Lana Del Rey, l'imparable phénomène
Publié le dimanche 29 janvier 2012 à 06h00
Elle a affolé la Toile. On ne compte plus ceux qui ont visionné ses clips sur YouTube. Aussi controversée qu'adulée, Lana Del Rey reste un mystère.
Son album « Born to die » sort demain. Nous l'avons écouté. Décryptage et verdict.
Des faux cils. Une moue régulièrement boudeuse. Des boucles auburn. Des lèvres pulpeuses, apparemment redessinées au collagène. L'archétype donc d'une femme fatale. Lana Del Rey attise toutes les curiosités. Elle est déjà l'objet de tous les fantasmes. Depuis six mois, son nom circule dans le milieu de la chanson. Un emballement mondial. Trois vidéoclips distillés au compte-gouttes sur la Toile. Un buzz impressionnant. Et déjà l'impression d'une évidence. D'où surgit cette jeune femme de 25 ans ? Certainement pas de nulle part. Un EP Kill Kill sorti en 2008 sous son véritable patronyme Lizzie Grant, un album l'année suivante intitulé Lana Del Ray (avec un A cette fois-ci) et passé totalement inaperçu.
Métamorphose physique et musicale. Au milieu de l'océan, une vague qui commence à s'élever. Elle squatte les pages de choix de la presse. Produit marketé peut-on entendre. C'est l'angle d'attaque de ses détracteurs. Ils sont presque aussi nombreux que ceux qui la vénèrent. Pas d'album encore en vue pourtant.
Mais ce sont les règles du monde moderne. Qui ne supporte pas qu'on occupe trop l'espace. Faut-il reprocher à Lana Del Rey de s'être inventée un personnage ? Impossible de savoir aussi si elle a été ébranlée par une soi-disant affaire de plagiat. En écoutant Video Games, une chanteuse grecque y aurait reconnu sa chanson. La rampe où brillent de tels feux précocement allumés peut ainsi devenir vite savonneuse. On dit ici et là qu'en live, c'est une imposture, qu'elle ne chante pas dans le tempo, que la justesse n'est pas - ou plus - au rendez-vous, que son charisme vole en éclats. Doit-on rappeler son âge ?
Il faut vite se resserrer sur plus crédible. Lana Del Rey est une artiste. Elle écrit, et plutôt bien. Sa voix, sensuelle et suave, oscille entre grave et aigu. Video Games est une chanson majestueuse, ample et émotionnelle, magnifiée par des cordes. Même constat pour le fatal Blue jeans et le sublime Born to die. Les chansons ont cette faculté de faire basculer l'auditeur vers l'intime, vers les affres du sentiment amoureux. C'est également bourré de références cinématographiques. Hormis le fadasse Diet mountain dew , les autres titres tiennent plus que la route. Un champ musical sans limites. Difficile de ne pas succomber aux probantes incursions urbaines ( Off to the races, This is what makes us girls) à la puissance mélodique de Carmen, à l'élégance charnelle de Summertime sadness. Il paraî qu'elle refuse de voir plus loin que le bout de cet album.
Lana Del Rey cultive le mystère. Peu importe. On écoute l'opus en boucle. Video Games en pole position. Au risque de se répéter : une chanson de rêve. Un rêve qui donne l'accès à une autre dimension du monde.w
PATRICE DEMAILLY
« Born to die ». Disque Polydor. 14,99 E. Sortie le 30 janvier.



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