Isabelle Boulay s'ouvre à d'autres horizons
Publié le mardi 22 novembre 2011 à 06h00
Sept chansons originales et huit reprises dont «At Last» et «Summer Wine» sur le nouvel album d'Isabelle Boulay.
Son précédent opus nous avait laissés de marbre. En choisissant Benjamin Biolay à la réalisation pour son disque de country-folk « Les grands espaces », la chanteuse québécoise a retrouvé de sa superbe. Elle passera ce samedi par le Casino Barrière.
PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Vous avez fait appel à Benjamin Biolay pour la réalisation du disque. Ne devenez-vous pas inséparables artistiquement ?
>> J'avais travaillé avec lui sur deux disques où il a été co-réalisateur (Mieux qu'ici-bas et Tout un jour, ndlr).
Pour Nos lendemains, il m'avait écrit pour la première fois une chanson originale. Je suis allée le voir au Casino de Paris au mois de mai 2010. J'étais venue spécialement de Montréal pour aller le voir sur scène et lui faire ma demande.
Qu'attendiez-vous de lui ?
>> Je savais que lui allait être capable de construire un album cohérent. Il a réussi cette espèce d'alliage entre la country américaine et la grande chanson réaliste.
Vous sentez-vous en confiance avec Biolay ?
>> Cela fait dix ans qu'on se connaît. Donc on s'est apprivoisés. Parfois, en studio, il disparaît mais c'est souvent pour de bonnes raisons. C'est comme un frère pour moi. Il a une autorité naturelle et protectrice.
Vous chantez aussi en duo avec lui sur le sublime « Voulez-vous l'amour ? »...
>> Il m'a offert ce magnifique texte sur l'exigence de l'amour. D'ailleurs, c'est là où j'en suis dans ma réflexion et mon cheminement amoureux. Pour vivre un amour, il faut prendre aussi la souffrance qui est possible. C'est un sentiment qui est vivant, mouvant et pas unilatéral.
Pourquoi avez-vous attendu tant de temps pour dévoiler votre vraie nature ?
>> Parce que c'est le temps que ça m'a pris pour le faire. J'ai eu la chance d'être au Québec ces trois dernières années où j'ai fait un album qui s'appelait Chansons pour les mois d'hiver et qui n'est pas sorti en France. Cette saison n'a pas la même connotation en Europe que chez moi. Ce projet-là m'a affranchie et m'a emmenée vers une urgence. Quand on a un enfant, on a devant soi le plus grand des révélateurs. C'est mon fils Marcus qui m'a donné tous les courages et surtout d'embrasser ce que j'aime vraiment artistiquement. Plus on avance, plus on s'approche de notre vérité profonde.
Était-ce essentiel pour vous de rester près de votre fils ?
>> Je voulais être présente durant les premières années de sa vie, je ne voulais rien manquer. En même temps, je n'étais pas dans l'inaction. Mais je m'organisais différemment. Je n'avais pas à lui imposer ce rythme-là.
La country a-t-elle bercé votre enfance ?
>> C'est la musique de la classe ouvrière dont je considère faire partie. J'ai des origines extrêmement modestes et les gens de ma famille écoutaient beaucoup cette musique-là dont ma fameuse tante Adrienne. C'était la vieille fille de la famille qui vivait avec ma grand-mère dans la même maison que nous. Celle-ci était divisée en trois appartements. Tante Adrienne avait fait descendre un grand landau anglais, elle mettait des oreillers là-dedans. Et tous les après-midi, elle venait nous chercher et mettait des disques de country.
N'avez-vous pas commencé d'ailleurs par chanter cette musique ?
>> Absolument. Ensuite j'ai grandi, j'ai délaissé un peu ça et je suis rentrée dans la chanson de variété. Mon père est décédé il y a 18 ans, ma tante Adrienne il y a 6 ans. À un moment donné, il y avait comme un esprit qui me hantait et c'était l'esprit de la country.
Saviez-vous avant d'enregistrer que vous alliez faire huit reprises ?
>> On ne s'est mis aucune limite, on n'a rien voulu laisser entrer entre nous et la musique. Les chansons sont arrivées naturellement. Je pense à Souffrir par toi n'est pas souffrir de Julien Clerc. On a traité les reprises comme des chansons originales.
Vous interprétez « True Blue » avec Dolly Parton. Un rêve éveillé ?
>> J'ai travaillé sur un projet en anglais avec un ingénieur du son qui s'appelait Gary Pacsoza. Il m'a confié qu'il était très proche de Dolly. C'est Marc-André, mon allié et mon fiancé, qui a eu l'idée de ce duo. j'ai écrit un petit mot à la main que Gary est allé lui porter. Trois semaines plus tard, j'ai reçu un fax dans laquel elle me dit qu'elle accepte. Elle voulait que je prenne une choriste pour lui transmettre mes intentions. C'est une incroyable femme de coeur. J'ai compris pourquoi elle faisait autant l'unanimité. Quand je suis rentrée en studio et que j'ai entendu sa voix sur la mienne, des larmes de joie me sont montées. Et j'ai pensé alors à toute ma famille.
Ce disque marque aussi vos retrouvailles avec Jean-Louis Murat (« Amour aime aussi nous voir tomber »)...
>> Cela fait deux ans et demi qu'il m'a envoyé la chanson. On s'écrit de temps en temps, on se vouvoie, il a beaucoup d'élégance. Ce qui me touche, c'est qu'il aurait pu garder le morceau pour lui. Ce n'est pas un fond de tiroir.
Finalement vous êtes un peu comme Marie-Jeanne de « Starmania »...
>> Mon personnage me ressemblait. Je fais ce métier pour des raisons de noblesse, pour l'amour de la chanson. Il ne faut pas oublier que c'est un privilège.w « Les grands espaces ». Disque Polydor. 15,99 E.
En concert le 26 novembre à 20 h 30 au Casino Barrière. 40,90 et 37,90 E.


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