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MUSIQUE

Alain Chamfort : sa collection haute couture

L'artiste a travaillé ici avec le parolier Pierre-Dominique Burgaud («Le Soldat Rose»).Photo archives Ludovic Maillard L'artiste a travaillé ici avec le parolier Pierre-Dominique Burgaud («Le Soldat Rose»).Photo archives Ludovic Maillard

Voilà ce qui s'appelle un retour magistral. Alain Chamfort sort « Une vie Saint-Laurent », un album-concept de seize chansons dédié au couturier disparu.

les lecteurs
  • Note actuelle 1.85/4


Le résultat ? Aussi élégant et classe que son compositeur et interprète.
PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr


Sept ans entre votre précédent opus « Le plaisir » et ce disque. N'avez-vous pas trouvé le temps long ?
>> J'ai continué à faire des concerts régulièrement pour garder le contact avec les gens qui s'intéressent à ce que je fais. Chaque jour nous met face à des rencontres, à des situations qu'il faut résoudre. Il y a une accélération du temps qui se manifeste encore plus avec l'âge qui avance.

Avez-vous connu des périodes de remise en question ?
>> J'étais plutôt dans le manque de motivation, je n'avais pas de but particulier. J'étais juste observateur de la manière dont la musique et ce métier évoluent. Comme on est dans une sorte de crise du disque, je n'avais pas l'énergie pour me mettre au travail.

Pourquoi étiez-vous sceptique quand Pierre-Dominique Burgaud vous a parlé de ce projet ?
>> Parce que j'ignorais tout simplement qui était véritablement Yves Saint-Laurent. J'estimais que c'était un personnage mystérieux, quelqu'un qui n'avait pas grand-chose à voir avec le commun des mortels.

Qu'est-ce qui vous a convaincu ?

>> Pierre-Dominique m'a transmis deux, trois textes. Cela m'a donné l'occasion de me remettre au travail. Je me suis ensuite plongé dans la biographie d'Yves Saint-Laurent et c'est là que je me suis rendu compte des retombées de son travail dans la mode sur notre société.

Yves Saint-Laurent était acteur et témoin d'une société en mutation...

>> Il y a les principaux moments en adéquation avec son évolution : l'homosexualité au risque de voir l'opinion publique se retourner contre lui, sa vie assumée avec Pierre Bergé, l'affirmation des femmes avec le smoking, le pantalon. Celles-ci commençaient à avoir accès à des postes de responsabilité. C'était le transfert du pouvoir des hommes aux femmes.

Un pionnier en quelque sorte ?
>> Il a souvent accompagné, parfois précédé. En tout cas, il a toujours été au rendez-vous. C'est le premier qui a dessiné lui-même les modèles de prêt-à-porter, qui a mis en avant des hommes de couleur dans ses défilés, qui a porté son image pour un parfum. Il était dans son époque. Tout ça sur fond de sexe, drogue, rock'n'roll.

Un homme inapte au bonheur aussi...
>> Il ne l'a jamais trouvé alors qu'il a eu tout ce qu'il voulait.
Il n'a jamais su se séparer d'une mélancolie tenace et d'un tempérament dépressif.

Pour mener ce projet, il fallait l'accord de Pierre Bergé, son alter ego. Quand lui avez-vous fait part de vos intentions ?

>> On est allé le voir un mois avant le décès d'Yves Saint-Laurent. Compte tenu de l'état de santé de ce dernier qui s'aggravait sérieusement, il avait demandé une petite période de réserve.

Quelle a été sa réaction à votre démarche artistique ?
>> Dès le premier rendez-vous, il a écouté attentivement chaque chanson. Il était très heureux de nos choix, des étapes choisies. Il était très ému de voir défiler sa propre vie en chansons.
Il a donné son accord et dit qu'il ne reviendrait pas sur sa décision.

L'Orchestre de Budapest, des choeurs, des cordes, des instruments à vent. Musicalement, l'album est riche et diversifié.
>> On voulait éviter de faire quelque chose de linéaire. Comme la mode ne l'est pas et subit des influences multiples, il fallait signifier ça aussi musicalement.

Cet album va-t-il déboucher sur un tour de chant ?
>> Tout dépend de l'accueil du disque. Il faut que les gens soient séduits. On ne peut pas leur imposer quelque chose dont ils ne veulent pas.

Êtes-vous personnellement fasciné par la mode ?
>> Pas par rapport à ce qu'elle contient mais plutôt ce qu'elle véhicule sur les autres. J'étais fasciné par les gens qui avaient un certain sens de l'esthétisme, ne serait-ce que les stars américaines comme Gary Cooper ou Steve McQueen. Naturellement, je reproduisais ce qui me plaisait chez les autres.

Pour le public, Alain Chamfort est synonyme d'élégance, de dandysme. Avez-vous conscience de ça ?
>> Un peu comme Yves Saint-Laurent d'ailleurs, j'ai eu une mère très soucieuse de son apparence. Elle avait la chance d'être jolie femme. Elle a élevé ma soeur et moi avec cette notion-là : être bien coiffé, bien habillé, propre sur soi. J'ai des photos de moi étant petit et je portais une cravate, des costumes. Je ne me suis jamais vu avec une autre image que ça. Toute ma vie est jalonnée par ce souci de se présenter devant les gens avec politesse.

On ne vous connaît pas d'excès ou de frasques...
>> Certainement moins qu'en apparence parce que sinon ce serait ennuyeux. Mes excès ne sont pas constants, ce sont des allers-retours. Je ne suis pas quelqu'un d'aussi lisse que l'image que je peux projeter, mais en même temps je ne suis pas totalement à l'inverse de ça. Je pense que cela se saurait (rires).

En 2004, on a beaucoup parlé de votre séparation douloureuse avec votre maison de disques. Difficile à avaler ?
>> Je l'ai gérée assez rapidement. On se remet de tout à moins d'être très fragile. J'ai vu des gens autour de moi vivre des choses tellement horribles. À côté de ça, je n'ai pas le droit de me plaindre.

Vous avez été le pianiste de Jacques Dutronc. Avez-vous assisté à son retour sur scène ?
>> Pas encore.
J'ai été deux ans et demi à ses côtés. J'étais tout jeune puisque j'avais 17 ans et j'ai passé des années incroyables. Il m'a initié à la vie de tournée (rires). Comme j'étais protégé par mes parents, je n'avais pas connu grand-chose. Cela m'a vraiment déniaisé (rires).


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