On l'avait découvert, moue boudeuse et regard intense, en amoureux d'Une vieille maîtresse pour Catherine Breillat. On le retrouve nostalgie ancrée au fond des prunelles pour Alexandre Arcady dans Ce que le jour doit à la nuit . Il y tient le premier rôle, celui du jeune Younès, adopté par son oncle et sa tante, qui traverse à Rio Salado la guerre d'Algérie, son indépendance et ses conséquences sur les algériens. Un film dont il est « fier » et qu'il est venu présenter à Lille... « Dans la salle, il y avait toute ma famille, mes potes de lycée. Et, finalement, c'était rassurant. Ça me faisait tellement plaisir qu'ils soient là ! » C'est que la région a pour habitude de soutenir les enfants du pays, surtout ceux qui ne l'oublient pas. Et Fu'ad n'oublie pas le Nord. « Ce n'est pas de la nostalgie, c'est de l'attachement. Aller dans le Nord, c'est toujours une bouffée d'air frais, un moyen de décompresser. J'essaye d'y retourner au moins une fois par mois ».
Et le Nord de Fu'ad, ce n'est pas la ville, ou Lille... « Je préfère carrément Bailleul à Lille. Ce que j'aime, moi, c'est la campagne, et puis j'aime les gens, la nature. Et les estaminets de la frontière Belge. » C'est que l'enfance de Fu'ad a ses racines. Une enfance presque idéale à la campagne. Idéale si ce n'est... Une envie de cinéma. « On m'a dit de ne pas trop le dire, il paraît que c'est ridicule, sourit-il. Mais petit j'étais fan de "L'Homme qui tombe à pic". Dans cette histoire de cascadeur, on voit les coulisses du cinéma, les décors, les caméras, les studios. J'étais fasciné. Voilà, c'est devenu un rêve d'enfant. Tout le monde pensait que ça me passerait... » Peine perdue, le jeune Fu'ad s'accroche à son rêve. Ce n'était pourtant pas évident : « Il faut dire qu'à Bailleul, il n'y avait pas grand-chose en théâtre à l'époque ». Mais il essaye... « Tout ! Tout ce que je pouvais faire, je l'ai fait. Un des premiers trucs, ça a été un stage pendant les vacances au Vivat d'Armentières. J'avais 12 ans et ma mère avait bien voulu m'accompagner tous les jours. » Le virus sera inguérissable. « Je m'entendais bien avec les gens du Vivat, j'ai continué à y aller. Et puis, j'ai pris des cours du soir à Armentières, j'ai pris l'option théâtre au lycée. J'ai tout fait ! »
« Retourner décompresser dans le Nord »
Y compris... Harceler Bruno Dumont et son équipe. Il faut comprendre Fu'ad : voir arriver une équipe de cinéma à Bailleul, ça semblait inespéré.
Quand il entend parler du casting de La vie de Jésus, il fait le siège de la production. Jusqu'à ce qu'ils craquent et lui proposent une figuration... « J'ai aussi auditionné pour "L'Humanité", mais là ça n'a pas marché. » Le bac en poche -« C'était le deal avec mon père », sourit l'acteur - il part à Paris. « Le but, c'était le cours Florent. Et j'en ai un très bon souvenir. Même si ça n'a pas été facile de quitter le cocon du Nord pour Paris. C'est brutal. Mais n'importe qui qui sort de la campagne vous dira la même chose. » Enchaîner les castings, trouver des rôles, la vie cinématographique impose une installation dans la capitale... « L'un dans l'autre, avoue Fu'ad, j'y trouve mon compte. J'aime la vie à Paris, sortir... Par rapport à Bailleul, là, pour le coup, on a le choix dans les sorties culturelles. Mais je suis content de pouvoir retourner dans le Nord décompresser. » Ou travailler ses rôles, sans les voisins : « Avant, j'avais besoin de crier mes rôles pour les travailler : c'est plus facile à Bailleul. Et puis, il y a les champs, les balades en vélo. J'adore ça, j'aime bien pouvoir respirer, qu'il n'y ait pas de gens partout et connaître la moitié des gens que je croise. C'est quand même sympa de ne pas se sentir anonyme. » Et gageons qu'il le sera de moins en moins !