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L'éclatante santé des festivals québécois

Publié le 28/06/2012 à 00h00

Entre le festival mastodonte des Francofolies de Montréal et celui si attrayant de Tadoussac, un point commun : une scène québécoise au beau fixe et un amour pour la chanson française.

L'éclatante santé des festivals québécois
Entre le festival mastodonte des Francofolies de Montréal et celui si attrayant de Tadoussac, un point commun : une scène québécoise au beau fixe et un amour pour la chanson française.



PATRICE DEMAILLY (ENVOYÉ SPÉCIAL À MONTRÉAL ET TADOUSSAC)
> patrice.demailly @nordeclair.fr


Dans l'axe de l'interminable rue Sainte-Catherine, un bouillonnement aussi créatif qu'humain. Les Francofolies de Montréal, ce sont près de 250 spectacles programmés dans des salles et sur des scènes extérieures. Une machine parfaitement huilée. Où donner de la tête ? Question récurrente. Il y a vraiment l'embarras du choix. Un véritable marathon et une frustration presque constante, qui impliquent de voir trois chansons d'un artiste pour ne pas rater la fin du set d'un autre. Ce qui frappe aussi, c'est la prédominance des concerts gratuits. Une belle majorité d'entre eux. Et sans aucun doute un paramètre essentiel pour attirer les foules.
Trois jours déjà que le festival bat son plein. On déambule sans trop savoir où on va. Arrêt sur Jérôme Minière. Qui nous attire immédiatement dans ses filets. Écriture ciselée, pop-electro attrayante et mise en scène communicative des chansons. Inutile, par contre, de s'attarder sur les Lyonnais de Music Is Not Fun, sorte de BB Brunes poseurs, ou de trouver un quelconque intérêt à l'impotent Collectif Métissé. Deux formations en roue libre qui ne donnent pas une image très reluisante de la France. Mais le délicieux folk aux accents country de la Québécoise Catherine Durand réconcilie les oreilles. Au même moment, une marche nocturne contre la hausse des droits de scolarité se mêle à la fête. Malgré un objet pyrotechnique lancé au-dessus de la masse des spectateurs, cela ne dégénère pas.

Coup de foudre pour L
Exit la chaleur moite. Pluie diluvienne. Les déclarations réactionnaires d'Hugues Aufray, le matin en conférence presse, auraient-elles contrarié à ce point les cieux ? Sur scène, le chanteur de Santiano récidive en glissant un curieux « Mon ami Nicolas Sarkozy » entre deux morceaux. Malgré la météo capricieuse, Aurélie Maggiori et Sylvie Hoarau - alias Brigitte - font un sacré effet énergique sur le public : robes argentées fendues jusqu'à la cuisse, groove seventies pimpant et de savoureux clins d'oeil ici et là. Parallèlement, Antoine Gratton use avec brio de son petit grain de folie. À l'Astral, une silhouette gracieuse. Celle de la chanteuse L. Coup de foudre renouvelé en sa compagnie. La vérité d'une musique frappant délicatement au coeur. En surface, tout semble calme, étale, décanté. Mais en dessous, ça claque et ça remue. D'éblouissantes lueurs. Et un hommage divin à Lhasa. On aurait aimé parler en ces termes de Coeur de Pirate, enceinte jusqu'au cou et célébrée ici en star, mais impossible définitivement d'adhérer à cet emballement.
Fatigue certaine. Ce qui n'empêche pas les désirs d'être au beau fixe. Sacrée découverte avec les sous-estimés Vendeurs d'Enclumes, surprise inattendue avec une attachante Aurélie Cabrel, créativité à la fois débridée et intrigante de Stefie Shock. Puis dilemme cornélien entre l'imaginaire aux profondeurs aspirantes de Thomas Fersen et l'attendu Robert Charlebois, indispensable du patrimoine de la chanson québécoise. Effervescence populaire et justifiée pour ce dernier. Fringant comme jamais, celui qui ne cesse de revenir à Montréal vieillit bien mieux qu'un Hugues Aufray. Avant de rejoindre les bras de Morphée, petit détour pour se rendre compte que le rock mélodique d'Eiffel en a sous la semelle.
Transfert en voiture de sept heures. Changement d'ambiance. Place au festival de Tadoussac, son cadre idyllique, ses baleines envahissant le fleuve Saint-Laurent, son affiche alléchante, son humanité débordante et ses bénévoles faisant preuve d'une totale abnégation. Premières larmes versées. Le fautif ? Vincent Vallières et sa chanson On va s'aimer encore. C'est simple et foudroyant. Après ça, il faut se remettre de son émotion, donc danser un peu. Qui mieux alors que l'Acadienne Lisa Leblanc, sensation annoncée ? Cette fille-là est une tornade. Un grain de voix d'une puissance ravageuse. Un univers où comprendre n'est pas du tout cuit. Mais une présence époustouflante. Avenir radieux assuré.
Encore une claque. Elle s'appelle Catherine Major. Derrière son piano et entourée d'un majestueux quatuor à cordes, elle sculpte sa matière sonore et poétique avec le désir inlassable d'en révéler les reliefs aigus et les fêlures profondes. On fond sur son épatante ballade de Chopin. Et on finit par applaudir à s'en rompre les cartilages.
La France a un peu Alzheimer concernant Zachary Richard (Travailler, c'est dur). Pas le Québec où le Louisianais est érigé en icône.
Son tour de chant manque ici d'un peu d'ampleur. Mais l'assistance de l'église lui fait un triomphe. Nettement plus protéiforme, la musique d'Ariane Moffatt impressionne. Des assauts rock-electro transcendants, des velléités atmosphériques accrocheuses et une voix acrobatique. Se souvient-on encore que c'est elle qui chantait Je veux tout ?
Pour des raisons de santé, la fabuleuse Anne Sylvestre n'a pas pu prendre l'avion. La fête en son honneur n'a pourtant rien de plombant. Bien au contraire.
Elle est souveraine grâce à l'onirisme gracieux de Jorane, l'élégance divine de Paule-Andrée Cassidy et l'aplomb de Mathieu Lipé. Plus tard dans la soirée, le discret Bernard Joyet creuse le lit de sa poésie, y fait bouillonner des associations de mots d'une beauté à couper le souffle. Rassasié par tant de pépites ? Tout faux. Le concert de clôture du dimanche, où chaque artiste présente deux morceaux, offre avec Mark Bérubé and the Patriotic un dernier passeport pour le nirvana. Un folk hanté et beau à se damner. L'indéfinissable magie de Tadoussac.w

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