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La tornade Nicoletta

Nicoletta, c'est le blues, la variété, le gospel, le jazz et des chansons dans la mémoire collective. Photo H.V.M. Nicoletta, c'est le blues, la variété, le gospel, le jazz et des chansons dans la mémoire collective. Photo H.V.M.

RENCONTRE En interview, elle déverse des torrents de mots. Cette voix de velours sera ce samedi en concert au Casino Barrière à Lille.

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PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr

Le duo que vous formez avec JoeyStarr sur son adaptation de « Mamy Blue » fait actuellement beaucoup causer. Quand l'avez-vous rencontré pour la première fois ?


>> Il y a quelques années pour l'enterrement de Ticky Holgado qui était un ami commun. Au cours de la nuit funéraire, il est venu chanter Mamy Blue avec moi.

Comment avez-vous réagi à sa demande ?
>> Il m'a appelée en juillet 2010 et m'a dit : « Je vais avoir besoin de toi ». Évidemment, ça m'a fait bizarre. Deux mois plus tard, il me signale qu'il a obtenu les droits et me demande si je peux être là la semaine suivante. J'ai fait des « vibes » sur le refrain. Quand j'ai lu son texte, j'ai eu des frissons. Pour moi, c'est du Rimbaud moderne.

Que vous renvoie-t-il ?
>> Je pourrais être sa maman. J'ai une véritable empathie pour lui. Il me touche beaucoup et se montre très respectueux à mon égard. Contrairement à ce que l'on croit, c'est un garçon avec beaucoup de valeurs. Derrière la carapace se cache un coeur immense.

Il nous a dit que vous étiez « très bavarde »...
>> C'est ma nature (rires). Je suis vivante. J'étais pourtant impressionnée, je voulais apprendre à les connaître, lui et son équipe.

Il dit aussi que vous êtes « une bombe nucléaire, un avion de chasse ».
>> C'est joli, non ?
(Elle éclate de rire).

A-t-il tort ?
>> Je n'en sais rien, je ne peux pas juger. J'ai beaucoup d'énergie malheureusement pour moi... Ma grand-mère m'inscrivait donc partout. J'ai fait de la compétition de natation de 10 à 16 ans, de l'art dramatique à 14 ans, de la gymnastique...

On a l'impression que cette énergie ne vous a jamais quittée ?
>> Quand je me lève le matin, je pense toujours que je ne suis ni en avance ni en retard. Je n'aime pas la torpeur ou faire un pas en avant et reculer de deux. Je trouve que dans l'industrie du disque on est en là. Les gens sont frileux. Moi, je suis une fonceuse.

Aimez-vous les gens qui sortent du cadre ?
>> J'aime les gens qui sont vrais et je suis attirée par les artistes maudits. J'ai travaillé avec Bernard Lavilliers, Manu Chao... Ce ne sont pas des gens communs.

Estimez-vous être rebelle ?
>> Avant, je l'étais. Maintenant, je suis sauvage. Je refuse d'aller partout, je me méfie, je ne me laisse pas avoir par certaines choses. Une mauvaise télé, par exemple, peut tout foutre en l'air.

Peut-on dire que vous n'avez pas votre langue dans votre poche ?
>> Quand j'ai quelque chose à dire, personne ne va le dire à ma place. S'il faut claquer la porte, je le fais. Je suis incapable d'aller dans la loge d'un artiste pour lui dire que son spectacle était formidable alors que je ne le pense pas. Je ne supporte pas les tricheurs et les hypocrites.

Votre côté grande gueule vous a-t-il déjà joué des tours ?
>> Bien sûr. Et plus d'une fois ! J'ai envoyé promener des gens qu'il ne fallait pas. Mais je ne regrette pas parce qu'ils le méritaient. J'essaye toujours d'être juste. J'ai lutté contre Eddie Barclay, je ne voulais pas devenir une autre Mireille Mathieu, une chanteuse carrée. J'avais envie - et c'est encore le cas aujourd'hui - de vivre des aventures. Il n'y a que ça d'intéressant. Un artiste doit essayer des choses. Et j'ai besoin de me surprendre moi-même, d'avoir un phare qui m'attire.

Vous a-t-on proposé de participer à la tournée « Âge tendre et têtes de bois » ?
>> Je ne critiquerai jamais ceux qui y participent. Mais je ne me vois pas chanter quatre chansons et perdre mon équipe de musiciens et de choristes. Qu'est-ce que je fais après ? Faut que je remonte une équipe ? Je n'ai plus l'âge pour ça !

Revenons sur la chanson « Mamy Blue ». Comment est-elle née ?
>> Le texte a été écrit parce que mon directeur artistique savait que j'avais appris la mort de ma mère (un cancer à l'âge de 40 ans, ndlr) par un télégramme. Fin août, j'étais remontée à Paris pour mon travail. Quand j'ai appris la nouvelle quelques jours plus tard, je me suis claquée la tête contre les murs de la réception. C'était un tel choc.
J'ai assisté à l'enterrement comme je pouvais avant de remonter à Paris le soir-même. J'appelle un copain, on mange ensemble et je lui pique deux tubes de somnifères. Je les ai avalés pour rejoindre ma mère (Émue). Je ne voulais pas mourir, juste dormir et être auprès de ma mère.

Votre succès et votre longévité sont-ils une belle revanche sur votre adolescence difficile ?
>> Ma mère était handicapée. J'en ai beaucoup souffert par rapport au regard des autres et aux réflexions. Du coup, j'étais première à l'école. Parce que je me posais beaucoup de questions comme « Qu'est-ce que je vais devenir ? ». Mon père ne m'a pas reconnue. Quand tu n'as pas d'identité, c'est compliqué pour se comprendre soi-même. Je ne me suis jamais plainte, je pense être une battante.

Vous avez un fils de 33 ans. Quel genre de mère êtes-vous ?
>> Une mère sympa, je ne l'emmerde pas et j'attends qu'il m'appelle. Ce qui m'importe le plus, c'est lui et mon compagnon Jean-Christophe. Cela fait vingt et un ans qu'on est ensemble et c'est un amour.

La collaboration avec JoeyStarr vous a-t-elle donné des idées pour le futur ?
>> C'est Kimfu, le réalisateur de son album (Egomaniac, ndlr) qui va faire mon prochain disque. Il a un talent fou. JoeyStarr va écrire deux textes, Corneille une et Jean-Loup Dabadie aussi. Ce qui m'amuse, c'est de mettre un académicien et un rappeur. Arrêtons de ranger dans des cases et mélangeons les genres et les générations.w En concert le samedi 21 janvier à 20 h 30 au théâtre du Casino Barrière à Lille. 34,90 à 37,90 E. Rés. : Fnac et points de vente habituels.


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