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Il y a 20 ans, il s'en est allé dormir dans le paradis blanc

Publié le 07/07/2012 à 00h00

Le 2 août 1992 à Ramatuelle, Michel Berger était terrassé par une crise cardiaque à l'âge de 44 ans. La biographie que lui consacre Yves Bigot démontre une vie moins lisse que celle imaginée.

Il y a 20 ans, il s'en est allé dormir dans le paradis blanc
Le 2 août 1992 à Ramatuelle, Michel Berger était terrassé par une crise cardiaque à l'âge de 44 ans. La biographie que lui consacre Yves Bigot démontre une vie moins lisse que celle imaginée.


Elle lève aussi le voile sur les souffrances et les zones d'ombre de l'artiste.
PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr


Quels étaient vos rapports avec Michel Berger ?
>> J'avais une relation plus particulière avec lui qu'avec d'autres. Ce qui ne voulait pas dire que je le connaissais mieux. Il y a plein d'artistes qui sont des amis mais sur lesquels je n'ai absolument pas envie d'écrire. Mais là avec mon savoir de ce qu'était la problématique de Michel, j'ai accepté d'écrire ce livre. 95 % de nos conversations tournaient autour de son positionnement dans la musique. Cela ne le satisfaisait pas par rapport à ses ambitions de réussir en Angleterre, aux États-Unis. Il y avait aussi chez lui un questionnement par rapport au monde du rock.

Étiez-vous touché par son univers ?
>> Je n'étais pas fan de la musique de Michel Berger. En revanche, je suis capable - et c'était déjà le cas à l'époque - d'estimer sa valeur. Comme un certain nombre de gens, j'avais décelé la qualité musicale, la production, la sensibilité pop à l'anglaise.

Avez-vous été déçu que France Gall refuse de témoigner pour le livre ?
>> Disons un peu surpris.
Ayant toujours eu de bons rapports avec elle, je pensais qu'elle souhaiterait m'aider. D'autant que l'objectif du livre, c'était de faire comprendre aux gens qui sont condescendants vis-à-vis de Michel Berger, qui le traitent de faiseur de tubes un peu léger, qui raillent sa voix assez frêle, que justement ce n'est pas ça. C'est quelqu'un de bien plus profond et complexe. Je n'ai donc pas bien compris pourquoi France Gall ne s'enthousiasmait pas à l'idée que je puisse lui rendre sa place dans la pop française des 40 dernières années. Après, je respecte sa décision. Elle a perdu Michel, Pauline, elle a eu un cancer du sein. Peut-être aussi qu'elle n'a plus envie de voir les gens qui lui rappellent son passé.

Le début de la vie de Michel Berger n'est-il pas marqué par un sentiment d'abandon ?
>> Pour être honnête, je me souvenais vaguement de ces choses-là sans savoir que c'était à ce point une histoire de malheur, souffrance, maladie, trahison. En grattant, j'ai découvert un contexte familial très lourd.

Était-il revanchard vis-à-vis de son père ?
>> Venant de la famille considérable dont il était issu, Michel avait à la fois une très haute opinion de lui-même et une nécessité absolue de prouver à ce géniteur triple académicien, mais aussi à sa mère concertiste, qu'il avait de la valeur alors qu'il avait emprunté un chemin qui n'était pas le même qu'eux. C'est certain que l'abandon de son père à l'âge de 5 ans a certainement bouleversé Michel et forgé une partie de sa vie.

Un cas qui ne sera pas isolé...
>> Effectivement. Il y a eu l'abandon de Véronique Sanson, celui de son frère Bernard - même si non volontaire - qui meurt de la sclérose en plaques. Puis après, il doit vivre avec la disparition annoncée de sa fille Pauline.
Elle a quatre ans quand France et Michel apprennent qu'elle a une maladie incurable (la mucoviscidose, ndlr) et qu'elle mourra avant d'avoir 20 ans. Pour des parents, c'est quelque chose d'absolument horrible.

Ne s'est-il pas longtemps senti incompris en tant que chanteur ?
>> Je pense que Michel a toujours été frustré de ne pas être reconnu pour le compositeur, l'auteur et le concepteur. Il a connu un grand bonheur quand, après La groupie du pianiste, il a pu enfin se produire sur scène. Tous les témoins m'ont dit qu'il avait été poussé par France. Il fait savoir aussi que derrière des paroles d'une simplicité apparente, il y a plusieurs niveaux de lecture et qui apportent une richesse, une sincérité. Même s'il a eu beaucoup de succès à la fois en tant qu'interprète et surtout à travers Françoise Hardy, Johnny Hallyday, Daniel Balavoine et les interprètes de Starmania , il n'a jamais été à la hauteur de là où est vraiment sa place.

Et maintenant ?
>> Je crois que les gens commencent un peu à percevoir que ses chansons sont incroyablement pérennes, que son style ne se démode pas grâce à sa richesse harmonique. Il y a une cinquantaine de chansons de Michel Berger que tous les Français connaissent.

À propos de lui et Véronique Sanson, vous dites : « Même façon d'écrire et de composer ». Étaient-ils le miroir de l'un et l'autre ?


>> Ce qui est très frappant dans leur histoire, c'est qu'ils n'ont jamais écrit une chanson tous les deux. Chacun travaillait dans son coin. En même temps, ils ont une sensibilité tellement proche. Elle et Michel ont inventé ce phrasé unique, ce style rythmique. Il y avait entre eux un mélange de symbiose et de compétition. Cette gémellité est bluffante. Véronique, c'est la meilleure artiste française que je connaisse.

Cet amour interrompu, qui s'est traduit par la suite en correspondance musicale, est-il devenu un mythe ?
>> Moi, j'ai tendance à y croire. Un amour qui se rompt brutalement travaille dans l'inconscient. Michel et Véronique ont toujours répété que leur vie était dans leurs chansons, Est-ce que ce n'était pas dans leur intérêt que d'entretenir cet amour sublimé qui ne peut plus être ? Je ne suis pas certain que cela ait eu des conséquences concrètes sur la vie de l'un et de l'autre.

Peut-on dire que « Starmania » est une de ses plus belles réussites ?
>> Vanina Michel, qui était la voix féminine de Hair et qui avait une liaison avec Michel, m'a dit qu'il lui avait confié : « Tu verras un jour, je monterai moi aussi une comédie musicale ». C'était dans sa tête à cause, en partie, de son admiration pour Gershwin et Un Américain à Paris. Michel avait ce désir de mélanger les genres musicaux et artistiques. La force de Starmania, c'est le concept en lui-même. C'est la meilleure comédie musicale française. Il y a au moins dix tubes dedans.

France Gall doit-elle beaucoup à Michel Berger ?
>> Au moment où elle le rencontre, elle est un peu perdue comme artiste, ses disques ne marchent plus. C'est lui qui va lui donner en quelque sorte son personnage de grande soeur idéale. Michel et France vont devenir le versant féminin et masculin de la même personne.

Était-il un garçon batailleur ?
>> Il était capable de se battre pendant des heures pour convaincre.
Parfois, il en devenait même livide. C'était quelqu'un qui était déterminé et rarement satisfait. Il ne faut pas oublier aussi que c'était un grand producteur.

Avait-il un tempérament dépressif ?
>> Mélancolique surtout. À la fin de sa vie, il était aussi très stressé. Il y a eu l'échec de La légende de Jimmy, France qui ne voulait plus chanter, la version anglaise de Starmania qui a été extrêmement difficile à monter.w « Quelque chose en nous de Michel Berger ». Éditions Don Quichotte. 321 pages. 19,90 E.

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