« La mer à boire », ou le naufrage
Publié le mercredi 22 février 2012 à 06h00
Daniel Auteuil revient en premier rôle avec cette composition d'un patron qui voit l'oeuvre d'une vie en train de sombrer, tout en sobriété.
Un conflit social, la chute d'une entreprise. Du point de vue d'un patron. L'angle est assez neuf pour que « La mer à boire », nouvel opus du réalisateur des « Liens du sang », intrigue.
FADETTE DROUARD > fadette.drouard@nordeclair.fr
C'est un coup d'arrêt brutal. Une décision nette, qui vient d'on ne sait où. Sa banque ne veut plus suivre Georges. Pourtant ce patron de chantier naval a toujours été un bon client, il construit ses bateaux comme on imagine de la haute joaillerie, et ça marche à peu près. Bien sûr, le marché est complexe, et ses clients exigeants et rares. Mais s'il est sans cesse sur le fil, il n'est pas pour autant du mauvais côté de la pente. Il avait espéré pouvoir respirer avec un nouveau prêt. La banque a dit non. Et là, pour le coup... Il suffit d'une mauvaise nouvelle pour que le couperet tombe, que Georges et le chantier se retrouvent dans une situation plus que précaire. Il va devoir se battre pour sauver sa boîte, contre vents et marées, parfois contre les puissants, parfois contre les petits, parfois contre lui-même.
Angle d'attaque
La crise et les fermetures vues dans les yeux d'un petit patron. C'est un point de vue presque inédit que nous propose Jacques Maillot dans La mer à boire. Cette histoire de petit patron en train de sombrer s'impose donc d'abord par son thème. Des banques aux sous-traitants, des affres de la direction à la prise de décision, il détaille tout ce que, d'ordinaire, on ne voit que peu. Et pose donc sa caméra dans un « camp » de conflit social qu'on ne voit que peu. Malheureusement, si le thème est bien exploité, le scénario étonne par quelques liens mal ficelés. On note par exemple l'arrivée et la sortie inopinée de l'histoire de quelques personnages secondaires, pourtant pleins de promesses.
D'autant plus frustrant que le casting de cette production hexagonale est particulièrement soigné, des seconds rôles au principal. Le principal ? Daniel Auteuil. En chef d'entreprise pris à la gorge par une crise dont il se croyait à l'abri, il joue la sobriété, et ça lui réussit plutôt.
Sobriété partagée par la mise en scène. Là où Maillot nous avait conquis avec ses Liens du sang et son « atmosphère chargée », il opte pour l'impressionnisme en petites touches pour suggérer une violence sourde. Et même si on n'adhère pas à sa « montée de violence », elle est bien là, sous-jacente, dans tous les plans. Malheureusement, cela ne suffit pas à nous convaincre d'aller voir cette Mer à boire, qui nous laisse sur... notre faim.w


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