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Petula Clark, l'inoxydable

Publié le 29/04/2012 à 00h00

RENCONTRE La chanteuse britannique est de retour demain dans les bacs avec « Petula », album aux ambiances éclatées.

Petula Clark, l'inoxydable
RENCONTRE La chanteuse britannique est de retour demain dans les bacs avec « Petula », album aux ambiances éclatées.




PROPOS RECUEILLIS


PAR PATRICE DEMAILLY
> patrice.demailly@nordeclair.fr

Qu'est-ce qui vous a motivée à sortir ce disque ?
>> Cela fait très longtemps que je chante partout dans le monde. Je me produis parfois sur scène ou sur les plateaux de télévision en France mais c'est toujours avec mes vieilles chansons. Là, on m'a demandé de faire des concerts ici. J'étais bien sûr partante à condition que j'enregistre de nouveaux titres. Le seul problème, c'est que j'avais beaucoup d'obligations en même temps, notamment des spectacles aux États-Unis. Après, il fallait gérer avec le planning des autres. Ben l'Oncle Soul était, par exemple, en tournée mais j'ai fini par l'attraper (rires).

Pourquoi la chanson « La vie comme elle passe », écrite par Adam, est-elle si importante pour vous ?
>> On est toujours en train de se battre contre quelque chose mais à un moment il faut lâcher prise. C'est la philosophie de vie, je pense, qu'il faut adopter.

Et la vôtre de vie, comment la voyez-vous ?
>> J'ai l'impression qu'elle n'est pas encore commencée. Ce n'est pas que je veux oublier le passé mais je trouve ma vie beaucoup plus joyeuse et intéressante maintenant.

Qu'est-ce qui a changé ?
>> Je suis plus consciente et plus concernée par ce qui se passe dans le monde. Surtout en France, j'ai eu l'image de cette petite fille blonde, anglaise et naïve. On pensait que je voyais tout en rose. Mais si on regarde vraiment les paroles de Downtown, elles n'avaient rien de candides. Et c'est d'ailleurs le cas de mon répertoire en anglais. Je suis aussi plus exigeante avec moi-même et les autres. J'ai moins de patience avec la bêtise. C'est peut-être la vieillesse qui fait ça (rires).

Votre image est-elle différente en Angleterre ?
>> Je suis complètement moi. Je n'ai pas ces difficultés d'expression qui me handicapent. Je suis dans l'impossibilité d'écrire les paroles en français et donc d'exprimer mon ressenti.

Benjamin Biolay vous a offert « Mon coeur est dans le mien ». Savez-vous que tout le monde se l'arrache actuellement ?
>> Je ne l'ai pas rencontré et je ne sais même pas s'il l'a écrite pour moi. Comme je suis toujours en déplacement et que je ne vis pas en France, je ne connaissais pas son existence. Mais j'ai pris beaucoup de plaisir à interpréter sa chanson.

Quels sont vos rapports avec Charles Aznavour, présent ici sur deux chansons ?
>> C'est une très vieille connaissance. On a chanté ensemble dans des émissions comme les Carpentier. Deux fois, on est allés dîner ensemble à Londres. Je lui ai même chipé son directeur musical à une époque (rires).

Êtes-vous consciente que l'album est musicalement très éclaté ?
>> J'étais un peu inquiète par ça. Je voulais une ambiance homogène. Mais quand on prend la chanson de Charles et celle de John Williams, on est totalement à l'opposé. Mais tout est bien enregistré même si vocalement ce n'est pas parfait. Ma voix est moins souple qu'avant. Je ne suis jamais contente de moi.

N'avez-vous jamais arrêté de chanter ?
>> Pas vraiment. Je ne sais pas faire autre chose. J'ai eu trois enfants et, à chaque fois, j'étais sur scène jusqu'au huitième mois. Ce qui est curieux, c'est qu'on chante très bien quand on est enceinte.

Il paraît d'ailleurs que vous avez adoré être enceinte...
>> J'ai commencé très jeune à travailler et j'étais souvent avec les adultes. On ne peut pas dire que j'ai eu une vie normale. J'ai été à l'écart de ce qui se passe. Quand j'étais enceinte, j'avais le sentiment de faire partie du monde.

Vous avez été une enfant star. N'avez-vous jamais pété les plombs par la suite ?
>> J'ai eu mes petites crises et mes problèmes. L'adolescence a été très compliquée pour moi. Faire des choses normales était presque interdit. J'étais sous contrat dans une compagnie comme actrice. Et j'étais plus utile pour eux étant enfant.

Vous ne contrôliez rien ?
>> Je ne réalisais pas. C'est seulement plus tard, en regardant en arrière, que j'ai pris conscience des choses.

En voulez-vous à vos parents ?
>> J'ai eu des relations complexes avec mon père. Ma mère était galloise, elle était très timide et en dehors de tout ça. Elle s'occupait de ma soeur surtout. Après, mon père n'était pas un monstre, je l'adorais. C'est lui néanmoins qui me poussait.

Chanter à neuf ans pour les soldats anglais, ce n'est pas commun...
>> La vie était dure en Angleterre.
On était bombardés tous les soirs. Même les enfants normaux comme moi vivaient dans les abris. J'écoutais Gershwin à la radio et cela a été mon premier choc musical.

En 1965, « Downtown » a détrôné en Amérique les Beatles. Une fierté ?
>> Rien ne détrônera les Beatles.
Après, c'est arrivé comme ça pour cette chanson. Mais je n'ai pas la prétention de me comparer à eux. Au moment de sa sortie, la chanson ne marchait pas en France. C'est après qu'elle est devenue un classique.

Et « La gadoue », immédiat le succès ?
>> Oui. Mais Jane Birkin en a beaucoup aussi avec cette chanson.
J'ai trouvé sa version absolument charmante. On est tellement différente Jane et moi. Elle a un côté sexy que je n'ai jamais eu.

Est-ce vrai qu'avant votre arrivée en France, c'est Dalida qui a adapté toutes vos chansons ?
>> Absolument. Mais je n'en savais rien. J'avais ma carrière en Angleterre, ma voiture de sport et quelques boyfriends. On m'a fait venir à l'Olympia parce qu'on me disait que Dalida copiait mes disques. Je m'en fichais moi mais on a insisté. Je me rappelle que j'étais très enrhumée et qu'on m'a donné des suppositoires pour ma voix. C'est là que je me suis dit qu'on était bien en France (rires).

Au pluriel, les garçons ?
>> Trois en même temps. J'étais sortie de mes privations. Il fallait bien en profiter (rires).

L'inactivité vous fait-elle peur ?
>> J'adore ne rien faire. Je le fais aussi souvent que je peux (rires). Je suis entre Genève où je vis et Megève où j'ai un chalet. Je me sens bien avec la nature et l'écriture. J'ai besoin de silence.w

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