Jérémie Kisling, l'écorché suisse
Publié le samedi 27 février 2010 à 06h00
Jeremie Kisling, un songwriter attachant, profond et qui distille des mélodies légères et nostalgiques.
Il mérite qu'on s'attarde sur lui parce qu'il y a une vraie sensibilité dans son écriture. Le Suisse Jérémie Kisling, qui sort son 3e opus « Antimatière » ne devrait pas tarder à trouver son public. Sur scène, ce soir, à la Péniche du Pianiste.
PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Comment expliquez-vous, malgré une presse flatteuse, les difficultés à trouver votre place dans le paysage musical français ?
>> Je suis arrivé au moment où le disque commençait à se casser la figure. Les critiques ont toujours été bonnes, c'est vrai. Mais quand ça fait déjà cinq ans que tu fais un métier et que tu n'as toujours pas de quoi payer ton loyer, tu te poses forcément des questions.
Avez-vous songé à arrêter la musique ?
>> Pendant un an, je ne faisais plus que du sport. Je ne voulais plus entendre parler de musique. J'ai vraiment eu une espèce de phase de déni complet, j'avais l'impression que personne ne s'intéressait à ce que je faisais. Petit à petit, c'est revenu.
Quel a été le déclic ?
>> Je suis parti de ma maison de disques. De savoir que quelqu'un d'autre s'intéressait à moi m'a donné un peu de courage et d'énergie. Mais c'est surtout l'inspiration qui est revenue et des mélodies qui ont commencé à me trotter dans la tête.
La chanson « J'ai mal » vient-elle de cette période doute ?
>> Complètement. C'est la première chanson qui m'est tombée comme ça. Elle m'a permis de retrouver le chemin de l'écriture. Cela reflète bien ma remise en question, mais plus généralement les doutes existentiels et le mal-être que n'importe qui peut connaître à un moment donné dans sa vie. C'est une période où j'ai recommencé à écouter certains morceaux de Starmania et de Michel Berger.
Votre écriture oscille entre le spleen et un humour pince sans rire. Êtes-vous toujours entre ces deux états ?
>> Il m'arrive souvent de me replonger dans du Baudelaire et ses questions sur la place de l'artiste isolé au milieu de la société. La chanson A quoi je sers ?, c'est un peu en référence à ça. Est-ce que je peux apporter quelque chose à cette société, est-ce que je peux la décrire ?
Est-ce le coeur qui dicte votre plume...
>> C'est le cas sur cet album qui est plus frontal que les autres. Sur le précédent (Le ours, ndlr), je faisais beaucoup de références à des animaux. J'ai voulu ici me mettre plus à nu, aller au fond des émotions.
Vous passez de la variété à la bossa-nova sans oublier le jazz...
>> Je n'aime pas les disques trop formatés qui ont le même rythme du début à la fin. Si vous écoutez les Beatles, cela passe en deux secondes d'une sonorité rock à une rythmique indienne ou un morceau mélancolique.
Pourquoi avoir repris « Rien qu'un ciel » du groupe Il était une fois
?
>> Parce que j'ai redécouvert ce morceau dans une soirée. Je l'ai trouvé à la fois super dansant et bien écrit mélodiquement. Il y avait aussi un côté second degré qui permettait de me moquer de moi-même et de mes moments de doute. Au milieu d'un disque assez dur, je trouvais qu'elle offrait une respiration.
Comment est né le duo avec Emily Loizeau (« Nouvel horizon ») ?
>> Un ami a écrit une musique pour son disque folk. Je lui ai dit que j'aimais énormément cette mélodie et j'ai commencé à avoir des idées de paroles dessus. Ce texte s'est avéré parfait pour un duo. J'ai pensé immédiatement à Emily. À peine fini le texte, je lui ai envoyé et cinq minutes après j'ai reçu un texto très enthousiaste de sa part. Il me semble que nos voix se marient vraiment bien.
Vos concerts seront-ils acoustiques ?
>> A Paris, je serai sur scène avec mes trois soeurs qui font les choeurs, de la clarinette. On est une famille suisse, calviniste, donc très pudique sur les sentiments. La musique permet qu'on communique ensemble. Entre les morceaux, je veux injecter de la légèreté. Par contre, à Lille, je suis seul sur scène. Un homme-orchestre puisque je fais à la fois du piano, de la guitare et de l'harmonica.w





