S. & fils
Publié le dimanche 07 février 2010 à 22h49
Diego Aranega a déjà commis - entre autres - "Casiers judiciaires" (avec Lefred-Thouron) et "Victor Lalouz" (tout seul).
Et il nous fait hurler de rire avec ces tranches de vie piochées dans les tribunaux et ces chroniques d'un loser congénital.
Benoît Delépine, lui aussi, nous fait hurler de rire. Et ce depuis des années: que ce soit comme auteur des "Guignols de l'info" (avec Jean-François Halin et Bruno Gaccio) ou de "Groland" où il incarne le journaliste Mickael Kael. Et on ne parle pas de ses talents de réalisateur ("Aaltra", "Avida" et "Louise-Michel").
La collaboration entre Aranega et Delépine ne pouvait donc que produire des étincelles avant une énorme déflagration d'humour. C'est le cas avec "S. & fils" qui mêle habilement le fond et la forme.
Le fond d'abord: "S. & fils" revient sur les relations entre un certain Nicolas S., président en exercice dans une démocratie occidentale, et son fils, Jean, dont le seul talent est justement d'être le fils de Nicolas S. Chaque gag, qui tient en quatre cases, montre les efforts de ce chef d'Etat pour assurer un avenir à son enfant. Un défi énorme: ce grand dadais de Jean confond conseiller général des Hauts-de-Seine et général des Hauts-de-Seine, est incapable de lire l'heure sur sa montre évidemment très très très chère ou emprunte l'Airbus présidentiel pour aller faire la "teuf" à Ibiza. Quand il ne projette pas de se présenter à la présidentielle de... 2012. Chaque gag frappe fort et juste, frôlant (et dépassant parfois) la méchanceté mais ne tombant jamais dans la vulgarité ou le mauvais goût.
Il y a aussi la forme: publiés dans "Siné Hebdo", les gags de "S. & fils" sont présentés sous la forme d'un chéquier en plaqué or. Pour ne pas oublier que, désormais,le paraître a pris le pas sur l'être et que politique rime avec "bling-bling".
"S. & fils", par Diego Aranega (dessin) et Benoît Delépine (scénario), aux éditions Dargaud, 7,95 euros.
José Rei




