« Je n'ai compris le mot amour qu'à la fin »
Publié le dimanche 22 janvier 2012 à 06h00
Fatima n'a jamais dit « je t'aime » à son fils. Clouée dans un lit d'hôpital par un AVC, incapable de parler, elle revoit les paysages d'Algérie, ses amours, ses drames aussi. Un roman magnifique, drôle et poignant, signé Akli Tadjer.
PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE RAEPSAET > isabelle.raepsaet@nordeclair.fr
La quatrième de couverture promet que « La meilleure façon de s'aimer » est votre livre le plus personnel. En quoi ?
>> Je pars toujours de quelque chose de personnel. Je suis incapable d'écrire à partir de quelque chose qu'on m'a raconté, que j'ai lu, ou d'un fait divers. En l'occurrence, ici, tout est parti de l'AVC de ma mère. C'était une femme très vivante, qui parlait beaucoup. Et là, les mots étaient comme murés dans sa tête. Alors, en allant la voir, je me suis plu à croire qu'il y avait des secrets, des histoires en elle qu'elle n'avait pas eu envie de raconter à son mari ou à son fils. C'est ainsi qu'est né le personnage de Fatima.
Fatima et Saïd, son fils, ont un gros problème.
>> Ils n'osent pas se dire ce qu'ils ont sur le coeur. C'est-à-dire qu'ils s'aiment. Il y a chez eux plein de sentiments non dits. Je pense que beaucoup de gens peuvent se reconnaître en cela. Ici ou ailleurs, il y a des choses qui font qu'il y a des mots qui ne sortent pas.
L'éducation ?
>> Ma mère a été orpheline à 3 ou 4 ans. Elle a donc été placée dans un orphelinat. Dans ces endroits, on dit aux enfants qu'ils sont beaux, ou gentils, ou sages, qu'ils travaillent bien. Mais on ne leur dit jamais « Je t'aime ». Parce qu'elle ne l'avait jamais entendu, elle a toujours eu du mal à le dire aux autres. On se complétait, elle et moi, mais nous étions infirmes des sentiments. Je n'ai vraiment compris le mot amour qu'à la fin, quand j'ai compris que je ne la reverrais plus, que je ne l'entendrais plus. Quand on sait qu'on n'entendra plus quelqu'un, que ce soit dans une séparation amoureuse ou parce que l'autre va mourir, c'est un grand manque.
Saïd saura, à un moment, lui prouver son amour.
>> Ne dit-on pas qu'il n'y a pas d'amour, que des preuves d'amour ? On peut vivre à côté de quelqu'un sans jamais lui dire qu'on l'aime, mais si à un moment on fait un geste qui le prouve, je ne dis pas que ça répare, mais...
Si on n'entend plus Fatima, elle se parle à elle-même dans sa tête. Cela vous a-t-il rassuré, face à votre mère elle-même silencieuse, d'imaginer qu'elle pouvait encore se souvenir, s'amuser, râler ?
>> C'est vrai, ça m'a fait plaisir, rassuré peut-être.
D'autant plus que les médecins ne savaient pas. Ils me disaient qu'elle pouvait très bien tout comprendre. Ou rien du tout...
Saïd a un vrai problème avec les femmes.
>> Oui, c'est un peu « Je t'aime, moi non plus ». C'est pour ça qu'il aime autant Gainsbourg. Saïd est un héros un peu décalé. Mais je suis passé par là. Ça va mieux maintenant, mais quand j'étais jeune, je pensais que, dans une relation amoureuse, il fallait de la vie. Le silence me faisait peur, je trouvais que ça faisait vieux couple. Je me disais que la vie, c'était quand il y avait de l'électricité. On s'engueulait tout le temps ! J'avoue que les 3/4 du temps, ça venait de ma mauvaise foi.
Ça va mieux ?
>> J'ai rendu les armes sur plein de sujets ! (rires)
Vous racontez des choses très dures, très cruelles, mais avec beaucoup d'humour.
>> Sans humour, sans recul, raconter de telles histoires serait trop dur, trop pesant.
Vous évoquez aussi le 11 septembre comme déclencheur d'une nouvelle vague de racisme. Au point que Saïd change de prénom pour devenir Sergio.
>> Mais c'est vrai. Les gens voyaient des petits Ben Laden partout. Alors certains ont vraiment changé de prénom en attendant que l'orage passe. Déjà en temps normal, ce n'est pas toujours facile, trouver du travail, tout ça, mais là, ça devenait vraiment très compliqué.
Vous n'avez pas directement été confronté à ce problème.
>> Non mais, par exemple, je rencontre des journalistes qui me disent, sans avoir lu mon livre, que c'est un livre communautariste. Ce qui est entièrement faux. C'est comme si on disait à un auteur lillois que son roman ne peut pas être compris à Paris. C'est d'un ridicule ! Mon roman évoque l'histoire d'une femme, entre ici et là-bas, et de son fils, qui est né et vit à Paris. Comme moi.
Et vous avez même passé vos vacances dans le Nord !
>> C'est vrai. Je l'ai d'ailleurs raconté dans Alphonse . J'avais un bout de famille dans le Nord et quand il n'y avait plus de place en colo, on m'y envoyait. Des copains croyaient que je partais en Afrique du Nord et quand je leur disais que non, que je partais dans le nord de la France, personne ne comprenait. Ils disaient que personne ne part en vacances dans le Nord. C'était peut-être vrai. Mais quand on est gosse, on s'en fout. Tant qu'il y a un bout de terrain pour jouer et des copains avec lesquels s'amuser...w



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QUID : Faudrait peut être remplacer G. PARGNEAUX ?? ses déclarations...
Max : Ce qui se passe est hallucinant! le 1er responsable...
BISMARK59 : Tout a fait d'accord avec SVP59, je serai mal dans...
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