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L'insoumis Soan frappe un grand coup

Publié le 25/11/2009 à 00h00

Le vainqueur de la « Nouvelle Star » 2009 sort, ce vendredi, « Tant pis ». Un premier album où l'écriture se fait poétique, brillante, percutante. Et la musique nous entraîne dans des contrées à la périphérie du vertige. Une vraie réussite.

L'insoumis Soan frappe un grand coup
Le vainqueur de la « Nouvelle Star » 2009 sort, ce vendredi, « Tant pis ». Un premier album où l'écriture se fait poétique, brillante, percutante. Et la musique nous entraîne dans des contrées à la périphérie du vertige. Une vraie réussite.


PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr

Dans quel état d'esprit êtes-vous ?


>> Je me dis que ça fait longtemps que je n'ai pas écrit une bonne chanson. Je suis déjà dans le disque d'après. J'ai une tension particulière que je ne comprends pas bien.

Ce qui frappe dans ce disque, c'est la diversité des ambiances...
>> Je ne voulais pas faire quelque chose de consensuel. Dans le futur, j'ai envie de me diriger vers des atmosphères cabaret-rock comme Parisiennes. Ici, il ne fallait pas se fâcher tout de suite avec tout le monde.

La maison de disques vous a-t-elle laissé une totale liberté ?
>> Oui, mais on doit souvent argumenter sur ce qu'on fait. Il faut la rassurer parce qu'elle a du pognon.

Les chansons ont-elles été écrites avant la « Nouvelle Star » ?
>> Certaines ont même deux ans. C'est mon best-of personnel et celui du réalisateur (Fred Rubens, ndlr) avec qui j'ai bossé. Une belle rencontre, la personne qu'il me fallait. Au départ, je voulais des ambiances à la Tom Waits, mais je n'avais pas assez cette culture-là pour pouvoir me l'approprier.

Vous connaissez donc vos limites...
>> Évidemment. C'est ce qui fait qu'un artiste ne se ramasse pas.
S'il pète plus haut que son cul, il est mal barré.

Vous a-t-on proposé des collaborations ?
>> Avec Mano Solo, mais finalement je n'ai pas voulu. On se connaît bien. Si on fait quelque chose ensemble, ce ne sera pas parce qu'on a bu une bière et qu'on a une idée de chanson. J'espère que ce sera plus glamour et plus poétique qu'une commande de la maison de disques. Leurs histoires de marketing ne m'intéressent pas.

Votre voix est très proche de celle de Mano Solo...
>> On est plusieurs à gueuler assez fort pour qu'on sache bien qu'on ne ment pas. Il y a presque une octave qui sépare Mano Solo et moi. Les gens ont parlé aussi de Bertrand Cantat. Quand je fais mon truc, je m'en cogne. J'étais trop fatigué pour penser à qui je vais imiter, j'étais dans l'immédiateté.

Quel est votre rapport à l'écriture ? Des oeuvres littéraires vous ont-elles nourri ?
>> Pas plus que ça. C'est plus nourri par l'inconscient. J'aime sortir de la réalité. J'ai quand même eu une bonne errance qui était due à L'étranger de Camus.

Votre écriture est sans concession. Comme l'artiste ?

>> Je crois que je suis moins agressif que l'image renvoyée aux gens.
Je ne fais pas ça pour faire chier le monde. Avoir la chance d'écrire une ligne qui me plaît, c'est mon seul moyen de briller par rapport à moi-même.
Cette exigence de qualité, c'est un peu ma thérapie. Je me force à me dire : « Est-ce que tel ou tel mec aurait chanté cette ligne-là ? Est-ce qu'il en émane autant de puissance que les artistes que je respecte ? ». Brel n'a jamais rien lâché, il s'est toujours arraché. En fin de cancer, alors qu'on lui proposait des soins palliatifs, il a dit : « J'ai affronté la vie, j'affronterai la mort ». Respect.

Dans « Next Time », vous écrivez « Et depuis, je me suis fait marginal ». L'êtes-vous ?
>> Les gens qui ne sont pas marginaux m'angoissent. Cela ne veut pas dire errer dans la rue avec son chien, mais être en marge des « moutons ». J'ai besoin de m'inventer tous les jours. Ce qu'on pense de moi, je n'en ai rien à faire. Si je devais faire des interviews en costard, je ne serais pas moi-même.

Vous en fichez-vous vraiment du qu'en dira-t-on ?
>> Au départ, il y a aussi de l'ego. Ce qu'on va dire de moi, c'était fréquent à petite échelle dans ma vie antérieure. Quand on sort habillé comme moi, on sait déjà qu'on ne fera pas l'unanimité. À chaque fois que j'ai tenté de me mettre un peu dans la norme, ça n'a tenu que deux semaines.

Toujours dans « Next Time », vous dites : « J'crame la vie, c'est pas bien grave »..
. >>
Au fond, tout ça n'engage que moi. Les murs que je casse étaient déjà en mauvais état. On fait comme si je venais de faire une révolution alors que j'ai fait une pauvre apparition à la télé. Je fais ma vie sans trop prendre soin de moi, mais on s'en fiche. Je ne suis pas président d'un pays. Les terrains d'activité dans lesquels je me situe ne vont pas changer le monde.

Vous arrive-t-il parfois de vouloir revenir en arrière ?
>> Oui, mais cela n'a rien à voir avec la notoriété. Avant je pouvais m'enfermer pendant dix jours et écrire. Là, je dois prendre une décision par minute. C'est important parce ce que le jour où je fais un faux pas, on ne va pas oublier de me le rappeler.

Et l'étiquette « Nouvelle Star » ?
>> Je m'en fiche, je ne vais pas le cacher. Je ne pense pas non plus que je ressemble trop à Christophe Willem. Les gens peuvent me rappeler toute ma vie que j'ai fait la « Nouvelle Star ». Compte tenu de la façon dont je l'ai abordée, je n'ai pas une seule seconde la sensation de m'être trahi. J'ai même l'impression que Christian Olivier (le chanteur des Têtes Raides, ndlr) me respecte encore plus maintenant qu'avant.

Comment allez-vous aborder la scène ?

>> Avec angoisse. On est dans des délais un peu courts. Si le jour J, je ne suis pas au niveau, je ne monterai pas sur scène. Je veux être à la hauteur de la poésie qu'il y a eue en studio. Mais je sais qu'au final je trouverai une solution pour être prêt à temps.

De quel avenir rêvez-vous ?
>> Je ne vais pas faire douze fois le même disque ou un album de reprises - comme c'est le cas actuellement - pour vendre. J'ai bien envie de devenir millionnaire, mais un millionnaire underground.w

Nord Éclair