Pierpoljak, percée vers la lumière
Publié le mardi 16 mars 2010 à 06h00
Il a connu des problèmes familiaux qui l'ont plongé dans la dépression. Revenu des années galères, l'attachant Pierpoljak a sorti « Légendaire Sérénade ».
Un excellent album où le folk des Caraïbes prend le pas sur le reggae. En concert le 20 mars au Splendid.
PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Est-ce votre album le plus personnel, le plus intime ?
>> On peut dire ça notamment au niveau de l'écriture.
Je préfère nettement ces termes-là à celui de maturité.
Qu'est-ce qui vous a donc poussé à être si proche de l'introspection ?
>> Les choses de la vie. La mienne est assez chaotique. J'ai cinq enfants avec trois mamans différentes. Cela m'a causé beaucoup de problèmes et surtout énormément de peine. J'étais très déprimé, je n'arrivais pas à voir mes enfants, j'étais en guerre avec les mamans. Je ne m'en sortais pas, je ne voulais plus faire de musique et je pensais plus à disparaître qu'autre chose. L'album vient de tout ça.
D'où le titre du disque ?
>> Exactement. Légendaire Sérénade, c'est l'amour que me portent mes enfants associé à la musique qui est ma nourriture. C'est ça qui me tient en vie. Sans ça, ce serait déjà fini pour moi.
Dans « Petite dépression », vous dites : « Comme un speedball en injection »...
>> Ce n'en était pas une petite, mais une grosse puisqu'elle a duré quatre ans (rires). Et puis, pour être honnête, je n'en suis pas tout à fait sorti. C'est une des seules phrases assez dures que j'ai gardées. On m'a demandé de l'enlever, mais j'ai refusé.
La voix est davantage mise en avant qu'à l'accoutumée...
>> C'est parce que j'ai fait un vrai travail sur les paroles. Je voulais que les textes prennent un sens. Et comme j'aime le rythme, je n'ai jamais autant participé à la musique que dans ce disque-là.
J'ai fait dessus sept morceaux à la basse, j'ai joué un peu de guitare, de percussion.
Un disque aussi assez acoustique ?
>> Hormis Bébé Damia, ce n'est pas du reggae.
C'est plus du folk des Caraïbes. Cela ne veut pas dire que j'ai changé. Je n'abandonne pas le reggae comme j'ai pu entendre ici et là. Je continue à m'intéresser à ce qui se passe en Jamaïque, je reste proche de la communauté.
Pourquoi cette accumulation de noms célèbres dans « J'me comprends tout seul » ?
>> Un jour, une voisine qui ressemblait à une sorcière ébouriffée est venue sonner pour se plaindre. Cela m'a fait penser à Renan Luce que je n'avais pourtant jamais vu de ma vie. Guizmo (membre du groupe Try, ndlr), on s'est rencontré deux, trois fois. Johnny Hallyday, on s'est croisé sans se parler. Il n'y a que Tiken Jah Fakoly que je connais. C'est une chanson qui parle de la solitude, mais j'ai eu recours à ce procédé surtout pour la rime.
Que représentait pour vous Aimée Césaire à qui vous rendez hommage dans la chanson d'ouverture ?
>> Un grand homme. Il a fait un énorme travail pour la pensée et l'état d'esprit des Antillais. Il disait qu'il fallait lever la tête et se montrer fier d'être antillais. À une époque, ce n'était pas gagné. Je suis arrivé en bateau à Fort-de-France le lendemain de sa mort. Tous les rideaux étaient baissés et personne n'errait dans les rues. La population était en deuil et c'est là que j'ai compris qu'il s'était passé quelque chose.
On imagine que vous avez été touché par la catastrophe en Haïti...
>> Bien sûr que ça m'a fait mal. Je suis très attaché à ce peuple. J'ai fait mon petit geste de don dans la mesure de mes possibilités. Je ne suis pas très riche.
Malgré l'immense succès de la chanson « Pierpoljak » ?
>> Je ne suis pas un grand financier et j'ai plus ou moins tout cramé. Et comme j'ai eu un procès avec la Sacem, ça n'a pas arrangé les choses. Les histoires de fric, je m'en fiche finalement.
Ne vivez-vous que pour les sentiments ?
>> Vous avez compris. Il n'y a que ça d'essentiel. Et puis j'ai grandi sans argent. Quand j'ai eu du succès, je n'ai rien vu venir, j'ai voulu faire plaisir à toute la famille.
La scène, un autre moteur ?
>> Même quand je n'étais pas en forme, j'ai continué à donner des concerts.
Cela me faisait du bien d'être entouré. Quand le concert commençait, c'était une guérison, le meilleur médicament possible. Pour cette tournée, on va beaucoup jouer les morceaux de ce disque et on piochera dans les anciens. On ne va quand même pas priver le public de ce qu'il a envie d'entendre. Quand je suis spectateur, je veux aussi que l'artiste jouer ses tubes.w



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