Cinéma

La muse est « Bienvenue parmi nous »

Publié le 10/06/2012 à 00h00

Jean Becker, émérite réalisateur des « Enfants du Marais » et du « Bonheur est dans le pré » revient au cinéma ce mercredi avec « Bienvenue parmi nous », un nouvel opus autour des affres de la création et de l'inter-générationalité.

La muse est « Bienvenue parmi nous »
Jean Becker, émérite réalisateur des « Enfants du Marais » et du « Bonheur est dans le pré » revient au cinéma ce mercredi avec « Bienvenue parmi nous », un nouvel opus autour des affres de la création et de l'inter-générationalité.


FADETTE DROUARD > fadette.drouard@nordeclair.fr
C'est ce qui s'appelle une panne d'inspiration. Sévère. Alors qu'il est en pleine gloire, que sa renommée et que la preuve de son talent ne sont plus à faire, Taillandier a brusquement cessé de peindre. Ce n'est pas forcément qu'il soit mauvais, c'est surtout qu'il n'y croit plus. Et qu'un artiste sans art, ça ne tourne pas rond. Taillandier déprime. Il n'est pourtant pas seul, ni isolé, il n'est pas non plus mal aimé. Mais peu importe, il déprime. Et décide un soir de disparaître. Il part de chez lui, laissant derrière lui sa femme, ses enfants. Plus qu'une fuite, c'est une quête. Puisque sur place il n'a plus envie, peut-être retrouvera-t-il son art au gré de la route.


Ogre et ado
Ce qu'il trouve, en tout cas, c'est une adolescente, perdue. Marylou est partie. Ou plus exactement, elle lui conte que sa mère l'a rejetée, sans autre forme d'explication. La demoiselle est sur la route, cherche à fuir une situation qu'elle fait mine d'accepter. Mais elle n'en pense pas moins, et surtout, elle n'en pâtit pas moins pour autant.
Marylou va s'imposer dans la vie de Taillandier, et chacun va apporter à l'autre ce qu'il lui fallait. Avec sa gouaille, sa fraîcheur et son côté très « nature », Marylou va réveiller la muse de Taillandier, qui va tenter de capturer sa jeunesse sur ses toiles. Avec son côté bourru et taiseux, sa façon de ne surtout pas poser de questions et de laisser les choses se faire, Taillandier va laisser à Marylou la place qu'il lui faut pour se poser, réfléchir, et calmer le jeu. Enfin, chacun va faire avancer l'autre, lui faisant la « courte échelle » et l'amenant à reprendre sa vie avec envie.
Le nouveau film de Jean Becker résonne étrangement. Par définition, quand un artiste parle de création, on y cherche le personnel. Heureusement, le réalisateur des Enfants du marais ne s'en cache pas. Oui, lui aussi connaît parfois les affres de la non-inspiration, quand sa muse le quitte. Son retour, il le fait en réalité à travers des livres, qu'il adapte. Ça donne du très bon, comme son Deux jours à tuer avec Albert Dupontel. Et du plus moyen, comme ce Bienvenue parmi nous. Ce n'est pas qu'il ne se reconnaisse pas dans cette histoire, ou que ses acteurs ne soient pas bons. Comment ne pas se laisser accrocher par Patrick Chesnais, impeccable bougon au grand coeur, ou par la fraîcheur de Jeanne Lambert ? Quant aux seconds rôles de Miou-Miou à Jacques Weber, ils sont justes, bien dessinés. Mais...

Idées en vrac
Mais ça ne suffit pas, et si la rencontre entre Patrick Chesnais et Jeanne Lambert marche à plein, elle peine à nous faire tenir en haleine pendant le temps du film. Et malgré tout, si Jean Becker se met à la place de Patrick Chesnais, on n'adhère pas forcément à sa vision d'une jeunesse qui devrait rentrer dans la normalité d'apparence pour être heureuse. Pour le reste, et notamment les bienfaits de l'inter-générationalité, pour l'humanité qui se dégage toujours de ses films, pour cette bluette qui n'a d'autre prétention que de parler des affres de la création avec légèreté, alors...
Bienvenue parmi nous.w

Nord Éclair