FADETTE DROUARD > fadette.drouard@nordeclair.fr
Le soir de ses 35 ans, Laurence, professeur de Lettres apprécié de ses étudiantes, annonce à sa compagne Fred qu'il veut devenir la femme qu'il se sent être. La caméra suit le couple sur l'ensemble de la décennie 90, confronté à l'incompréhension et aux préjugés de son entourage et de la rue - exprimés parfois avec les poings dans le sang et les larmes. Fred (Suzanne Clément) se bat d'abord contre elle-même, sa stupeur et surtout son chagrin pour rejoindre le combat de Laurence qui l'entraîne, malgré eux, dans une dépression profonde. Pour autant « lui » , de plus en plus « elle », ne renonce jamais à cet amour-là, drapé avec une conviction bouleversante, grâce à Melvil Poupaud, dans sa magnifique ambivalence.
Pour Xavier Dolan, qui a eu les honneurs de la sélection Un certain regard au dernier festival de Cannes : « c'est une histoire d'amour entre deux idéalistes marginaux : on a deux héroïnes et deux formes de courage différentes ».
Parmi celles qui ont marqué la Croisette, et qui brûlent la pellicule de Dolan, Nathalie Baye, mère de Laurence, confrontée à un enfant qu'elle ne parvient pas à comprendre. Une femme qui, selon l'actrice « n'a jamais été vraiment bien avec son fils, sans doute parce qu'il n'était jamais bien non plus avec lui-même. Mais quand son fils lui annonce qu'il veut devenir une femme, elle l'entend. Et quand il devient enfin ce qu'il est, au plus profond d'elle-même, elle va mieux elle aussi ».
Boulimique de travail, artiste complet qui cumule les rôles sur ses tournages, parfois à tort, parfois à raison, Xavier Dolan est cette fois sc énariste, dialoguiste, réalisateur, et costumier de son film dont il signe aussi l'affiche et le dossier de presse. Pour une fois, il n'est pas à l'écran, se contentant d'imprimer sa patte jusque sur ses acteurs, Melvil Poupaud en tête, bien sûr. « J'interviens beaucoup. Ca peut avoir l'air très autoritaire et castrant mais en tant qu'acteur je sais comment je ferais et je le dis ». avoue-t-il, avec l'assurance qui le caractérise. « J'ai joué avec mes acteurs, et joui même derrière la caméra » ajoute-t-il ensuite, avec, cette fois, l'excès qui fait parfois sa perte, qu'heureusement il a retenu en lui pour ce Laurence Anyways.
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