Cette chanson n'est qu'un gag. Ce n'est quand même pas mon chef-d'oeuvre. D'ailleurs, je ne l'ai jamais chantée sur scène.
On imagine pourtant que les gens vous la réclament...
>> Et je leur réponds que je ne la chante pas. Je fais ce que je veux. On ne va pas me demander non plus de chanter Au clair de la Lune.
« Nestor Bruma », vous assumez là ?
>> Cela ne me gêne pas du tout. Nestor Burma, c'est moi. Au bout de 42 épisodes, les gens savent qui je suis. Je n'ai pas besoin de faire la cour au public parce que j'aime naturellement les gens.
Avez-vous mené la vie que vous désiriez ?
>> On peut le dire. Moi je voulais être un médecin parce que j'avais envie d'avoir bonne conscience sur ce que je fais à la surface de la terre. Mais en désennuyant les gens, on peut sauver quelque part des moments de leur vie.
Des rêves encore ?
>> Je ne fais que ça, rêver. Et mes rêves ne sont que des rêves d'enfant. Je fais plaisir aux gens que j'aime. D'ailleurs la plupart du temps, je dilapide. Actuellement, je suis à découvert. Pour mon prochain concert au Casino de Paris, on m'a déjà payé d'avance (rires).w « Chansons de ma jeunesse ». Disque FGL/Smart/Sony Music. 16,98 E.