Brigitte Fontaine, furieusement décomplexée
Publié le samedi 07 novembre 2009 à 06h00
Chacune de ses apparitions apporte un grand souffle d'air frais. Hier soir, Brigitte Fontaine - qui ne fait définitivement rien comme les autres - a retourné les quelque 600 spectateurs. Explosif.
PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Tout commence avec un si. Et si la diva déjantée nous faisait un coup de Trafalgar ? Le public semble impatient et fébrile.
Quarante-cinq minutes de retard sur l'horaire annoncé. Personne derrière la régie son. A-t-elle pris la poudre d'escampette ? Mauvaise pioche. Alors que Brigitte Fontaine joue à cache-cache en fond de scène, les musiciens lancent les premières notes. Celles de Dura Lex et de son slogan « La propriété, c'est le vol ». Le chant est sur la brèche, batailleur et caverneux : certains adorent, d'autres le trouvent pathétique.
Elle s'assied sur une chaise. Dit : « Je n'ai pas dormi de la nuit, ma chatte était en chaleur. » Paroles d'une femme libre et libérée, adepte des pitreries. Ce concert ressemble à une nuée d'oiseaux que l'instinct pousse à se regrouper avant la grande migration, dans un vol à la fois désordonné et déterminé. Les mots fous, poétiques et savants de Brigitte Fontaine dansent sur des musiques magistralement orchestrées. Des petits bijoux pop, plus ou moins électriques, plus ou moins brut. Un fulgurant courant d'émotions tour à tour empreint de déconnade (Le nougat), tendresse (Ah que la vie est belle !) et de profonde vérité (Prohibition).
Areski Belkacem, son compagnon, prend le micro. Il lance un envoûtant Magicien Magicienne avant d'enchaîner sur Vent d'automne, slow à distance où la voix de la chanteuse rebelle se superpose à la sienne en coulisses. Immédiatement, on pense au sketch La drague, immortalisé par Sophie Daumier et Guy Bedos.
La libellule devient luciole. Plus la nuit tombe, plus Brigitte Fontaine s'agite sur scène. Les chansons, riches, variées et barrées, étourdissent : l'hypnotique Comme à la radio, le majestueux Harem et le succulent Soufi. Déesse crucifiée par la bêtise des hommes, Brigitte Fontaine s'en va. Et s'en pique.w





