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MUSIQUE

Patricia Kaas, l'épatant retour

«Kabaret», le nouvel album de Patricia Kaas sera officiellement dans les bacs en mars. Ph Solve Sundsbo «Kabaret», le nouvel album de Patricia Kaas sera officiellement dans les bacs en mars. Ph Solve Sundsbo

Un nouvel album d'une classe folle, un show époustouflant... On n'attendait vraiment pas Patricia Kaas à pareille fête. L'artiste représentera aussi la France à l'Eurovision avec l'excellente chanson « Et s'il fallait le faire ».

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ENTRETIEN RÉALISÉ PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Peut-on parler de retrouvailles avec le public français ?


>> J'ai entendu que je vivais en Russie. Ce qui est totalement faux. J'ai juste commencé cette nouvelle tournée là-bas. Jusqu'en 2005, j'ai beaucoup chanté et après j'ai effectivement pris deux années sabbatiques pour me reposer.
Avez-vous pensé à vous ?
>> Ce n'était pas pour remettre en question quoi que ce soit, mais un réel besoin de souffler. Je n'avais pas de planning et l'ennui était particulièrement agréable. Cela faisait vingt ans que j'avais enchaîné albums et tournées et c'était le moment de faire un break.
Pour avoir vu votre spectacle, on peine à imaginer que vous manquez de confiance en vous...
>> Je me suis toujours trouvée plus intéressante et plus jolie sur scène. Il n'empêche que je n'ai pas 100% confiance en moi. Je suis quelqu'un qui doute et tant mieux d'ailleurs parce que je ne supporte pas les gens qui n'ont que des certitudes. Maintenant, j'ai 42 ans et je ne me pose pas les mêmes questions qu'il y a vingt ans. C'est pour ça aussi que j'ai fait l'album avant tout pour moi. J'ai fait aussi une centaine d'heures de danse avec Régis Obadia pour les chorégraphies et cela me donne une certaine liberté.
Est-ce nouveau pour vous ce langage du corps ?
>> J'ai toujours aimé bouger. Quand j'ai pensé à ce spectacle, je me suis dit que ça allait être plus simple, autant physiquement qu'au niveau de la voix, que sur le précédent spectacle Sexe fort . Finalement, je suis assez épuisée à la fin du show. Je vais mettre ça sur le dos de l'âge (Rires).
Pourquoi ne voulez-vous pas savoir qui se trouve dans la salle ?
>> J'ai des invités mais je préfère l'apprendre après le concert. Il y a des gens qui vous intimident plus. C'est un peu stressant de voir que l'auteur-compositeur d'une des chansons est dans la salle parce que tu veux forcément faire mieux. Même chose pour la famille.
Que représentent pour vous toutes ces héroïnes des années 30 (Suzy Solidor, Marlène Dietrich, Coco Chanel...) à qui vous rendez hommage ?

>> Ce sont des femmes fatales, masculines en même temps. Elles avaient le courage de s'imposer. Les années 30 sont intéressantes, elles ont un côté contemporain.
La chanson « Une dernière fois » est-elle dédiée à votre mère ?
>> Oui. C'est une chanson très personnelle, mais elle n'est pas triste pour moi. C'est sûr que si j'ai un modèle de femme, c'est maman. Tanguy Dairaine a écrit le coeur de la chanson, j'ai fait le reste. J'avais envie de parler de l'anniversaire du décès de maman. C'est un sentiment mélancolique, mais je ne suis pas malheureuse quand je chante Une dernière fois. Je ferme les yeux, je me mets dans ma bulle pour interpréter cette chanson.
Quel âge aviez-vous quand votre mère est décédée ?
>> 21 ans. Mon père est parti six ans après.
Claude Lelouch dit que vous faites « cadeau de vos blessures sur scène ». Êtes-vous d'accord ?
>> Il y a les cicatrices, mais on vit avec les blessures. Ces moments douloureux sont à l'intérieur de moi, je ne veux pas les enlever.
Quand Lelouch m'avait donné le rôle pour Ladies and Gentleman, il m'a dit « tu as une tristesse dans le regard qui fait que lorsque tu souris, ton sourire est plus important ».

Pourquoi sortez-vous d'abord votre disque « Kabaret » sur le site vente-privée.com au tarif de 6 E ?

>> Je trouvais flatteur que ce site prestigieux présente pour la première fois un album. Après qu'il soit à 6 E, c'est très bien. Comme les radios sont devenues compliquées, c'est important que des gens puissent l'entendre. J'ai découvert plein de chanteurs sur le Net, j'achète aussi des chansons. Mais je ne dis pas non plus qu'il faut que ça enlève la façon normale d'acheter des disques.
Les rumeurs parlent de votre participation à l'Eurovision...
>> Je suis allée l'autre jour sur Internet et j'ai vu qu'il y avait une centaine d'articles qui parlaient de ça. C'est marrant d'entendre tout et son contraire.
Vous y allez ou pas ?
>> J'ai décidé d'y participer.
Et la chanson ?
>> Là aussi on a dit que c'était François Bernheim qui allait faire le titre.
Pas du tout. La chanson existe, elle est sur le disque et il s'agit de Et s'il fallait le faire.
Avez-vous longtemps hésité avant de donner votre accord ?
>> Au départ, je ne voulais pas. Parce que je trouvais que c'est en début de carrière qu'on fait l'Eurovision. Maintenant, j'ai assez les pétoches : je défends mon pays quand même. À l'étranger, c'est incroyable le retentissement de ce concours alors qu'en France on dit que c'est kitsch.
Votre motivation n'est-elle pas décuplée sachant que le concours aura lieu cette année en Russie, pays où vous êtes considérée comme une star ?

>> Même si dans les pays de l'Est on m'apprécie énormément, il y a le côté patriote. Ils n'auront peut-être pas envie de voter pour la France.

Un show ambitieux, élégant, émotionnel

Ça arrive, mais c'est rare : une artiste avec qui vous n'avez pas spécialement d'atomes crochus artistiques et qui d'un seul coup vous sidère. Son spectacle à la fois ambitieux, léché, élégant, fin, émotionnel, est un véritable tour de force. Patricia Kaas met la barre haut, multipliant notamment des moments de danse d'une extrême sensualité. Elle est une artiste transversale, généreuse d'elle-même. La femme lit quelques lignes d'un livre de Duras (La maladie de la mort). Enchaîne sur l'impeccable Les hommes qui passent.Ce « Kabaret », que ce soit dans le réarrangement des standards (Mon mec à moi, Mademoiselle chante le blues , La fille de l'Est...) ou les étincelantes compositions nouvelles (S'il fallait le faire, Où sont les clowns ?) se déploie dans l'évidence exigeante du grand art : ruptures mélodiques inattendues, dynamique d'ensemble qui force l'admiration. Et surtout l'impression d'entendre pour la première fois des chansons archi-connues. On pense à Je voudrais la connaître et sa boite à rythme hypnotique ou au morceau Entrer dans la lumière et son étrange forêt visuelle inspirée du film Rebecca d'Hitchcock.Sur la scène, un damier et un grand écran. Côté cour, un lustre perlé. Et évidemment, la voix singulière de l'artiste avec ses graves qui sonnent comme des confidences.Le choix des tableaux nous fait passer d'émerveillement en émerveillement. Honnêtement, on n'en attendait pas tant de Patricia Kass. Et c'est pourtant presque à genoux qu'on quitte la salle du Casino de Paris. P.DE.


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