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L'amour plus fort que l'horreur

Publié le 10/06/2012 à 00h00

La Première Guerre mondiale, la boue des Flandres, les « gueules cassées » : il y a tout cela dans « Je voulais te dire », roman à succès de Louisa Young. Elle était cette semaine au Furet.

L'amour plus fort que l'horreur
La Première Guerre mondiale, la boue des Flandres, les « gueules cassées » : il y a tout cela dans « Je voulais te dire », roman à succès de Louisa Young. Elle était cette semaine au Furet.


ISABELLE RAEPSAET > isabelle.raepsaet@nordeclair.fr
Bien que venant de milieux différents, Nadine et Riley sont amis depuis l'enfance. Mais, à 18 ans, finis les jeux innocents: un sentiment bien plus tendre les unit. Cependant, Nadine vient d'une famille aisée et pas Riley. Au début du siècle, ça ne pardonne pas. Alors, puisqu'on veut les séparer, le jeune homme décide de partir. La Première Guerre mondiale vient d'éclater et on peut s'engager. Le voilà donc sur le front, en Flandres, dans la Somme et en Belgique. Quand il reviendra, il sera, à tous points de vue, différent.
14-18, ces Anglais venus combattre chez nous, Louisa Young aurait pu y réfléchir via ses études, puisqu'elle est historienne de formation. Mais c'est sa grand-mère, Lady Scott, qui l'amena à s'y intéresser. Une femme à la vie folle, passionnante, dont elle avait déjà écrit la biographie. « Elle était sculptrice. Pendant la Première Guerre mondiale, elle a travaillé avec les pionniers de la chirurgie maxillo-faciale dans une clinique au sud de Londres. » Sa tâche ? « Elle faisait des masques en plâtre sur lesquels les chirurgiens refaisaient les visages des gueules casées. » Dans ses journaux intimes, l'artiste a raconté son travail et ces jeunes hommes qu'elle avait rencontrés. La lecture de ces écrits donna à Louisa Young l'envie d'en savoir plus. Dans les archives de l'hôpital, elle vit des pastels, des photos « avant-après ». De ces images qui provoquent le malaise, qui bouleversent aussi. Et que, de toute façon, on n'oublie pas. Elle s'est alors promise d'y revenir plus tard, « quand je serai meilleure écrivain » , sourit-elle.


Elle tint parole. Et se lança dans Je voulais te dire - la première phrase du formulaire que les blessés au front envoyaient à leur famille pour les avertir de leur état - une fresque historique et sentimentale, rigoureuse d'un point de vue historique, riche en rebondissements.

« Qu'aurais-je fait si mon mari était parti se battre ? »
L'attachement de Louisa Young pour ses personnages transpire à chaque page. Sans doute parce qu'il y a, de-ci de-là, des gens qui ont vraiment existé. Sa grand-mère y fait une apparition. L'arrière grand-père de son mari aussi. Mais aussi parce qu'elle a une admiration « sans borne pour tous ces hommes qui se sont engagés et ont fait des choses si importantes pour nous. Pour les médecins et pour les infirmières, toutes ces femmes qui, comme Nadine, se sont engagées pour soigner les blessés. » Avec cette question qui revient. « Je me demande souvent: qu'aurais-je fait si mon mari était parti se battre en France ? Aurais-je été à la hauteur? » Elle cite De Gaulle, Churchill. Il lui semble que les hommes, à cette époque-là, étaient d'une autre trempe...

Sur les champs de bataille
de notre région

Parce qu'un tel ouvrage ne pouvait souffrir d'approximations, Louisa Young s'est beaucoup documentée, à la fois sur les procédures médicales utilisées à l'époque, mais aussi sur la réalité des combats, allant même sur les champs de bataille de notre région, Ypres, Passendale, la Somme, sur les traces de l'arrière grand-père de son mari. Un voyage éprouvant: « J'ai trouvé sa tombe dans le crépuscule. C'était difficile.
Je n'aime pas ces endroits. Il y a trop de fantômes... » On ne s'étonnera pas qu'elle soit sortie de ce roman bouleversée. Ni qu'elle ait connu le doute au moment d'écrire une suite que, forcément, on lui a réclamée - Je voulais te dire s'est vendu à plus de 100.000 exemplaires poche en Angleterre. Mais que ceux qui ne veulent pas quitter Nadine et Riley se rassurent. Ils viennent juste de se retrouver, comment leur histoire pourrait-elle être déjà terminée?w « Je voulais te dire », de Louisa Young, éd Bakerstreet, 21,50 E

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