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CINÉMA

L'élégance british de Colin et Gary

À gauche: Gary Oldman, alias George Smiley, le fidèle lieutenant du patron du MI6 joué par John Hurt (à droite). Un personnage tout en retenue qui pourrait lui valoir un Oscar. Ci-dessus: Colin Firth, oscarisé l'année dernière pour «Le Discours d'un roi», À gauche: Gary Oldman, alias George Smiley, le fidèle lieutenant du patron du MI6 joué par John Hurt (à droite). Un personnage tout en retenue qui pourrait lui valoir un Oscar. Ci-dessus: Colin Firth, oscarisé l'année dernière pour «Le Discours d'un roi»,

Un palace parisien. Du thé. Et deux acteurs anglais face aux journalistes. Colin Firth, oscarisé l'an dernier pour « Le discours d'un roi ». Et Gary Oldman, nommé aux Oscars cette année précisément pour « La Taupe ». Rencontre.

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FADETTE DROUARD > fadette.drouard@nordeclair.fr
Dans les couloirs feutrés du palace, ils ne dénotent pas. Colin Firth et Gary Oldman portent en eux l'élégance et le fameux flegme britannique. Discrets, certes, mais tellement charismatiques. Quand ils arrivent pour ce que l'on imagine être leur énième interview de la journée, c'est avec le sourire, un regard qui vous transperce et une réelle décontraction, la marque des pros.
On commence timidement par une question autour du film. Connaissaient-ils l'univers de John le Carré ? C'est Colin Firth qui lance les dés : « Pas particulièrement, mais il fait partie de ces phénomènes qui participent à la culture générale. Même si vous n'avez jamais lu ses livres, vous savez de quoi ils parlent. C'est un point de référence de la culture commune. Quand le mur de Berlin est tombé, tout le monde se demandait ce qu'il allait advenir de l'arsenal nucléaire, la géographie politique, mais surtout on se demandait ce qu'il allait advenir de John le Carré ! » Le ton est donné : les réponses seront donc sérieuses, sans jamais que ces deux immenses acteurs ne se prennent au sérieux.


On leur parle de leur impeccable jeu dans La Taupe, ils répondent que c'est grâce aux autres... À leur réalisateur surtout, le Suédois Tomas Alfredson. « Sur le plateau, vous avez l'impression que le film est déjà créé, ce qui n'est pas toujours le cas. Il n'improvisait jamais. Il savait tout », s'enthousiasme Gary Oldman. « Sa clarté d'expression était hypnotique », ajoute Colin Firth. « C'était irrésistible, on était dans le monde qu'il créait pour l'écran. Pourtant, il restait à l'écoute, cherchait d'autres plans. Il avait des conversations mystérieuses en suédois avec son directeur de la photo. Il était tellement rapide, parfois trop, c'en était énervant. En deux prises, c'était plié. »
« Éviter la frustration »
Un système qui leur convenait ? Un échange de regards rieurs et c'est Gary qui s'y colle. « Je suis un acteur à cinq prises (rires). Mais ce n'est pas une règle ; parfois, on a l'impression d'avoir fait son boulot avant. C'est quand vous perdez confiance en votre réalisateur que vous avez toujours tendance à demander une prise de plus. Mais quand vous avez quelqu'un d'aussi sûr de lui que Tomas... » Reprise de Colin : « Il y a plusieurs raisons de vouloir une nouvelle prise. Parfois, on fait confiance au réalisateur, mais on se dit que c'est là notre seule possibilité pour tenter d'autres choses, cela évite la frustration. Ne faire qu'une ou deux prises, ça crée une urgence, vous devez être là au moment M. » Sur le ton de la confidence, Gary Oldman raconte : « Vous savez, Harvey Keitel devait tenir le rôle de Sydney Pollack dans Eyes Wide Shut . Le premier jour, Stanley Kubrick a fait 74 prises de Harvey où il entrait dans une pièce, il ne faisait que passer le pas de la porte... À la 74e, Harvey est parti : "Je me casse, t'es vraiment taré". » Éclat de rire général.

« Ces espions
sont comme les acteurs »

La conversation se poursuit sur leur jeu, leurs habitudes, la « nébuleuse » vie de comédien qui se prend pour un autre... Gary Oldman poursuit : « Ces espions sont comme les acteurs. On a des vies parfois agitées et puis il faut monter sur scène et jouer ou tourner dans un film : on bloque tout le reste. Et ce n'est qu'une fois votre travail est achevé que vous vous rappelez tout ce qui ne va pas, du genre "C'était une bonne journée de boulot, je m'en suis pas mal sorti... Oh, c'est vrai, je divorce !" Smiley (son personnage dans le film, nldr) a en plus en lui une vraie mélancolie que je comprends. J'ai aussi eu mon lot d'histoires d'amour complexes... On s'en sert pour jouer. » Entre romantisme et douleur, entre méthode et magie, la conversation se passe. Et c'est quand ils prennent congé avec force mercis qu'on se rend compte qu'on a oublié de parler des Oscars. Ça aussi, c'est la classe so british !w Retrouvez notre interview intégrale sur notre blog cinéma.


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