Olivia Ruiz, tellement lumineuse
Publié le samedi 11 avril 2009 à 06h00
Celle qui avait affolé les ventes de disques avec « La femme chocolat » revient avec « Miss Météores ». Cet album aux allures d'auberge espagnole devrait confirmer l'énorme cote d'amour d'Olivia Ruiz auprès du public.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Dans le titre caché « Six mètres », il est question de « pilule amère de la gloire ». Ce n'est pas innocent ?
>> Alain Leprest m'a fait ce texte à un moment où je n'en pouvais plus. J'étais pressée comme un citron, j'étais fatiguée, je voulais qu'on me laisse faire mes concerts tranquillement. On n'arrêtait pas de me faire multiplier les allers-retours sur Paris pour de la promotion. Je ne pouvais pas savourer tous mes bonheurs. On n'a pas même eu le temps de fêter ma Victoire de la musique. Il y a donc eu un cri du coeur par rapport à une période très précise. Aujourd'hui, j'ai changé d'entourage.
Se servait-on de vous ?
>> J'ai senti que c'était plus important de vendre des disques que ma bonne santé physique et mentale.
Le regard des autres sur vous avait-il changé ?
>> Bien sûr. Quand tu arrives dans un endroit et que tu rames, il y a un a priori très sympa. Par contre, quand tu arrives en ayant vendu beaucoup de disques, c'est tout de suite « elle se la pète ». C'est du passé maintenant.
Écrire de nouvelles chansons insuffle-t-il une autre énergie ?
>> Pas vraiment parce que tous les premiers jets des chansons ont été écrits au cours de ces quatre dernières années. J'ai juste repris des petits bouts et je n'ai pas vu le disque arriver. Jusqu'au jour où je me suis rendu compte que j'avais douze bonnes chansons.
On sait que vous êtes quelqu'un qui doutait. Le triomphe de « La femme chocolat » n'a-t-il pas renforcé votre capital confiance ?
>> Chaque album est un éternel recommencement. À chaque fois qu'on me dit que je suis une « grande » artiste, je réponds par « seulement sur l'album précédent ». On ne sait pas de quoi est fait l'avenir, c'est le propre de ce métier.
Dans « Elle panique », vous évoquez une femme tiraillée par ses démons. Est-ce autobiographique ?
>> Absolument. Mais elle les combat ses démons puisqu'elle dit : « Fous-moi la paix ma sale caboche/ Tu ne me feras pas sombrer/ Je t'aurai à grands coups de pioche/Si tu ne me laisses pas tomber ». Quand je l'ai écrite, je me suis dit que j'étais en train de faire une autothérapie en chanson. Au départ, je pensais qu'elle n'avait rien à faire sur un album. J'ai fait écouter le morceau à plusieurs personnes - ma mère, des amis proches - et chacun croyait que je parlais de lui. Comme tout le monde se sentait concerné, je me suis dit qu'il se passait quelque chose. Il n'était plus question de chanson nombriliste.
Pourquoi un disque en trois langues (français, anglais, espagnol) ?
>> Je l'avais fait aussi sur La femme chocolat. C'est instinctif. Le choix de la langue se fait en fonction du thème de la chanson. Dans Quedate , je parle de transmission, du devoir de mémoire. C'était donc une évidence de le faire en espagnol parce que plus intime.
Musicalement, on passe de la chanson au rock, du folk au slam. Une véritable auberge espagnole ?
>> C'est ma patte. Dans J'aime pas l'amour (son premier album, ndlr), c'était déjà très varié. Je ne me pose pas de questions sur le style, il faut que ça serve juste une chanson. Si je sens qu'un de mes textes a besoin d'un arrangement très rock ou au contraire de quelque chose de très épuré, je n'hésite pas. Après, je sais que ma voix et ma plume font qu'il y a un lien entre les chansons.
Vous avez écrit deux textes pour le prochain album de Juliette Gréco (sortie le 20 avril, ndlr). Un honneur ?
>> Une fierté énorme. Je ne pensais pas qu'elle garderait les deux. Je n'en revenais pas. On m'avait demandé un texte et j'en ai fait deux dans l'optique qu'elle ait le choix.
Il parait que vous avez pleuré la première fois que vous avez entendu « Dans ma chambre de dame » ?
>> Complètement. J'ai même douté que ce soit ma chanson tellement son interprétation me bouleversait. Juliette Gréco a traversé une vie entière en réussissant à garder sa liberté intacte, sa fraîcheur, sa spontanéité. Je signe tout de suite pour devenir une femme à la Gréco.
Votre père et votre frère participent au disque. L'esprit de famille ?
>> Mon frère n'est pas venu en studio, il a tout fait de chez lui. Mon père est monté une après-midi à Paris. C'est génial d'avoir sous la main des talents. Quand il te manque quelque chose sur une chanson, tu n'as qu'un coup de fil à passer. Après, c'est vrai, on est comme une tribu. Elle est aussi importante que ma famille de coeur qui est à Paris. Les deux me sont essentiels.
On imagine que ce n'est pas compliqué de travailler avec votre compagnon Mathias Malzieu, le leader du groupe Dionysos...
>> On s'est bien trouvé, il y a une saine et bonne émulation entre nous. On est vraiment très complémentaire. Quand tu bosses avec quelqu'un que tu connais parfaitement, tu n'as pas à tourner autour du pot, tu dis les choses de manière « cash ».
N'est-ce pas votre nature de dire les choses comme vous le sentez ?
>> Je ne sais pas masquer mes émotions. Quand je n'aime pas quelqu'un, on le voit de suite sur ma tête. J'ai beau essayer de le cacher, il n'y a rien à faire, ça crève les yeux.
Sur chacun de vos albums, une chanson touche à l'enfance. C'est le cas ici avec « Peur du noir ». Est-ce une manière de refuser de grandir ?
>> Pas du tout. Je suis bien dans ma vie de maintenant. C'est certain qu'il reste le souci de conserver une spontanéité, de ne pas se laisser abîmer par le système dans lequel on vit et par la pression médiatique. Il faut garder la notion de plaisir, rester soi-même, dire ce qu'on pense. Peur du noir, en l'occurrence, c'est sur les toutes premières fois, sur la peur de l'inconnue.
Vous parle-t-on encore de la Star Academy ?
>> Presque plus. Moi-même, j'ai l'impression que c'était dans une autre vie. Peut-être que le public qui m'écoute aujourd'hui n'a rien à voir avec celui qui a regardé l'émission.
Regrettez-vous cette participation ?
>> Je n'ai honte de rien. J'ai fait danseuse de revue en paillettes et avec des plumes, donc vous voyez. Même les bals où je chantais des grosses merdes habillée je ne sais pas comment.
Êtes-vous excitée à l'idée de retrouver la scène ?
>> Il me tarde de retrouver le public lillois. Il n'y a que chez vous et à Bruxelles qu'on vit des émotions aussi fortes. Il y a une magie : autant quand il faut gueuler, les gens gueulent, autant quand ça demande une écoute plus soutenue, ils sont là aussi. Je pense que certains profs du Nord ont dû éduquer les gens au spectacle. Il y a une générosité sans borne et toujours très à propos en fonction de la chanson interprétée.





