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Rover : « Je sais me nourrir de la solitude »

Publié le 17/04/2012 à 00h00

Il a un physique atypique, une voix modulable et divine et des chansons d'une puissance rare. Avec « Aqualast », Timothée Régnier - alias Rover - débarque avec un album somptueux.

Rover : « Je sais me nourrir de la solitude »
Il a un physique atypique, une voix modulable et divine et des chansons d'une puissance rare. Avec « Aqualast », Timothée Régnier - alias Rover - débarque avec un album somptueux.



Il précédera, ce soir au Grand Mix, Baxter Dury lors du festival des « Paradis Artificiels ».
PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr



Êtes-vous conscient d'être une des sensations du moment ?
>> Pour être franc, oui. Mais je suis quelqu'un qui consomme très peu de médias. Je n'ai ni télévision chez moi ni Internet. Cela va changer parce que c'est difficile désormais de faire sans.

Pourquoi ce choix ?
>> Je pense que j'ai une tendance inconsciemment à vouloir me protéger de certaines choses.
En toute humilité, j'ai une opinion sur ma musique qui me regarde. Je suis très heureux d'avoir pu faire cet album dans ces conditions, avec le son et les gens que je voulais ainsi qu'un label qui m'a laissé toute la liberté. J'ai fait ce disque de la façon la plus intime et sans tricher...

Mais vous avez pris un pseudo. Une référence à Led Zeppelin ?
>> Pas du tout (rires) ! J'ai découvert qu'il y avait une chanson qui s'appelait de la sorte. À la base, ce mot était très présent quand j'ai commencé à écrire les textes au retour du Liban. Il me parlait beaucoup poétiquement, quelque chose de très terrien. Et son sens en anglais « to rove », à savoir la nomadisation, l'errance. Tout ça me parlait d'autant que mon père a roulé en Rover toute sa vie. J'écoutais les Beatles et les Beach Boys à l'arrière sur la route des vacances.

Étiez-vous un bourlingueur avant Rover ?
>> Par la force des choses d'abord. J'ai des parents qui ont beaucoup voyagé à cause de leur boulot et de leur choix de vie : les Philippines, New York, le Japon...
Je crois que j'ai attrapé le virus. On démystifie de ce fait le voyage. Quand je me suis installé au Moyen-Orient à Beyrouth, ça prend du temps parce que ce sont d'autres moeurs.

On vous a mis votre première guitare entre les mains à l'âge de 7 ans. Autodidacte ?
>> Complètement. Je n'ai jamais été un grand fan de l'enseignement donc j'ai mis pas mal d'années à découvrir l'instrument. Du coup, j'ai une technique particulière de guitare. C'est une approche de la musique très libre et sans frontière qui doit se sentir encore quand je compose. Je travaille toujours à l'oreille.

Qu'est-ce qui vous a poussé à monter un groupe de punk-rock au Liban ?
>> J'ai eu la chance d'avoir un frère qui vivait là-bas depuis presque deux ans et qui m'a dit de le rejoindre dans son groupe. Comme j'avais fini mes études, j'ai foncé. Et je suis tombé amoureux de Beyrouth, ville très branchée sur la culture occidentale et orientale. Le groupe a commencé à marcher très vite.

Et ça se passe comment pour un groupe là-bas ?
>> On fait tout de A à Z : réserver les salles de répétition, monter un label, sortir son disque soi-même, contacter les journalistes pour la promotion... J'ai découvert toutes les ficelles du métier. C'était une expérience très riche dans un pays qui n'est pas forcément propice à l'art et paradoxalement où tout est possible.

Pourquoi n'êtes-vous pas resté alors ?
>> On m'a expulsé. Mon image publique commençait à faire du bruit.
J'ai oublié de renouveler mon visa et on m'a donné quatre jours pour partir. Je suis donc rentré en France.

Avez-vous éprouvé des difficultés à envisager la suite ?
>> Il y a eu une volonté de ne pas arrêter la musique pour des événements politico-administratifs.

Vos influences sont-elles presque uniquement anglo-saxonnes ?
>> Totalement. Mon séjour à New York m'a imprégné de beaucoup de choses : ma façon de réfléchir, la langue. Le choix de l'anglais pour le chant s'est ainsi imposé naturellement.
Il y a aussi des mots qui sont plus faciles à dire dans cette langue qu'en français. Les anciens ont mis la barre très haut.

À l'écoute de votre disque, on pense à Dylan, Bowie, Jeff Buckley, les Beach Boys. Et pourtant, vous évitez à chaque fois la copie conforme...
>> Le plus dur, c'est de ne pas renier ses influences. Moi, je les assume complètement. Je tourne avec vingt vinyles depuis tout petit et qui continuent à m'accompagner.

Vous dit-on souvent que votre voix détone par rapport à votre physique ?
>> Cela surprend de chanter aigu, d'avoir une voix angélique. Les gens qui me voient pour la première fois sont un peu déroutés (rires).

Pour ce disque, vous vous êtes enfermé en Bretagne...
>> Tout un hiver dans une maison déglinguée. Je suis quelqu'un qui adore la solitude, je m'y retrouve beaucoup dedans. Pas d'horaires, pas de montre. Je sais m'en nourrir.

Écorché aussi ?
>> Certainement. Romantique écorché, j'ai envie de dire. Le sentiment amoureux, la distance me fascinent. Il n'y a rien d'autodestructeur chez moi. Dès qu'on crée, on donne une part de soi.

Les choeurs de « Remember », c'est vous aussi ?
>> Tous les sons qui sont sur le disque, c'est moi. Cela crée une ambiance très personnelle dessus. Je voulais que cela transpire comme sur les maquettes.

Et les concerts, en solo aussi ?
>> Non. On est quatre sur scène : deux guitares, basse et batterie. Et on a vraiment hâte d'en découdre !w Ce soir à 20 h (avec Baxter Dury) au Grand Mix. Complet.

Nord Éclair